lundi 8 mars 2010

Manifs en Italie


Hier j'ai participé à une manifestation qui s'est déroulée au cœur de Rome, à Piazza Navona, pour celles et ceux qui connaissent. La place était divisée en deux, avec de part et d'autre de la fontaine des fleuves en restauration, marchands de tableaux et touristes d'un côté, manifestants de l'autre.



Organisée par les gens du "peuple violet" (ceux du No Berlusconi Day), nous n'étions pas seuls puisque d'autres manifestations avaient lieu en simultané dans plus d'une dizaine de villes importantes, du nord au sud (Milan, Bologne, etc.).



C'est la sixième manifestation en neuf jours qui se tient à Rome, sans compter une contestation permanente organisée devant le parlement italien depuis maintenant plusieurs jours. Il faut dire que les Berlusconneries vont bon train en ce moment, il nous en sort plus ou moins une par jour et la dernière en date fait des vagues. Tellement de vagues que ça risque de se transformer en tsunami vite fait.



De quoi s'agit-il ? En deux mots : les 28 et 29 mars doivent avoir lieu en Italie les élections régionales. Les partis ont donc présenté leurs listes respectives, et la soumission des listes est bien évidemment assujettie à des règles formelles, avec une date et heure limites. Or il s'est trouvé que les deux listes du PDL (parti de Berlusconi) de Rome et de Milan n'ont pas été admises pour non-respect de ces règles :
  • dans le cas de Milan, il y avait plus de 500 signatures qui étaient irtrégulières, et donc une fois déduites, le candidat Formigoni n'avait plus le nombre de signatures suffisantes ;
  • à Rome, le politique chargé du dossier l'a fait en retard parce qu'un petit creux à l'estomac lui a imposé d'aller manger un sandwich au lieu de présenter sa liste à l'heure...
Je vous dis pas le désastre : les deux principaux candidats de Berlusconi à Rome et à Milan hors concours, PAR LEUR FAUTE !!!



Je vous passe les détails (faudrait faire au moins dix billets...) pour arriver à la conclusion : que fait Berlusconi ? En 24 heures il nous pond d'urgence un décret-loi, signé dans la foulée par le Président de la République (là encore, il y aurait beaucoup à dire, voir le P.S., en italien...), pour réinterpréter la loi électorale en vigueur jusqu'alors et fournir aux juges chargés de se prononcer pour ou contre l'admissibilité des listes « l'interprétation authentique » de la loi électorale !!!



Ce bordel, mon neveu ! D'autant plus que non seulement le contenu du décret est vraiment risible (l'article 1, par exemple, énonce qu'il suffit que les délégués chargés de faire enregistrer les listes soient présents dans le tribunal et non plus au Greffe du tribunal... Conséquence, même en mangeant un sandwich à la cafétéria du tribunal, c'est comme si vous aviez fait enregistrer votre dossier à l'heure par le greffier !), mais de plus il viole la Constitution italienne en plusieurs points, notamment le dernier alinéa de l'article 72, mais surtout, surtout, l'article 3, l'un des 12 principes fondamentaux qui entérine l'égalité des citoyens devant la loi.



Pourquoi ? Parce que Berlusconi était tellement pressé de sauver la mise à son parti qu'il a fait un décret-loi "interprétatif" tellement spécifique que les autres listes d'autres partis qui n'ont pas été acceptées dans d'autres régions ne pourront pas participer !!!



Voilà pourquoi très nombreux sont les italiens qui considèrent ce coup de force comme un "coup d'état"...



J'arrête là même s'il y aurait encore beaucoup à dire, mais je pense que l'essentiel y est pour vous permettre de comprendre.



[MàJ - 23h35'] Et le plus incroyable dans cette histoire, c'est que ce décret n'aura servi à rien ! En effet, selon les intentions déclarées de Berlusconi et de son parti, il devait servir de référence aux décisions des deux Tribunaux Administratifs Régionaux, de Lombardie et du Latium, or le premier s'est prononcé positivement le lendemain de sa promulgation mais pour d'autres motifs ; quant au second, l'info est tombée dans la soirée, il s'est prononcé négativement en refusant l'admissibilité de la liste du PDL dans le Latium, et en déclarant que le décret ne pouvait pas être appliqué !



En outre les deux Conseils régionaux ont délibéré de recourir devant la Cour constitutionnelle pour se prononcer sur le conflit de compétence (il faut savoir que les lois électorales régionales dépendent ... des régions, et non pas de l'exécutif central, qui a émis le décret anticonstitutionnel) et suspendre le décret.



En résumé, un succès total pour Berlusconi. Je m'esclaffe, mouarf mouarf mouarf :-)



* * *


Donc, cette manifestation a été organisée en 24h (!), puisque la norme incriminée date du 5 mars, le 6 l'appel à manifester a été lancé sur le Net et le 7, hier, nous avons rempli une moitié de la place.



Une manifestation atypique tant par les modalités de son organisation (ce sont les participants qui contribuent aussi pour payer les frais) que par son contenu. Aux journalistes qui demandaient au début qui étaient les orateurs (en pensant bien sûr à des gens célèbres, ou pour le moins connus), les organisateurs répondaient qu'ils n'en savaient rien.



