mardi 16 mars 2010

L’Italie de Berlusconi : 16 ans de lois sur mesure...


Dans mon dernier billet, un peu beaucoup désabusé sur l'état délinquant, je mentionnais le dernier livre de Marco Travaglio, intitulé Ad personam, dont je vous traduis ici l'avant-propos, non sans vous fournir deux lignes d'introduction.





Depuis son arrivée au pouvoir, Silvio Berlusconi a transformé les Assemblées en ateliers de prêt-à-porter législatif. On peut dire qu’il applique au mot pour mot ce que dénonçait déjà Coluche à propos des politiques :
Le milieu autorisé c'est un truc, vous y êtes pas vous hein ! Vous n'êtes même pas au bord. Vous n'y êtes pas du tout. Bon, le milieu autorisé c'est un truc. C'est un endroit autorisé où il y a plein de mecs qui viennent pour s'autoriser des trucs mais y a que le milieu qui compte. Et là-dedans y a une poignée de connards qui tournent en rond en s'autorisant des trucs : "Euh... Qu'est-ce que tu fais là ? Ben j'sais pas, j'vais peut-être m'autoriser un truc, mais c'est vach'ment gonflé. J'hésite ! Euh..."
Berlusconi, lui, il hésite pas, plus c'est pourri, plus il s'autorise !



Ce livre offre un raccourci saisissant des raisons profondes – avouables et inavouables – pour lesquelles Silvio Berlusconi s’est lancé en politique en 1993-1994 : l’endettement de son groupe atteignait alors presque 4 000 milliards de lires, il allait se retrouver en pleine tempête judiciaire, les banques étaient sur le point de fermer les robinets, et, comme l’avoua son associé de toujours, Fedele Confalonieri, dans une interview a Repubblica (25 juin 2000) :
Si [Berlusoni] ne s'était pas lancé en politique, s'il n'avait pas fondé Forza Italia, aujourd'hui nous serions sous les ponts ou en taule avec une accusation de mafia...
Vive la sincérité ! Un peu comme son éminence noire, Marcello Dell'Utri, actuellement sénateur malgré une première condamnation pour mafia (l'appel est en cours), qui vient de déclarer (il y a un mois) :
Perso, j'en ai rien à foutre de la politique. Je me suis juste fait élire pour pas finir en taule...
Imaginez le souk si, avec des antécédents pareils, un sénateur français balançait un truc semblable. C'est pas du Georges Frêche, ça...



Enfin, inutile de pleurer sur le lait versé... En espérant que vous aurez la patience de lire (vous verrez, si vous souhaitez en savoir davantage sur l'Italie, le tableau est saisissant !), je laisse la parole à Marco Travaglio :
J’ai décidé d’écrire ce livre en lisant dans les journaux que les lois sur « le procès court » et l’ « empêchement légitime » seraient, dans l’ordre, les dix-neuvième et vingtième lois « ad personam » de la Deuxième République, où Silvio Berlusconi est naturellement la « personam » considérée.



Donc en attaquant le problème, ces derniers mois, j’ai vite découvert que la première de ces lois « ad personam » n’était jamais citée : il s’agit du « décret Biondi », promulgué en 1994. Voulez-vous parier – ai-je pensé – que les journaux en ont oublié quelques-unes au passage ?



C’est ainsi qu’en remontant dans le temps, j’ai découvert qu’au cours des seize dernières années, pas moins de 36 lois « ad personam » ont été approuvées en faveur de Berlusconi (entre celles qui ont été écrites spécialement pour lui et celles dont lui ou ses sociétés ont bénéficié). Plus 11 autres projets de loi qui ont avorté chemin faisant, soit parce qu’elles n’ont été approuvées que par l’une des deux branches du Parlement puis mises à l’écart pour diverses raisons, soit parce que les projets sont encore dans les tiroirs, prêts à être dégainés à la première occasion et menaçants comme une épée de Damoclès. Ajoutons-y 16 autres lois taillées sur mesure pour d’autres que Berlusconi lui-même : 5 d’entre elles ont bénéficié – dans certains cas de façon exclusive –, à Marcello Dell’Utri, 3 ont servi à tronquer la carrière de Gian Carlo Caselli pour l’empêcher de devenir Procureur National Antimafia (ces trois-là sont à la fois « contra personam » et « ad personam », puisqu’elles ont également servi à favoriser le candidat concurrent, Piero Grasso) ; 4 autres lois et mesures législatives diverses ont été adoptées pour sauver la mise au général Niccolò Pollari et aux espions co-accusés dans l’enlèvement d’Abou Omar et dans le fichage de masse réalisé par les services secrets militaires (SISMI), plus 2 supplémentaires pour empêcher le procès des responsables de la sécurité Telecom dans l’affaire des écoutes illégales, et enfin, une petite dernière – mais l’une des premières « ad personam » non destinée à Berlusconi – a été spécialement approuvée pour pouvoir ouvrir la révision du procès déjà clos d’Adriano Sofri, condamné pour le meurtre du Commissaire Calabresi.



