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mercredi 10 septembre 2008

Google vs. Edvige

Google vs. Edvige



À l'origine de ce billet est un raccourci saisissant imaginé par un de mes collègues : Google = Edvige.



Selon ses propres mots : « je me disais que la bonne traduction de Gogole était sans doute Edwige »... (sic)



Donc, ici c'est Google-Edvige, là c'est Edvige-Facebook, dont l'auteur de l'article, avocat, nous fait justement remarquer que la création du "fichier" Edvige (sigle d'Exploitation documentaire et valorisation de l’information générale) :
intervient dans un contexte marqué par un affaiblissement considérable de la vigilance des personnes quant à la protection de leurs données personnelles.
Et de poursuivre :
Peut-être supporte-t-on mieux le fichage privé car dans un cas, il y a consentement, et pas dans l’autre ?
Pour autant, en comparant Google ou Facebook avec Edvige, est-ce qu'on ne compare pas les torchons et les serviettes ? Car si l'on peut considérer qu'il y a fichage, dans un cas comme dans l'autre, parle-t-on d'un fichage de même nature ?



Non ! Il faut le dire clairement. Et avant de conclure que le fichage « privé » ferait moins peur car n'émanant d'aucun gouvernement, mieux vaut essayer de tirer l'écheveau pour dénouer ce sac d'embrouilles.



Signalons tout d'abord qu'Edvige n'est qu'un fichier parmi d'autres dans l'ample panoplie du fichage gouvernemental, qui compterait en tout, avec Edvige, 37 fichiers différents. Plus que des fichiers, d'ailleurs, il s'agit de véritables bases de données. Qui contiendraient, pour nous limiter à Edvige, à destination de toutes les personnes physiques âgées de treize ans et plus :
― informations ayant trait à l'état civil et à la profession ;

― adresses physiques, numéros de téléphone et adresses électroniques ;

― signes physiques particuliers et objectifs, photographies et comportement ;

― titres d'identité ;

― immatriculation des véhicules ;

― informations fiscales et patrimoniales ;

― déplacements et antécédents judiciaires ;

― motif de l'enregistrement des données ;

― données relatives à l'environnement de la personne, notamment à celles entretenant ou ayant entretenu des relations directes et non fortuites avec elle.
Toutes les personnes physiques âgées de treize ans et plus relatives à l'article 1, s'entend, article 1 qui n'est pas mal non plus, puisqu'il autorise le ministre de l'intérieur à mettre en œuvre un traitement automatisé et des fichiers de données à caractère personnel ... ayant pour finalités... :
  1. De centraliser et d'analyser les informations relatives aux personnes physiques ou morales ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui jouent un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif, sous condition que ces informations soient nécessaires au Gouvernement ou à ses représentants pour l'exercice de leurs responsabilités ;
  2. De centraliser et d'analyser les informations relatives aux individus, groupes, organisations et personnes morales qui, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public ;
  3. De permettre aux services de police d'exécuter les enquêtes administratives qui leur sont confiées en vertu des lois et règlements, pour déterminer si le comportement des personnes physiques ou morales intéressées est compatible avec l'exercice des fonctions ou des missions envisagées.
Plus ici...



En clair, et notamment au lu du point 2. (susceptibles de porter atteinte à l'ordre public), ça veut dire que toute la population française, dans une circonstance ou une autre, pour une raison ou une autre, peut tôt ou tard être amenée à se retrouver dans le ventre d'Edvige...



Voilà pour la partie "publique" de la chose. Voyons maintenant ce qu'est le "fichage" côté privé, et en quoi Edvige est différent de Google ou Facebook. En commençant par Facebook, comme je l'ai détaillé dans un billet sur le ciblage publicitaire et comportemental selon Facebook :
Lieu / Sexe / Âge / Mots clés de son choix / Formation / Diplôme d'université / À l'université / Au lycée / Universités / Major / Année, etc. / Lieux de Travail / Relation / Célibataire / Fiancé(e) / Marié(e) / Intéressé(e) par hommes - femmes /
Ajoutons-y l'orientation politique aux US :





et précisons que le choix de renseigner ces champs est totalement facultatif, voire fantaisiste (vous y mettez ce que vous voulez), autant d'options qui ne se posent pas avec Edvige...



Donc, première question : cocher les cases ci-dessus ou saisir quelques mots à la volée peut-il constituer une atteinte à la vie privée ? Et en quoi ?



D'autre part, la collecte d'infos "personnelles" par les grands acteurs du Web n'est déclenchée que par certains événements, des « Data transmission events ».
Citons, à titre d'exemple, les données collectées :



- lors des recherches de l'internaute ;

- lors de ses achats ;

- lorsqu'il clique sur une pub ;

- lorsqu'il s'enregistre sur un service ;

- grâce aux cookies, etc.



Tout ça permettant à qui les possède en bout de chaîne d'obtenir des informations précises sur nos habitudes, nos intérêts, et ainsi de suite. Le graal des publicitaires et des marketers de tout poil, en quelque sorte !



On pourra toujours s'interroger pour savoir si ces données sont collectées à notre insu ou non, bien que je me demande franchement quel internaute naviguant régulièrement sur Internet ne serait pas encore au courant !?