Puisque ce sont les gens, M. et Mme Tout-le-monde, des citoyens comme vous et moi, qui se sont inscrits pour parler dès lors qu'ils avaient quelque chose à dire. Et je peux vous dire qu'aucune intervention n'était hors sujet et que chaque message a porté. Mais comme je ne peux pas tout vous raconter, j'ai choisi de transcrire et traduire une intervention, qui m'a beaucoup frappé. C'est celle d'un magistrat de la cour de Cassation, il s'appelle Vincenzo Marinelli, voici la vidéo et la transcription-traduction à suivre :







« Je me suis demandé s'il était opportun que je vienne parler devant vous. En général les juges ne s'expriment pas en public, et d'ailleurs ils ne savent pas s'exprimer. Toutefois, aujourd'hui, la question n'est plus de savoir si c'est opportun ou pas, la question est : si je ne le fais pas maintenant, quand le ferai-je ?



Généralement, les juges parlent sur un ton mesuré, mais si je ne m'exprime pas franchement, aujourd'hui, quand le ferai-je ? Que devra-t-il encore se passer pour que les gens s'indignent et expriment directement cette indignation ?



Je me suis demandé si mon intervention à visage découvert n'allait pas être instrumentalisée, si on n'allait pas la prendre comme prétexte pour dire à la télévision : "Regardez, et voyez qui sont et que font ces gens-là !" Et bien, dites-le ! Dites-le.



Mais moi je dois me réapproprier de mes droits de citoyen, et je dois prendre la parole, haut, fort et clair !



L'heure n'est plus à la prudence. Ce n'est pas le moment de se demander : "on va se servir de mon intervention comme prétexte". Non. Le moment est venu de parler. Plus question d'être aphone. L'heure est venue de dire ce qu'est la démocratie, et ce qu'est la justice.



Mais laissez-moi tout d'abord vous dire deux mots sur mon rôle en tant que magistrat, sur pourquoi je suis magistrat. Je suis magistrat parce qu'un jour quelqu'un m'a expliqué (à l'époque il y avait de bons professeurs, maintenant les temps ont quelque peu changé, avec des enseignants qui sont humiliés au quotidien), mon professeur de lycée m'a expliqué : "Tu veux être libre, Marinelli ? Rappelle-toi qu'il y a encore des concours qui ne sont pas truqués. Rappelle-toi que tu peux passer le concours d'entrée dans la magistrature et être admis. Rappelle-toi qu'ainsi tu seras libre et tu te seras payé ta liberté." Et bien c'est ce que j'ai fait.



Alors quand vous entendez dire : "Les magistrats sont de gauche, les juges sont ceci, les juges sont cela", et bien moi je dis : "Non. Les juges sont recrutés sur concours. Le concours est un prix à la diligence. Tous peuvent être reçus, qui avec des idées, qui avec d'autres. Mais c'est une garantie pour le citoyen, parce que si tous les juges étaient l'expression des partis politiques, alors là, oui, vous auriez raison de vous méfier des juges".



Donc si aujourd'hui je peux parler ainsi, c'est parce qu'au plan institutionnel, je n'ai rien à craindre, et rien à espérer. Que peuvent-ils me faire ? M'acheter ? Je ne suis pas à vendre, et la plupart des juges ne sont pas à vendre.
[Applaudissements]



Et donc je parle. Et je veux vous parler de ce décret, pour vous dire que c'est la énième preuve d'une érosion progressive de la démocratie dans notre pays. D'habitude je n'emploie pas les mots forts, donc je me garderai bien de dire que nous en sommes au fascisme. Je sais que nous n'en sommes pas au fascisme. Mais nous assistons à une involution autoritaire. À un évidement de la démocratie de l'intérieur. À une distorsion de notre Constitution. Oui, nous en sommes là ! Et voilà pourquoi il faut parler. Voilà pourquoi l'heure n'est plus à la prudence ! À quoi sert-il d'être prudents face à ce qui se passe aujourd'hui ? À quoi sert-il d'être prudents si on ne dit pas haut et fort ce qu'est la démocratie, si l'on ne témoigne pas de ce qu'est la démocratie ?



[interruption sous les applaudissements de la foule, qui crie en chœur JUSTICE, JUSTICE, JUSTICE !]



On nous dit : "Ce décret est un moindre mal parce que c'est un décret d'interprétation". Non, ce n'est pas un moindre mal. C'est un mal majeur.



Laissez-moi tenter d'expliquer en deux mots ce que signifie "décret interprétatif".



Il est interprétatif au sens où il s'applique rétroactivement. Donc c'est comme si, dès le départ, la loi avait été écrite de manière à faciliter les embrouilles, de manière à faciliter la violation de formalités essentielles servant à garantir la collectivité. Dans ce sens, il est interprétatif.



Par contre si vous dites que le noir doit être interprété comme blanc, alors ce n'est plus un décret interprétatif mais un décret novateur. Il s'agit donc d'un décret qui cumule les maux des deux catégories d'actes : la norme interprétative d'une part, et la norme novatrice de l'autre.



Chers amis, la question posée est celle de notre liberté, de notre démocratie.



De plus, lorsqu'on parle de « formes », attention à ne pas opposer trop facilement la forme à la substance. La démocratie est faite de formes. Que dit le premier article de notre Constitution ?



Il ne dit pas que l'Italie est une république basée sur les soubrettes et sur l'abrutissement de la télévision qui devrait compenser l'éducation et la culture ! Non. Il dit que l'Italie est une République démocratique, fondée sur le travail, et que la souveraineté appartient au peuple, qui l'exerce dans les FORMES et dans les limites de la Constitution.



[un des organisateurs s'approche en lui disant d'abréger et de conclure, la foule crie LAISSE-LE PARLER, LAISSE-LE PARLER !]