N’oublions pas non plus les lois « ad mafiam » : 8 au total, soit une tous les deux ans si on ne considère que celles définitivement approuvées, sans compter les 5 autres qui ont été tentées jusqu’à présent, heureusement sans succès : toutes s’inspiraient du Papello de Toto Riina… Citons enfin les lois « ad personas » (une spécialité du centre-gauche), véritablement cousues main au profit de catégories entières de mandarins intouchables, soucieux de ne jamais payer les gages de leur illégalité : j’en ai dénombré pas moins de 18 approuvées, plus d’une par an, plus 7 autres restées au milieu du gué. Il est toutefois impossible de compter toutes les lois « ad castam » votées pour protéger les privilèges de la classe politique ; toutes les lois « ad aziendas » votées pour protéger le butin de chefs d’entreprises célèbres, toujours les mêmes, qui n’entreprennent plus depuis longtemps mais prennent uniquement ; et toutes les lois « contra justitiam », qui ont irrémédiablement cassé la justice et le droit en les réduisant à un état comateux pour la plus grande joie des justiciables-impunis excellents.



Car la maladie sénile et incurable générée par le conflit d’intérêt, c’est d’abord la privatisation de la Justice.



[Comme le dit si bien Michele Serra, cité en quatrième de couverture : il est dans la logique des choses qu’un milliardaire disposant de son avion privé, de ses médias privés, de son parti privé et de son cimetière privé prétende aussi une justice privée…]



Une privatisation qui est le fruit empoisonné du croisement des pires cultures impunitaires – totalement étrangères aux valeurs constitutionnelles et aux principes d’un État de droit libéral – qui dominent la politique et l’intelligentsia italo-italiennes : l’illégalitarisme berlusconien, le léghisme anarchisant, le catholicisme contre-réformateur et pleureur, le communisme togliattien décoloré à la teinture « réformiste » néo-craxienne, les groupuscules extrémisants, le tout mixé dans un éternel mélange de familiarisme amoral.



Résultat : un interminable pacte Molotov-Ribbentrop à la mode de chez nous, un long marché de putes, pardon, de dupes entre une prétendue gauche vidée de ses principes et une soi-disant droite pleine d’intérêts. Un coït monstrueux et sans fin entre un centre-droite illégalitaire et un centre-gauche renonciateur : entre un berlusconisme D.O.C. (l’original) et sa version light (l’opposition présumée). Car de fait, cette hyperproduction législative à la carte est totalement bipartite : l’essentiel de la législation plus honteuse est sans aucun doute imputable au centre-droite, mais ces messieurs-dames du centre-gauche n’ont pas non plus perdu leur temps, en votant les lois avec la droite lorsqu’ils étaient dans l’opposition, et en approuvant les autres avec les voix de droite lorsqu’ils étaient au gouvernement. Les petites mains du parlement et du gouvernement ne rechignent pas à la tâche, l’atelier maison est toujours ouvert, 24/7/365 (donc lorsque nous lisons, comme dans le Corriere della Sera, que le vice de la gauche italienne c’est son anti-berlusconisme féroce, permettez-nous de nous interroger !).