Par ailleurs, menée aux États-Unis en décembre 2007 sur le trafic imputable aux quinze plus gros acteurs américains de l'Internet, je ne doute pas que les résultats de l’étude puissent être extrapolés au Web mondial, puisque de toute façon la tendance est irréversible, autant le savoir...
La collecte globale de toutes ces données n'ayant qu'un but, comme je le dis à propos de Google :
(analyser) mes habitudes de navigation, identifier mes goûts, me profiler par un ciblage comportemental le plus précis possible, et pouvoir ainsi me présenter les pubs qu'elle jugera les plus pertinentes, les plus susceptibles de me faire cliquer, réagir, acheter, etc.
Donc en comparant le "fichage privé" au "fichage public" à peine décrits, et même si l'on veut mettre les conditions d'utilisation de Facebook ou des services de Google sur la balance, la seule conclusion qui me vient est celle-ci : ils ne sont pas comparables. En aucun cas.



Par conséquent, celles et ceux qui pensent avoir tout dit en comparant Google, Facebook & Co avec Edvige et ses frères et sœurs dont disposent peu ou prou tous les gouvernements de la planète, feraient mieux de peaufiner leur analyse avant de dire n'importe quoi. Et il serait peut-être temps aussi d'en finir avec la paranoïa généralisée sur Google et autres, à moins que ça ne serve d'alibi pour ne pas voir les vrais problèmes que nous posent les états qui nous gouvernent en promulguant des législations toutes plus débiles les unes que les autres.



Car Edvige, à l'instar de tous ces prénoms qu'on donne aux cyclones tropicaux qui dévastent des populations entières, me fait plutôt penser à une catastrophe naturelle anthropique de très grande ampleur... Du genre HADOPI, rien que pour en citer une autre. Alors non à Edvige !



Mais franchement, rien à voir avec Google. En Italie, ma vie privée est en danger dès aujourd'hui (enfin, ça fait déjà plusieurs années...), et la menace vient d'un "gouvernement démocratiquement élu" et de son chef, Silvio Berlusconi. Qui s'en prend d'ailleurs aussi à Google.



C'est peut-être un hasard, mais un proverbe italien dit : "les ennemis de mes ennemis sont mes amis"...





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jeudi 31 juillet 2008

Mediaset vs. YouTube, Berlusconi vs. Google


L'info a fait le tour du Web à la vitesse Internet, communiqué de presse officiel ici, version française .
Voyons maintenant quelques approfondissements venant directement d'Italie, puisque c'est de là que ça part et que la plainte a été déposée devant le Tribunal civil de Rome (auprès duquel je suis "expert assermenté", soit dit en passant).
Et puisqu'on parle d'experts, l'expertise pour le compte de Mediaset a été effectuée par Matteo G.P. Flora, qui décrit ainsi le mandat qui lui a été confié :
- deux mois de travail
- un crawling qui a généré 185 Go de trafic
- les fameuses 4 643 preuves (les extraits vidéos appartenant à Médiaset)
- 9 DVD remplis de preuves à charge
- autres recherches et recoupages afférents
- un rapport d'expertise de 5 260 pages et pièces jointes (dont 243 pages d'analyses) (cf. la quinzaine de volumes du rapport ci-dessous)



Je serais curieux de lire la plainte, mais en furetant sur le Web italien à la recherche d'infos, je n'ai pas encore compris la corrélation entre les 325 heures de vidéos reprises sur YouTube et le calcul de la perte pour le groupe, "évaluée" à 315 672 jours (865 siècles !!!) de visionnage de la part des téléspectateurs.
Sans compter le manque à gagner des recettes publicitaires...
Ceci dit, le dossier est confié aux avocats Gaetano Morazzoni, Vincenzo Sangalli, Alessandro La Rosa et Stefano Previti, ces deux derniers du cabinet légal de Cesare Previti (dont Me Stefano est le fils), ami "intime" de Silvio Berlusconi (voir par exemple le scandale Mondadori), qui reprend du service pour Mediaset depuis un certain temps déjà, notamment contre Marco Travaglio, attaqué de tous les côtés...
D'ailleurs, pour en revenir à YouTube, si vous comprenez l'italien, je vous suggère vivement de regarder les vidéos de Travaglio, c'est édifiant...





Au moins, quand on lit Gomorra on sait à quoi s'attendre. Mais quand on lit les ouvrages de Travaglio sur les dessous (de table) de la politique italienne, on se dit vraiment qu'en Italie les politiques sont encore plus ripoux que la mafia... Voir sa présentation de Mani Sporche (par opposition à Mani Pulite, Mains sales vs. Mains propres...) :





Naturellement, en voyant que tout ce matériel est disponible et librement accessible en quantité sur YouTube (voir aussi le blog de Beppe Grillo), on comprend pourquoi Berlusconi en a après Google (il vient d'ailleurs de gagner dans une affaire proche opposant Telecinco à YouTube, et c'est sûrement pas sur Rivideo qu'on va retrouver les mêmes clips...). Et on comprend aussi pourquoi il attaque en faisant appel à Previti, après tout, ça reste une affaire de familles !



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