La Constitution est un grand référentiel de formes, de formes essentielles, de formes qui servent à protéger la démocratie, de formes qui servent à protéger les plus faibles, parce que les forts n'ont pas besoin de certaines formes. Ce sont les faibles qui ont besoin des lois, de la protection des lois, et de la protection que leur donne la Constitution en premier lieu.



C'est pourquoi l'on dit : "La loi est la même pour tous", et non pas : "La loi est la même pour tous, mais pour les amis elle s'interprète".



Ce n'est pas ce qui est dit. Et si on en arrive à dire ça, c'est qu'on est sur une mauvaise pente. Une pente sur laquelle il devient difficile de discerner entre ce qu'est la démocratie et ce qu'est l'autoritarisme.



Or c'est exactement la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui, malheureusement.



Permettez-moi de terminer sur une déclaration en faveur du Parti de l'Amour. Je ne parle ni du Parti de l'Amour de Berlusconi, ni du Parti de l'Amour de Cicciolina, pour qui s'en souvient encore. Non. Laissez-moi vous dire que je suis Parti de l'Amour pour la Constitution.Pour cette Constitution que j'applique tous les jours. Pour cette Constitution que j'ai appris alors que j'étais adolescent. Pour cette Constitution sur laquelle j'ai prêté serment.



Voilà mon amour. Voilà mon Parti de l'Amour.



Et si on doit m'accuser d'être un taliban, et bien ... qu'on le fasse ! Tout amoureux peut aussi avoir son petit côté taliban !



J'aimerais conclure en disant tous ensemble : "Vive la démocratie, vive la liberté, vive la Constitution née de la Résistance !"
 »



* * *


Voilà. Rendez-vous samedi prochain pour une nouvelle manifestation nationale. Tôt ou tard il faudra bien qu'il se casse, ce bouffon. Qui ne fait plus rire personne depuis longtemps...





Partager sur Facebook



P.S. Aujourd'hui même, l'intervention de Marco Travaglio (transcription en italien, désolé) analyse en détail la signature du décret par le Président de la République, Giorgio Napolitano.







Je vous traduis juste l'une des dernières phrases du discours : « Nous sommes désormais la proie d'un régime sur le déclin mais qui n'en est pas moins dangereux pour autant, je crois d'ailleurs que dans les mois à venir il nous en fera voir de toutes les couleurs, et ça sera pas du beau, mais du mauvais ! »



Même si Travaglio a souvent raison, là j'espère sincèrement qu'il se trompe. Sans trop y croire...



, , , , , , , ,

dimanche 21 février 2010

Italie : mafia et politique, encore et toujours !


[MàJ - 20h] Le journaliste Gianni Lannes a invité la ministre italienne de l'environnement, Stefania Prestigiacomo, à participer à un débat télévisé contradictoire, où lui sera seul en studio, et elle sur un plateau télé de son choix, y compris sur les chaînes de Berlusconi. La ministre, qui pourra défendre son dossier en faisant appel à des experts, des universitaires, des scientifiques, des militaires, des spécialistes, etc., a trente jours à partir d'aujourd'hui pour donner sa réponse, conformément à la loi italienne...



* * *


Incroyable : 73 bateaux bourrés de déchets toxiques et radioactifs coulés en Méditerrannée par la mafia avec la complicité des politiques, ça dépasse les frontières ça ! Ou non ? Ou c'est encore et toujours comme le nuage de Tchernobyl ?



On doit la vérité à un journaliste courageux, il s'appelle Gianni Lannes, il a souvent été menacé de mort par la mafia (dans ce putain de pays, dès que quelqu'un ose lever le voile sur la pourriture miasmeuse qui nous ensevelit, il est de suite menacé, et l'état italien ne fait pas grand chose pour l'empêcher : je viens de découvrir qu'il est escorté depuis le 22 décembre 2009...), mais il continue malgré ça, malgré les attentats déjà subis (voir sa voiture...). [Rien que ce mois-ci, cinq journalistes ont déjà reçu des lettres de menaces contenant des cartouches de fusil !]



En tout cas l'histoire des trafics d'armes et des déchets nucléaires (tout est lié) ne date pas d'aujourd'hui, déjà du temps de Craxi on en trouve des traces et même avant...



Mais bon, je dois faire court donc je me contente de vous livrer quelques photos avec les liens vers les articles en italien, plus deux vidéos. Si vous voulez en savoir plus, ça devrait vous permettre d'approfondir, et j'essaierai de vous tenir au courant dans le détail, mais pas cette semaine, je suis trop pris.



En attendant voici la carte de là où les bateaux ont été coulés :





[MàJ - 13h] À noter que cette cartographie est celle effectuée par un journaliste indépendant, également passionné de plongée sous-marine, qui a enquêté pratiquement seul, sans l'appui d'un journal derrière. À chaque numéro correspondent des preuves photographiques. Donc il s'agit d'une cartographie par défaut, puisque selon lui, il y en aurait beaucoup plus que ça :
D'après des estimations concrètes, en tout il y aurait environ 200 épaves (voir déjà cette liste), sans compter des milliers de conteneurs et de futs remplis de déchets chimiques et de scories radioactives.
Jetés en vrac... Donc le problème est qu'il n'y a aucune volonté politique de dire la vérité, comme toujours en Italie (et pas seulement...), puisque certaines de ces épaves sont mêmes couvertes par le secret d'état. Et plus l'état recule ... trouvez la rime de la nouvelle chanson du citoyen !