Ce livre explique donc le cheminement de plus de 100 lois – quels ont été les commanditaires, les mobiles, les exécutants matériels et le bilan des préjudices –, qui ont toutes un dénominateur commun : aucune n’a vu le jour dans l’intérêt des citoyens, mais uniquement dans l’intérêt d’un seul ou de quelqu’un contre tous les autres. Autant dire lorsque l’État se fait conflit d’intérêts, ou, pour le dire à la manière de Daniele Luttazzi, lorsque le conflit d’intérêts devient le « milieu ambiant ». Milieu qui devient alors la « Constitution matérielle » du pays, sans même qu’il soit besoin de modifier la Constitution en vigueur (façon de parler). C’est le berlusconisme qui s’infiltre comme une métastase dans les institutions républicaines, qui les corrompt en commençant par la tête. Le berlusconisme qui a modelé à son image et ressemblance une partie dominante du centre-gauche, incapable aujourd’hui d’échapper aux limitations mentales de la pensée unique, à l’ordre du jour unique et au langage unique du propriétaire de l’Italie. Une philosophie qui a immunisé un peu tout le monde, en nous rendant tous imperméables au mépris, au scandale et à la honte d’un usage privatisé de la sphère publique.



Par conséquent, aujourd’hui il est naturel de penser que si un comportement ne correspond pas à une loi, c’est la loi qui doit être changée et non pas le comportement.



Et si une loi ne correspond pas à la Constitution, c’est la Constitution qui est dans l’erreur, pas la loi.



Pendant ce temps, l’Italie s’apprête à célébrer le 150e anniversaire de l’État unitaire tout en oubliant qui en fut le pionnier, le comte Camillo Benso de Cavour : un homme d’État qui avouait dans une lettre à Urbano Rattazzi, l’embarras dans lequel il se trouvait pour avoir reçu comme présent une truite pêchée en eaux domaniales, soustraite par conséquent aux biens publics. Ou encore lorsque son ami, le banquier Rothschild, lui proposa une spéculation financière sur certains titres de la compagnie de chemins de fer : Cavour lui enjoignit brusquement de ne jamais plus lui proposer d’affaires semblables, caractérisées par un tel conflit d’intérêts. Oui, décidément, mieux vaut l’oublier cette espèce de comte fou.



« Faisons les réformes », dit un personnage d’Altan, caricaturiste de l’Espresso, dans sa vignette du 21 février 2010. Son interlocuteur lui répond, perplexe : « Encore ! Mais nous ne les avons pas déjà faites ? » Voici maintenant seize ans que nous entendons parler de « réformer la justice ». Or ceux qui en parlent ne précisent jamais de quelles réformes il s’agit, dans quel but. Pendant ce temps, dans un pays où plus personne ne tient le décompte des lois (d’aucuns avancent le chiffre de 100 000, d’autres 150 000, voire 300 000, contre les 10 000 de la France ou les 8 000 de l’Allemagne), une seule chose est certaine : aucun autre secteur de la vie civile n’a été « réformé » autant que la justice durant cette Deuxième République. Dans son essai intitulé Fine pena mai (Il Saggiatore, Milan 2007), Luigi Ferrarella calcule environ 150 lois ces dix dernières années en matière de justice. Donc en ajoutant trois ans de plus depuis la sortie du livre, nous devrions être proches de 200. Toutes ayant invariablement été qualifiées de « décisives » pour raccourcir les délais bibliques des procès, mais toutes ayant inévitablement obtenu l’effet contraire : celui d’allonger encore plus les délais bibliques de la Justice. Invraisemblable est la progression signalée par les Procureurs généraux de la Cour de Cassation lors de l’inauguration des années judiciaires à cheval entre la législature quinquennale pleine du gouvernement de l’Olivier (1996-2001) et celle de la Maison des libertés (2001-2006) : en 1999, le procès pénal durait 1457 jours en moyenne ; 1652 jours en 2000 et 1805 jours en 2003. Après quoi ils ont arrêté de les compter. Résultat : un double avantage pour les membres de la caste, ou, pour mieux dire, pour les mafieux de la caste, qui se sauve elle-même ainsi que les amis des amis (180 000 prescriptions par an, soit 465 par jour, y compris les jours fériés), tout en reversant la faute sur les juges « coupables » de cette Débâcle, qui est la seule véritable Grande Réforme de la Justice conçue et réalisée pendant ces seize années de cauchemar. De toute façon, ce sont les citoyens qui payent, puisque la taxe cachée générée par les longueurs de la justice pénale et civile vole à la collectivité 2,2 milliards d’euros par an, auxquels il y a lieu d’ajouter les coûts annuels de la corruption, que la Banque mondiale estime à 40 milliards €.



Que les législateurs le fassent exprès ou pas (la première option est la bonne) ne change rien. Dans les deux cas, une telle débâcle suffit pour les renvoyer en masse à leurs occupations. Puisque dans le premier cas ce sont des escrocs, et dans le second des incapables. Deux excellentes raisons pour s’en libérer et pour demander à leurs successeurs de s’abstenir pendant un certain temps de concevoir de nouvelles « réformes », et de se limiter à débloquer davantage de fonds pour améliorer quelque peu l’administration courante : probable qu’il n’en suffirait pas plus à la Justice, laissée enfin tranquille par ces soi-disant réformateurs d’on-ne-sait-quoi, pour reprendre seule vigueur et couleurs.



En 1994, Umberto Bossi déclarait : « Lorsque Berlusconi hurle, c’est bon signe : signe qu’il n’a pas encore mis les mains sur le coffre-fort. » Bossi avait tout compris. Aujourd’hui, en revanche, interdit de le laisser hurler : dès qu’il hausse le ton, un « garant » fictif comme le chef de l’État vient immédiatement à son secours, ou encore un opposant fictif (je n’ai pas suffisamment de place pour tous les énumérer) vient lui tapoter l’épaule en lui susurrant : laisse-nous faire, Silvio, maintenant c’est à notre tour. Et c’est ainsi que de chantage en chantage, de concession en concession, de compromis en compromis (mais toujours à la baisse), de magouille en magouille, meurent la Justice, le Droit et la Démocratie.



On parle toujours de donnant-donnant sans jamais voir la réciproque, mais plutôt un perpétuel « je donne et je prends », à sens unique. On dit toujours « c’est la dernière fois », mais en fait, c’est toujours l’avant-dernière. On évoque toujours « le moindre mal », mais comme l’observe Paolo Sylos Labini, rare exemplaire d’homme intransigeant dans ce pays de mollusques : « Le moindre mal n’existe pas, c’est simplement la porte ouverte vers un mal encore plus grand. » On change les mots pour changer l’histoire et la réalité. On parle de « réformes » pour ne pas dire « impunité ». On parle de « dialogue » pour ne pas dire « racket ». On parle de « pacification » pour ne pas dire « extorsion ».



Tacite me vient à l’esprit, s’exprimant à propos des horreurs de l’Empire romain : « Destructions, tueries, vols, voilà ce qu’ils appellent l’empire, dans la fausseté de leur langage. Et là où ils ont fait un désert, ils disent qu’ils ont fait la paix ! »


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samedi 13 mars 2010

Italie : l'état délinquant


Au moment où j'écris, les deux frères Berlusconi sont simultanément mis en examen, Silvio et Paolo, quand bien même pour deux chefs d'accusation qui n'ont rien à voir. Laissons tomber Paolo, qui nous en combine lui aussi de toutes les couleurs, mauvais sang ne saurait mentir, pour nous attarder sur Silvio, l'imprésentable délinquant travesti en chef de gouvernement.



À noter que Silvio Berlusconi est bien un délinquant, au sens juridique de la parole, au sens où il a commis des délits ... prescrits en vertu de lois qu'il s'est fait voter lui-même : Marco Travaglio vient de publier un livre intitulé Ad personam, qui dénombre 36 lois rédigées sur mesure pour le délinquant Silvio Berlusconi. Dernière en date, l'empêchement légitime, pour lui éviter de comparaître dans les procès qui s'accumulent... Mais d'autres sont déjà en préparation, y compris - tenez-vous bien - certaines modifications anticonstitutionnelles de ... la Constitution ! Une réforme, qu'ils appellent ça. Coup d'état serait plus juste.



Un must. D'ailleurs, la semaine même de sa publication, le livre était déjà dépassé puisque Berlusconi s'en est fait voter, en 1 jour, une 37ème dans la foulée, dont j'ai rendu compte dans mon billet sur les manifs en Italie...



Et donc, en tant que délinquant récidiviste, il est président du conseil. Normal dans un pays où même les porcs se demandent comment font les hommes pour vivre dans un tel cloaque.