En attendant voici une épave, que vous pouvez voir filmée dans la deuxième vidéo ci-dessous :





et de jolis futs radioactifs pour nourrir les gentils petits poissons méditerranéens, quoi, qui c'est qui a dit qu'il était pas frais mon poisson ? (c'est plus du poisson, c'est du poison !) (comparer avec cette photo)





Et pour finir une vidéo où Gianni Lannes parle de son enquête, si vous comprenez l'italien, accrochez-vous, c'est du lourd...







Et une autre interview plus détaillée :















Partager sur Facebook



P.S. Juste pour vous mettre l'eau à la bouche, Gianni explique comment le déclassement des vieilles installations nucléaires italiennes est confié à la 'ndrangheta, comme ça on est tranquilles !



Donc vous comprenez pourquoi quand EDF et Sarko veulent nous refiler une bonne dizaine de centrales nucléaires dans les années à venir (Berlusconi a même déjà tenté d'en placer 2 en Albanie, tandis que le petit Nicolas va en Roumanie...), entre la mafia qui s'apprête à gérer tout le cycle nucléaire - de la construction des centrales jusqu'à leur démantèlement - et les tremblements de terre et autres catastrophes naturelles en tous genres qui menacent plus de 90% du territoire italien, y a de quoi être rassurés...



P.S. II - Une précision, en passant : quand je dis que « la mafia s'apprête à gérer tout le cycle nucléaire - de la construction des centrales jusqu'à leur démantèlement », ce n'est ni une boutade ironique ni une tournure de phrase pour impressionner, c'est tout simplement la PLUS STRICTE VÉRITÉ !



Et puisque je suis dans les cartes, en voici une autre : c'est l'emplacement très probable des futurs sites nucléaires décidés il y a quelques jours par le gouvernement berlusconi dans le plus grand secret, car il y a les élections régionales dans un mois et ils veulent surtout pas que leurs électeurs sachent avant de voter qu'ils se retrouveront bientôt avec une centrale nucléaire devant leur jardin. Syndrome NIMBY oblige. Et je sais de quoi je parle, il y en a juste à côté de chez moi, non pas une, mais deux (une à moins de 50 km, et la deuxième qui devrait stocker les déchets de toutes les autres...) !





À moins que...



, , , , , , , , ,

jeudi 28 janvier 2010

Bilan 2009 de l'entreprise MAFIA SA


[MàJ - 29 janvier 2010] Les chiffres présentés dans ce billet sont indirectement confirmés par un rapport présenté cette semaine à Davos par le Council on Illicit Trade, qui classe l'Italie au premier rang du G5 du crime organisé (respectivement devant les mafias chinoises, japonaises, russes et sud-américaines), avec un C.A. estimé de 112 milliards $ réalisé en Italie.



L'écart avec les 135 milliards € s'explique par le fait que le rapport évalue un volume d'affaires transversal de 310,6 Mds $ pour les seuls États-Unis, où il est notoire que la mafia italienne occupe une place prépondérante.



* * *


Après Vatican SA, voici Mafia SA, florissante société anonyme avec un C.A. 2009 de 135 milliards d'euros, selon l'association SOS Impresa, qui vient de publier son XIIe rapport sur criminalité mafieuse et entreprises.



Pour vous donner une idée de la progression, selon Elio Veltri et Antonio Laudati, qui ont récemment publié Mafia pulita, où ils définissent la mafia comme la première entreprise italienne, le C.A. 2003 était de 85 milliards d'euros (p. 40), soit une hausse de 50 milliards d'euros en 6 ans...



Une "évolution" contredisant quelque peu les annonces vaseuses du gouvernement Berlusconi, lorsqu'il déclare une semaine sur deux que la mafia est presque éradiquée ! (tout est dans le "presque" ;-)



Il y a quelques jours encore, en bon mytho, il a assuré que ce "phénomène pathologique" serait éradiqué "d'ici à la fin de sa législature" (2013, s'il y arrive, ce dont je doute), et l'a répété aujourd'hui-même. Juste un mensonge de plus à ajouter à une longue - très, très longue - liste...



L'intégralité du rapport (124 pages) n'est pas en ligne, mais il suffit de le demander [maintenant il l'est]. Ce que j'ai fait pour vous en parler, même si ce billet n'a pas pour but d'entrer dans les détails (trop long...), mais de vous fournir un aperçu de la situation actuelle. En commençant par les 78 milliards d'euros de bénéfice net pour l'année 2009, soit 6,5 milliards par mois, ou si vous préférez 213,7 millions / jour, presque 9 millions de l'heure, 150 000 euros à la minute ! Qui dit mieux...



Bilan 2009 de l'entreprise MAFIA SA

Comme pour toute entreprise qui se respecte, le bénéfice net est donné par la différence entre le chiffre d'affaires global (135 milliards) et les charges (57 milliards), telles que salaires, logistique, frais d'avocats, argent servant à graisser la patte, etc.



Si le poste "salaires" vous surprend, il faut savoir que la main-d'œuvre mafieuse est composée de salariés qui perçoivent régulièrement leur mensualité (la mesata), y compris lorsqu'ils sont en prison (l'argent est alors directement reversé à leur famille, et c'est la mafia qui règle les honoraires des avocats). Voici l'organigramme extrait du rapport, traduit par mes soins :



Organigramme mafieux

Un tueur peut donc gagner jusqu'à 25 mille euros par mois, selon SOS Impresa qui a reconstitué les "salaires" à partir de tous les documents qui ont pu être retrouvés.