Les politiques italiens répètent depuis plus de quinze ans que le problème de Berlusconi est l'immense conflit d'intérêts qui le caractérise. À ce sujet j'ai bien aimé la réponse qu'a faite Antonio Di Pietro hier soir à un manifestant qui l'interpellait devant la centrale nucléaire de Borgo Sabotino (j'y étais, elle se trouve à 25km de chez moi...) :
Le conflit d'intérêt, désormais, c'est une question qui concerne Berlusconi, point barre. Moi ce qui me préoccupe, c'est la réalité de l'Italie d'aujourd'hui, où les citoyens sont comme un troupeau de chèvres devant les meutes de loups...
Car l'Italie d'aujourd'hui, c'est ça : un usage privé de l'état pour privatiser la démocratie au profit des meutes de loups qui noyautent tous les pouvoirs ! De l'exécutif au législatif, du judiciaire au médiatique, en passant par l'économique et, last but not least, le criminel...



Donc que peuvent faire les citoyens honnêtes lorsqu'ils sont pris en otage par un état mafieux et une société corrompue jusqu'à la moëlle ? Un état qui n'hésite pas à promulguer des lois pour favoriser les mafias en tout genre ? Un état qui transforme lentement mais sûrement la démocratie en coquille vide, une forme apparente en réalité totalement vidée de sa substance ! Un état où l'information plurielle est abolie pour laisser la place à la propagande de régime martelante que Goebbels avait rêvé ! Un état où la politique n'est plus qu'une vieille traînée, salie et mourante...



Oui, que faire ? Je suis sans réponse ! Aujourd'hui à 14h il y a une manif au centre de Rome. Nationale, organisée par la gauche (qui n'est pas vraiment ma tasse de thé, je suis pour le dépassement total de l'artificielle dichotomie droite-gauche...). Ma troisième en une semaine !



Ce matin je me demande si je vais y aller. Si ça sert à quelque chose. Je me sens un peu découragé.





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lundi 8 mars 2010

Manifs en Italie


Hier j'ai participé à une manifestation qui s'est déroulée au cœur de Rome, à Piazza Navona, pour celles et ceux qui connaissent. La place était divisée en deux, avec de part et d'autre de la fontaine des fleuves en restauration, marchands de tableaux et touristes d'un côté, manifestants de l'autre.



Organisée par les gens du "peuple violet" (ceux du No Berlusconi Day), nous n'étions pas seuls puisque d'autres manifestations avaient lieu en simultané dans plus d'une dizaine de villes importantes, du nord au sud (Milan, Bologne, etc.).



C'est la sixième manifestation en neuf jours qui se tient à Rome, sans compter une contestation permanente organisée devant le parlement italien depuis maintenant plusieurs jours. Il faut dire que les Berlusconneries vont bon train en ce moment, il nous en sort plus ou moins une par jour et la dernière en date fait des vagues. Tellement de vagues que ça risque de se transformer en tsunami vite fait.



De quoi s'agit-il ? En deux mots : les 28 et 29 mars doivent avoir lieu en Italie les élections régionales. Les partis ont donc présenté leurs listes respectives, et la soumission des listes est bien évidemment assujettie à des règles formelles, avec une date et heure limites. Or il s'est trouvé que les deux listes du PDL (parti de Berlusconi) de Rome et de Milan n'ont pas été admises pour non-respect de ces règles :
  • dans le cas de Milan, il y avait plus de 500 signatures qui étaient irtrégulières, et donc une fois déduites, le candidat Formigoni n'avait plus le nombre de signatures suffisantes ;
  • à Rome, le politique chargé du dossier l'a fait en retard parce qu'un petit creux à l'estomac lui a imposé d'aller manger un sandwich au lieu de présenter sa liste à l'heure...
Je vous dis pas le désastre : les deux principaux candidats de Berlusconi à Rome et à Milan hors concours, PAR LEUR FAUTE !!!



Je vous passe les détails (faudrait faire au moins dix billets...) pour arriver à la conclusion : que fait Berlusconi ? En 24 heures il nous pond d'urgence un décret-loi, signé dans la foulée par le Président de la République (là encore, il y aurait beaucoup à dire, voir le P.S., en italien...), pour réinterpréter la loi électorale en vigueur jusqu'alors et fournir aux juges chargés de se prononcer pour ou contre l'admissibilité des listes « l'interprétation authentique » de la loi électorale !!!



Ce bordel, mon neveu ! D'autant plus que non seulement le contenu du décret est vraiment risible (l'article 1, par exemple, énonce qu'il suffit que les délégués chargés de faire enregistrer les listes soient présents dans le tribunal et non plus au Greffe du tribunal... Conséquence, même en mangeant un sandwich à la cafétéria du tribunal, c'est comme si vous aviez fait enregistrer votre dossier à l'heure par le greffier !), mais de plus il viole la Constitution italienne en plusieurs points, notamment le dernier alinéa de l'article 72, mais surtout, surtout, l'article 3, l'un des 12 principes fondamentaux qui entérine l'égalité des citoyens devant la loi.