Le jour où j'aurai le temps, je consacrerai un billet à la structure de la mafia, pour expliquer comment elle est organisée par rapport au territoire, etc.



C'est quelque chose de difficilement concevable en France, mais la force de la mafia c'est la façon dont elle contrôle et noyaute le territoire et se substitue à l'État dans une série croissante de "fonctions régaliennes". Outre les complicités au niveau de l'État, c'est aussi ce qui explique pourquoi certaines cavales durent des décennies, parce que des portions entières de territoire échappent au contrôle des pouvoirs publics.



Pour vous donner un exemple, dans certaines zones de Naples où se vend la drogue, la camorra a construit des dos d'âne sur la chaussée pour ralentir les voitures de police en cas de poursuites !



Le premier élément de contrôle du territoire est le "pizzo", à savoir les sommes d'argent - petites ou grosses - que la mafia extorque aux commerçants, mais pas seulement (on a même vu des extorsions aux dépens de prêtres, d'écoles, etc.), pour leur assurer une soi-disant "protection" en retour.



Dans les marchés, par exemple, les vendeurs à l'étalage doivent payer 1 euro par jour à Palerme, ou entre 5 et 10 € par jour à Naples, mais peu ou prou, l'important c'est que tout le monde paye !!!



Toujours à Palerme, le rapport estime que 80% des commerçants sont soumis au racket et calcule des fourchettes mensuelles de 200 à 500 € pour un magasin normal, de 750 à 1 000 € pour une boutique plus élégante, 5 000 € pour un supermarché, 10 000 € pour un chantier, etc. Si je trouve le temps, je vous ferai un billet sur les déboires de Carrefour en Italie du sud...



Pour les commerçants rebelles, les moyens d'intimidation plus courants sont l'incendie, les bris de vitrine et la colle (colle forte dans les cadenas pour que le commerçant puisse pas ouvrir ses rideaux de fer le matin...). Ça, ce sont les avertissements. Si le commerçant persiste à faire sa mauvaise tête, la mafia passe ensuite aux manières fortes. Par contre, s'il paie, il est protégé contre tous ces aléas du métier !



J'arrête là, mais je n'ai pas peur de dire que si cette situation honteuse et indigne d'une démocratie se perpétue en Italie depuis bientôt un siècle et demi, la faute en revient principalement aux politiques, qui deviennent au fil des ans de plus en plus compromis et corrompus, à tous les niveaux, et, pour tout dire, plus mafieux que les mafieux...



Mais c'est un autre débat !





Partager sur Facebook



P.S. Et si vous avez passé 5 minutes à lire ce billet, le calcul est simple, dans le même temps l'entreprise Mafia SA a facturé 750 000 euros !



Au noir, de toutes façons maintenant ils ont à disposition la grande lessiveuse qui lave plus blanc que blanc...



, , , , , , , , ,

lundi 18 janvier 2010

Italie : censure sur le Web


[MàJ - 25 janvier 2010] J'ai vu dans mes liens référents que ce billet est cité sur Numérama, où l'un des commentateurs dit ceci :
Je ne suis pas complètement d'accord avec l'analyse de Jean-Marie Le Ray sur son blog. Oui, la directive européenne exclut "les activités dont la vocation première n'est pas économique et qui ne sont pas en concurrence avec la radiodiffusion télévisuelle, comme les sites web privés et les services qui consistent à fournir ou à diffuser du contenu audiovisuel créé par des utilisateurs privés à des fins de partage et d'échange au sein de communautés d'intérêt."

Mais dans ce genre de texte, chaque mot et chaque virgule a un sens.



(...)



Entendons-nous bien : je pense qu'il s'agit d'un décret pour que Berlusconi protège son empire audiovisuel, en plus qui aurait mérité de passer par une loi (quoique je ne connaisse pas bien le système législatif italien). Mais quand on combat quelqu'un, il ne faut pas se tromper d'argument, sinon on en prend plein la gueule. Et à mon avis, se battre contre le fait que c'est contraire à la directive européenne, c'est une erreur car il est facile de contre-argumenter.
Je précise donc que mon billet reprend surtout l'analyse dominante faite en Italie, qui est à l'origine d'une contestation officielle de l'opposition devant le Conseil d'État.



En outre, des voix contraires se sont élevées au sein même du parti de Berlusconi (PDL), notamment celle de Luca Barbareschi, et toutes ces protestations conjointes semblent porter leurs fruits puisque l'avis des Commissions parlementaires a été repoussé et la majorité laisse entendre que des amendements pourraient être apportés au texte du décret.



(j'ai essayé de répondre directement sur Numérama, où je me suis inscrit pour publier, mais mon commentaire n'a pas été accepté, j'ignore pourquoi)



* * *


Je vous ai déjà entretenu des risques imminents de censure berlusconienne sur Internet, voici maintenant le dernier épisode en date : l'adoption du "décret Romani", du nom de l'actuel secrétaire d'État en charge des communications, Paolo Romani, ex patron de télévision ayant produit des émissions cultes telles que Colpo grosso...



En fait, l'affaire est un peu plus compliquée qu'il n'y paraît, car ce fameux décret ne concerne pas que la censure des web-télévisions, elle met également des bâtons dans les roues à Sky (la télé de Murdoch étant le seul concurrent sérieux de Berlusconi en Italie) et augmente le seuil d'annonces publicitaires essentiellement au profit des télés de ... Berlusconi, en doutiez-vous ?