Pourquoi ? Parce que Berlusconi était tellement pressé de sauver la mise à son parti qu'il a fait un décret-loi "interprétatif" tellement spécifique que les autres listes d'autres partis qui n'ont pas été acceptées dans d'autres régions ne pourront pas participer !!!



Voilà pourquoi très nombreux sont les italiens qui considèrent ce coup de force comme un "coup d'état"...



J'arrête là même s'il y aurait encore beaucoup à dire, mais je pense que l'essentiel y est pour vous permettre de comprendre.



[MàJ - 23h35'] Et le plus incroyable dans cette histoire, c'est que ce décret n'aura servi à rien ! En effet, selon les intentions déclarées de Berlusconi et de son parti, il devait servir de référence aux décisions des deux Tribunaux Administratifs Régionaux, de Lombardie et du Latium, or le premier s'est prononcé positivement le lendemain de sa promulgation mais pour d'autres motifs ; quant au second, l'info est tombée dans la soirée, il s'est prononcé négativement en refusant l'admissibilité de la liste du PDL dans le Latium, et en déclarant que le décret ne pouvait pas être appliqué !



En outre les deux Conseils régionaux ont délibéré de recourir devant la Cour constitutionnelle pour se prononcer sur le conflit de compétence (il faut savoir que les lois électorales régionales dépendent ... des régions, et non pas de l'exécutif central, qui a émis le décret anticonstitutionnel) et suspendre le décret.



En résumé, un succès total pour Berlusconi. Je m'esclaffe, mouarf mouarf mouarf :-)



* * *


Donc, cette manifestation a été organisée en 24h (!), puisque la norme incriminée date du 5 mars, le 6 l'appel à manifester a été lancé sur le Net et le 7, hier, nous avons rempli une moitié de la place.



Une manifestation atypique tant par les modalités de son organisation (ce sont les participants qui contribuent aussi pour payer les frais) que par son contenu. Aux journalistes qui demandaient au début qui étaient les orateurs (en pensant bien sûr à des gens célèbres, ou pour le moins connus), les organisateurs répondaient qu'ils n'en savaient rien.



Puisque ce sont les gens, M. et Mme Tout-le-monde, des citoyens comme vous et moi, qui se sont inscrits pour parler dès lors qu'ils avaient quelque chose à dire. Et je peux vous dire qu'aucune intervention n'était hors sujet et que chaque message a porté. Mais comme je ne peux pas tout vous raconter, j'ai choisi de transcrire et traduire une intervention, qui m'a beaucoup frappé. C'est celle d'un magistrat de la cour de Cassation, il s'appelle Vincenzo Marinelli, voici la vidéo et la transcription-traduction à suivre :







« Je me suis demandé s'il était opportun que je vienne parler devant vous. En général les juges ne s'expriment pas en public, et d'ailleurs ils ne savent pas s'exprimer. Toutefois, aujourd'hui, la question n'est plus de savoir si c'est opportun ou pas, la question est : si je ne le fais pas maintenant, quand le ferai-je ?



Généralement, les juges parlent sur un ton mesuré, mais si je ne m'exprime pas franchement, aujourd'hui, quand le ferai-je ? Que devra-t-il encore se passer pour que les gens s'indignent et expriment directement cette indignation ?



Je me suis demandé si mon intervention à visage découvert n'allait pas être instrumentalisée, si on n'allait pas la prendre comme prétexte pour dire à la télévision : "Regardez, et voyez qui sont et que font ces gens-là !" Et bien, dites-le ! Dites-le.



Mais moi je dois me réapproprier de mes droits de citoyen, et je dois prendre la parole, haut, fort et clair !



L'heure n'est plus à la prudence. Ce n'est pas le moment de se demander : "on va se servir de mon intervention comme prétexte". Non. Le moment est venu de parler. Plus question d'être aphone. L'heure est venue de dire ce qu'est la démocratie, et ce qu'est la justice.



Mais laissez-moi tout d'abord vous dire deux mots sur mon rôle en tant que magistrat, sur pourquoi je suis magistrat. Je suis magistrat parce qu'un jour quelqu'un m'a expliqué (à l'époque il y avait de bons professeurs, maintenant les temps ont quelque peu changé, avec des enseignants qui sont humiliés au quotidien), mon professeur de lycée m'a expliqué : "Tu veux être libre, Marinelli ? Rappelle-toi qu'il y a encore des concours qui ne sont pas truqués. Rappelle-toi que tu peux passer le concours d'entrée dans la magistrature et être admis. Rappelle-toi qu'ainsi tu seras libre et tu te seras payé ta liberté." Et bien c'est ce que j'ai fait.



Alors quand vous entendez dire : "Les magistrats sont de gauche, les juges sont ceci, les juges sont cela", et bien moi je dis : "Non. Les juges sont recrutés sur concours. Le concours est un prix à la diligence. Tous peuvent être reçus, qui avec des idées, qui avec d'autres. Mais c'est une garantie pour le citoyen, parce que si tous les juges étaient l'expression des partis politiques, alors là, oui, vous auriez raison de vous méfier des juges".



Donc si aujourd'hui je peux parler ainsi, c'est parce qu'au plan institutionnel, je n'ai rien à craindre, et rien à espérer. Que peuvent-ils me faire ? M'acheter ? Je ne suis pas à vendre, et la plupart des juges ne sont pas à vendre.
[Applaudissements]



Et donc je parle. Et je veux vous parler de ce décret, pour vous dire que c'est la énième preuve d'une érosion progressive de la démocratie dans notre pays. D'habitude je n'emploie pas les mots forts, donc je me garderai bien de dire que nous en sommes au fascisme. Je sais que nous n'en sommes pas au fascisme. Mais nous assistons à une involution autoritaire. À un évidement de la démocratie de l'intérieur. À une distorsion de notre Constitution. Oui, nous en sommes là ! Et voilà pourquoi il faut parler. Voilà pourquoi l'heure n'est plus à la prudence ! À quoi sert-il d'être prudents face à ce qui se passe aujourd'hui ? À quoi sert-il d'être prudents si on ne dit pas haut et fort ce qu'est la démocratie, si l'on ne témoigne pas de ce qu'est la démocratie ?



[interruption sous les applaudissements de la foule, qui crie en chœur JUSTICE, JUSTICE, JUSTICE !]



On nous dit : "Ce décret est un moindre mal parce que c'est un décret d'interprétation". Non, ce n'est pas un moindre mal. C'est un mal majeur.



Laissez-moi tenter d'expliquer en deux mots ce que signifie "décret interprétatif".



Il est interprétatif au sens où il s'applique rétroactivement. Donc c'est comme si, dès le départ, la loi avait été écrite de manière à faciliter les embrouilles, de manière à faciliter la violation de formalités essentielles servant à garantir la collectivité. Dans ce sens, il est interprétatif.



Par contre si vous dites que le noir doit être interprété comme blanc, alors ce n'est plus un décret interprétatif mais un décret novateur. Il s'agit donc d'un décret qui cumule les maux des deux catégories d'actes : la norme interprétative d'une part, et la norme novatrice de l'autre.



Chers amis, la question posée est celle de notre liberté, de notre démocratie.



De plus, lorsqu'on parle de « formes », attention à ne pas opposer trop facilement la forme à la substance. La démocratie est faite de formes. Que dit le premier article de notre Constitution ?



Il ne dit pas que l'Italie est une république basée sur les soubrettes et sur l'abrutissement de la télévision qui devrait compenser l'éducation et la culture ! Non. Il dit que l'Italie est une République démocratique, fondée sur le travail, et que la souveraineté appartient au peuple, qui l'exerce dans les FORMES et dans les limites de la Constitution.



[un des organisateurs s'approche en lui disant d'abréger et de conclure, la foule crie LAISSE-LE PARLER, LAISSE-LE PARLER !]



La Constitution est un grand référentiel de formes, de formes essentielles, de formes qui servent à protéger la démocratie, de formes qui servent à protéger les plus faibles, parce que les forts n'ont pas besoin de certaines formes. Ce sont les faibles qui ont besoin des lois, de la protection des lois, et de la protection que leur donne la Constitution en premier lieu.



C'est pourquoi l'on dit : "La loi est la même pour tous", et non pas : "La loi est la même pour tous, mais pour les amis elle s'interprète".