Mais je me limiterai ici aux répercussions possibles sur Internet, un aspect fortement contesté par l'opposition qui a porté l'affaire devant le Conseil d'État, en accusant le gouvernement de "délégation excessive de compétences".



Voyons pourquoi. Ce décret, censé transposer la directive européenne sur les services de médias audiovisuels (SMA), ne tient pas compte de l'article 16, qui dit ceci :
Aux fins de la présente directive, la définition du service de médias audiovisuels devrait couvrir exclusivement les services de médias audiovisuels, que ce soit de la radiodiffusion télévisuelle ou à la demande, qui sont des médias de masse, c’est-à-dire qui sont destinés à être reçus par une part importante de la population et qui sont susceptibles d’avoir sur elle un impact manifeste. Son champ d’application ne devrait couvrir que les services tels que définis par le traité, et donc englober toutes les formes d’activité économique, y compris l’activité économique des entreprises de service public, mais exclure les activités dont la vocation première n’est pas économique et qui ne sont pas en concurrence avec la radiodiffusion télévisuelle, comme les sites web privés et les services qui consistent à fournir ou à diffuser du contenu audiovisuel créé par des utilisateurs privés à des fins de partage et d’échange au sein de communautés d’intérêt.
Or que fait Berlusconi ? Au lieu de les exclure, il les inclut !



Et plus précisément à l'article 4, premier alinéa, lettre a) du décret :
Dans le cadre du présent texte unique, on entend par :

a} services de médias audiovisuels : ... les services, y compris diffusés via Internet, qui impliquent la fourniture ou la mise à disposition d'images animées, sonores ou non, pour lesquels le contenu audiovisuel n'a pas un caractère purement secondaire.
En fait, le décret assimile la télévision IP à la télé tout court !



Un bon raccourci pour appliquer aux web télévisions la législation applicable aux télés traditionnelles, parfaitement contraire à l’esprit de la directive...



Par conséquent si ces web tv, qui disposent de moyens limités, sont désormais obligées d'obtenir des autorisations gouvernementales pour diffuser, on voit mal comment elles pourront subsister.



Et qu'en sera-t-il pour l'internaute lambda qui diffusera sur son site un extrait de Youtube ou autre ? Selon Google, les violations seraient passibles d'amendes pouvant aller jusqu'à 150 000 euros...



Ça me semble extrêmement raisonnable !





Merci à Maxime :-)





Partager sur Facebook



P.S. Un peu hors sujet, mais je signale à celles et ceux qui ont suivi sur mon blog l'agression à Berlusconi, que le parquet de Milan vient d'ordonner une expertise médicale sur le patient pour en savoir un peu plus sur la véritable nature de ses blessures...



, , , , , , , , , ,

vendredi 8 janvier 2010

Mon projet pour 2010


[MàJ - 25 janvier 2010] Si un éditeur est intéressé, j'ai un synopsis à disposition... (courriel)



* * *


Voilà, c'est décidé : je consacrerai l'année 2010 à l'écriture d'un essai sur la République italienne !



En fait, le 17 mars 2011, l'Italie célébrera le 150e anniversaire de son "Unité", un événement qui ne manquera pas d'attirer l'attention sur ce pays.



Or comme l'observe fort justement Olivier Duhamel : « Peu de pays sont aussi difficiles à comprendre pour un étranger que l’Italie » !



Initialement, je voulais me cantonner à la "deuxième République italienne" (il y a déjà beaucoup à dire...), mais il est clair qu'expliquer la deuxième sans aucune référence à la première serait le meilleur moyen de ne rien faire comprendre à un lectorat francophone.



De plus les changements imminents à la Constitution promettent très probablement l'avènement d'une 3ème république, peut-être même dès cette année, de type présidentialiste comme le souhaite tant Berlusconi... D'où la nécessité de traiter ça comme un continuum, de la 1ère à la 3ème...



Mon postulat de départ étant qu'à l'époque de Tangentopoli, l'Italie s'est trouvée face à un tournant de son histoire, qu'elle a malheureusement mal négocié...



Or elle est aujourd'hui face à un tournant semblable, face à des enjeux semblables, et je trouve que ce qui transparaît dans la presse et sur Internet est peu ou mal traité, et trop souvent si superficiellement que c'en est caricatural...



Donc même si je n'ai pas encore d'éditeur, plutôt que d'écrire sur mon blog j'écrirai mon livre, aussi serai-je moins présent sur Adscriptor, veuillez m'en excuser à l'avance. On verra bien ce qui se passera.



Mais si jamais ces quelques lignes donnent l'envie d'en savoir plus à un éditeur de passage, n'hésitez pas à me contacter, je vous promets du surprenant !



Parce que c'est vraiment surprenant ce qui se passe ici, parfait exemple de combien la réalité va beaucoup, mais beaucoup, beaucoup plus loin que la fiction...



En attendant voici le plan de l'essai :





1ère partie : la Ie République italienne



L’Italie a-t-elle jamais été une démocratie ?



1er tournant





2ème partie : la IIe République italienne



L’Italie est-elle une démocratie ?



2e tournant





3ème partie : la IIIe République italienne



L’Italie sera-t-elle un jour une démocratie ?



Changer le futur, ou droit dans le mur ?





Mon mail est dans la signature :-)





Partager sur Facebook



P.S. Que cela ne vous empêche pas de me poser des questions en commentaire, par exemple sur les choses qui vous semblent difficiles à saisir sur ce pays vu d'ailleurs, même si je ne réponds pas directement en ligne, soyez assurés que j'en tiendrai compte dans la rédaction de mon essai. Et si vous voulez me faire de la pub dans la recherche d'un éditeur, et bien ne vous gênez surtout pas ;-)



, ,

mercredi 16 décembre 2009

Berlusconi : coup monté ou photomontage ?


[MàJ - 21 décembre 2009] Après les nombreux commentaires que j'ai reçus sur ce billet et sur mes deux billets italiens (près de 60 en tout), je crois bien que je suis obligé de remettre le point d'interrogation : ce fameux "bout de plexiglas" serait bien un effet d'optique, de nombreux commentateurs me le confirment ! Malheureusement je n'y connais rien en photo, et le fait que par un extraordinaire concours de circonstances l'agresseur ait également été en possession d'une feuille de plexiglas m'a induit en erreur.



Je dois donc faire mes excuses à Silvio Berlusconi et à qui me lit. Même si je ne l'aime pas, c'est pas une raison pour écrire des conneries. Je suis vraiment désolé.



Jean-Marie



* * *


[MàJ - 19 décembre 2009] Ce matin j'ai publié un billet sur mon blog italien où j'ai enlevé le point d'interrogation : l'attentat est bidon !



Je rédigerai quelque chose en français la semaine prochaine, mais tous les éléments sont déjà présents dans ce billet : toutes les télés du monde ont fait voir un homme qui brandit un objet, vise et le lance ; or sur une distance de moins de 3 mètres, la "chose" qui atteint simultanément Berlusconi au visage est totalement différente - de par sa nature, sa taille et sa couleur - de l'objet qui a été lancé. Si quelqu'un a une autre explication - convaincante et motivée - que la supercherie, je suis tout-ouïe !



[MàJ - 18 décembre 2009] Dans les commentaires, je disais ceci :
Sur la vidéo ça va très vite donc c'est impossible d'avoir une certitude à l'œil nu, mais il suffirait d'analyser les photogrammes pour avoir une preuve irréfutable.
Je disais cela parce que sur la vidéo on voit passer l'ombre d'un objet, censé être un modèle en miniature du dôme de Milan, mais comme je l'expliquais en commentaires sur mon blog italien, l'ombre est foncée alors que le modèle est en poudre de marbre blanc (le sillage devrait donc être blanc), et même la masse ne semble pas correspondre.



Voilà l'idée que je me faisais à l'œil nu, et voilà pourquoi la décomposition en photogrammes m'aurait permis d'y voir plus clair. Or voilà qu'un journal italien publie une photo où l'on distingue clairement l'objet qui frappe Berlusconi. Y a-t-il manipulation, je vous laisse juges...



Voici tout d'abord le modèle de reproduction du dôme de Milan (environ 200 g), identique à celui qu'aurait lancé l'agresseur, selon ce qu'ont raconté tous les médias italiens, presse et télé confondus :





Ce sont les pointes et l'aiguille qui auraient dû blesser Berlusconi, et laisser immédiatement des traces...



Voici maintenant, bien visible sur le photogramme, l'objet réel qui atteint Berlusconi :





Je ne sais pas exactement ce que c'est, mais ça ressemble furieusement à un bout de plexiglas. Je voudrais donc qu'on m'explique par quel "miracle" un tel objet peut procurer de telles blessures, casser un nez et briser deux dents !!!



J'ajoute que si quelqu'un connaît un moyen d'extraire un ralenti de la vidéo ci-dessous et de décomposer les photogrammes, je suis preneur !



* * *


Une fois n'est pas coutume, je voudrais adapter en français le dernier billet que j'ai posté sur mon blog italien. Écrit après avoir vu une séquence de photos de l' "agression" de dimanche dernier à Berlusconi, qui n'est pas sans me laisser perplexe.



En commençant par la première photo, qui montre la joue de Berlusconi intacte (chose qu'on voit parfaitement aussi sur les clips vidéo) :





Donc, aucune trace de sang immédiatement après l'impact, ni le moindre son émis par Berlusconi alors qu'officiellement il a le nez cassé et deux dents brisées. Juste en apparence un visage affecté par la douleur, avant même qu'il se couvre le visage. En outre :
  • aucune trace de blessure sous l'œil
  • aucune trace de blessure à la joue
  • aucune trace de blessure au-dessus de la lèvre
Donc je me demande comment cette photo est compatible avec les deux suivantes, puisque normalement les lacérations auraient dû être visibles instantanément sous la violence du choc :







Mais les questions ne s'arrêtent pas là. Selon son médecin personnel, suite à l'agression, Berlusconi aurait perdu un demi-litre de sang !



Or comme on le voit sur la photo ci-dessus, son col de chemise est immaculé. Pas même un point rouge comme sur la chemise de quelqu'un qui se serait mal rasé... Extraordinaire, non ? Sans compter qu'un nez cassé sans saigner et sans même une excoriation visible, je me demande si c'est courant...



Jusqu'au mouchoir qui est d'une blancheur éclatante, on dirait un linge tout frais lavé avec la dernière lessive qui lave plus blanc que blanc, un mouchoir qui n'a pas servi à lui empêcher le sang de couler, puisque dès l'impact il serrait déjà de ses deux mains une espèce de sac poubelle noir pour se couvrir le visage.



C'est quand même rare qu'un homme politique serre des mains en même temps qu'un sac poubelle, ou je rêve !?



Et enfin, il y a cette photo, pour le moins bizarre :





Alors qu'en pensez-vous : coup monté ou photomontage ?





Partager sur Facebook



P.S. Regardez cette vidéo :







Sur la capture ci-dessous, entre 1'22'' et 1'24'', qui représente pratiquement la même photo que la première de ce billet, mais sous un angle légèrement différent, on voit parfaitement le visage, sans la moindre égratignure !!! Et pourtant il a déjà reçu le coup...





En outre, je viens de découvrir que je ne suis pas le premier à y avoir pensé !



, , , , , , , , , ,

lundi 7 décembre 2009

No Berlusconi Day





Le 5 décembre à Rome (et pas seulement) a eu lieu le No Berlusconi Day, une manifestation convoquée directement sur ... Facebook (qui est vraiment en train de changer la donne) ! Pour demander les démissions de Silvio Berlusconi.



Nous étions plus d'1 million !



90 000 selon la Préfecture ! Mensonge totalement invraisemblable mais commode, puisqu'il a permis aux télévisions de Berlusconi (publiques et privées) de raconter aux italiens que la manifestation a été peu suivie !!!



Comme quoi, à ce niveau, il suffit d'oublier un 0 pour faire croire ce qu'on veut au bon peuple. Qui me fait de plus en plus penser au petit bétail qu'on mène à l'abattoir en lui faisant croire qu'il part en promenade. Comme ça il va vers son destin tranquille et confiant, en chantant et en applaudissant. Et quand il finit par comprendre, c'est trop tard...



C'est bien simple, le lendemain, le pouvoir a organisé la mascarade de l'arrestation de deux mafieux, avec des figurants pour applaudir !!!



Nous ne sommes plus dans l'information, nous sommes dans la désinformation pure, la propagande de régime, le mensonge d'état. Avec des moyens qui auraient fait pâlir d'envie Goebbels. Indignes d'une quelconque démocratie. Mais l'Italie n'a jamais été un pays véritablement démocrate, à ce jour, et nous verrons dans les semaines et les mois qui viennent si les italiens méritent de conquérir une vraie démocratie, ou pas...



En tout cas, cette fois, le troupeau n'aura plus d'excuses. Les éclaireurs ont fait leur travail. La conscience du pays aura parlé. En masse. J'ai mis plus de 3 heures pour un itinéraire d'environ 2 - 2,5 km. Soit une moyenne de 7-800 mètres à l'heure. Je suis parti avant 15h avec un soleil magnifique, je suis arrivé à la tombée de la nuit sur la place qui fait face à la basilique de Saint-Jean de Latran, la plus grande place de Rome, qui était déjà comble alors que le cortège était encore à mi-chemin !




Agrandir le plan



Un fleuve humain avec des confluents noirs de monde. Pour vous donner une idée, lorsque la place est pleine pour le concert gratuit du 1er mai, c'est au minimum entre 350 et 500 000 personnes. Or là, non seulement la place était pleine, mais il fallait compter en plus 2 km de cortège avançant au pas. Nous étions encore Via delle Terme di Diocleziano (le début du parcours) qu'on nous annonçait que la tête du cortège avait déjà atteint la place.



En fait, une bonne part du cortège n'a pas pu rejoindre la place devant la basilique, qui ne pouvait plus contenir personne. Personnellement, j'y suis allé seul et ensuite j'ai mis plus de 30 minutes juste pour la traverser !



Déclarations des politiques proches de Berlusconi : trois pelés et un tondus, toujours les mêmes, communistes, justitialistes, réactionnaires, etc. Ou comment liquider en deux conneries 1 million de personnes qui crient dans les rues de Rome, Berlusconi t'es une merde, un mafieux, démissionne, fais-toi juger, etc.



Toutes catégories confondues ! Enfants, jeunes, vieux, même les chiens portaient des écharpes ou des pompons violets. Des communistes, certes, mais une telle participation massive va bien au-delà des couleurs politiques, elle est transversale, horizontale, ni de droite ni de gauche, une classification spécieuse qui ne veut plus rien dire, mais encore bien utile pour tromper les gens !



Le peuple des gens honnêtes, qui veulent justice et vérité et n'en peuvent plus des magouilles et des mensonges du pouvoir en place. Un pouvoir qui se réclame de la souveraineté du peuple ... manipulé, trompé, réprimé. Il n'est que de voir l'accueil que réserve désormais le peuple souverain à Berlusconi lors de ses déplacements. Comme disait Coluche, un peuple qui salue chaleureusement son leader, en agitant ses chaînes.



Des chaînes invisibles, certes, mais qui n'en sont pas moins présentes. En tout cas voici les quelques images que j'ai ramenées de cette splendide journée, une journée d'espoir et de solidarité civile.



Cela a-t-il encore un sens, et, si oui, pour combien de temps ?







Pour voir d'autres vidéos sur le No Berlusconi Day...





Partager sur Facebook



P.S. Dans la série "information à sens unique" / désinformation / mensonge / propagande, le parti de Berlusconi a déjà annoncé une contre-manifestation pour l'année prochaine. Voulez-vous parier que les principales télévisions italiennes assureront le direct, chose qui a injustement été refusée au No Berlusconi Day ?



D'autre part, la chose est compréhensible : si le service public devait se mobiliser chaque fois qu'un million de personnes descendent dans la rue, où irait-on !?



Je signale également que j'ai été interviewé par la correspondante d'Europe 1 en Italie, si jamais quelqu'un en a eu l'écho, merci de me laisser vos commentaires ici :-)



, , , , , , , , , ,