Ce n'est pas ce qui est dit. Et si on en arrive à dire ça, c'est qu'on est sur une mauvaise pente. Une pente sur laquelle il devient difficile de discerner entre ce qu'est la démocratie et ce qu'est l'autoritarisme.



Or c'est exactement la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui, malheureusement.



Permettez-moi de terminer sur une déclaration en faveur du Parti de l'Amour. Je ne parle ni du Parti de l'Amour de Berlusconi, ni du Parti de l'Amour de Cicciolina, pour qui s'en souvient encore. Non. Laissez-moi vous dire que je suis Parti de l'Amour pour la Constitution.Pour cette Constitution que j'applique tous les jours. Pour cette Constitution que j'ai appris alors que j'étais adolescent. Pour cette Constitution sur laquelle j'ai prêté serment.



Voilà mon amour. Voilà mon Parti de l'Amour.



Et si on doit m'accuser d'être un taliban, et bien ... qu'on le fasse ! Tout amoureux peut aussi avoir son petit côté taliban !



J'aimerais conclure en disant tous ensemble : "Vive la démocratie, vive la liberté, vive la Constitution née de la Résistance !"
 »



* * *


Voilà. Rendez-vous samedi prochain pour une nouvelle manifestation nationale. Tôt ou tard il faudra bien qu'il se casse, ce bouffon. Qui ne fait plus rire personne depuis longtemps...





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P.S. Aujourd'hui même, l'intervention de Marco Travaglio (transcription en italien, désolé) analyse en détail la signature du décret par le Président de la République, Giorgio Napolitano.







Je vous traduis juste l'une des dernières phrases du discours : « Nous sommes désormais la proie d'un régime sur le déclin mais qui n'en est pas moins dangereux pour autant, je crois d'ailleurs que dans les mois à venir il nous en fera voir de toutes les couleurs, et ça sera pas du beau, mais du mauvais ! »



Même si Travaglio a souvent raison, là j'espère sincèrement qu'il se trompe. Sans trop y croire...



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dimanche 21 février 2010

Italie : mafia et politique, encore et toujours !


[MàJ - 20h] Le journaliste Gianni Lannes a invité la ministre italienne de l'environnement, Stefania Prestigiacomo, à participer à un débat télévisé contradictoire, où lui sera seul en studio, et elle sur un plateau télé de son choix, y compris sur les chaînes de Berlusconi. La ministre, qui pourra défendre son dossier en faisant appel à des experts, des universitaires, des scientifiques, des militaires, des spécialistes, etc., a trente jours à partir d'aujourd'hui pour donner sa réponse, conformément à la loi italienne...



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Incroyable : 73 bateaux bourrés de déchets toxiques et radioactifs coulés en Méditerrannée par la mafia avec la complicité des politiques, ça dépasse les frontières ça ! Ou non ? Ou c'est encore et toujours comme le nuage de Tchernobyl ?



On doit la vérité à un journaliste courageux, il s'appelle Gianni Lannes, il a souvent été menacé de mort par la mafia (dans ce putain de pays, dès que quelqu'un ose lever le voile sur la pourriture miasmeuse qui nous ensevelit, il est de suite menacé, et l'état italien ne fait pas grand chose pour l'empêcher : je viens de découvrir qu'il est escorté depuis le 22 décembre 2009...), mais il continue malgré ça, malgré les attentats déjà subis (voir sa voiture...). [Rien que ce mois-ci, cinq journalistes ont déjà reçu des lettres de menaces contenant des cartouches de fusil !]



En tout cas l'histoire des trafics d'armes et des déchets nucléaires (tout est lié) ne date pas d'aujourd'hui, déjà du temps de Craxi on en trouve des traces et même avant...



Mais bon, je dois faire court donc je me contente de vous livrer quelques photos avec les liens vers les articles en italien, plus deux vidéos. Si vous voulez en savoir plus, ça devrait vous permettre d'approfondir, et j'essaierai de vous tenir au courant dans le détail, mais pas cette semaine, je suis trop pris.



En attendant voici la carte de là où les bateaux ont été coulés :





[MàJ - 13h] À noter que cette cartographie est celle effectuée par un journaliste indépendant, également passionné de plongée sous-marine, qui a enquêté pratiquement seul, sans l'appui d'un journal derrière. À chaque numéro correspondent des preuves photographiques. Donc il s'agit d'une cartographie par défaut, puisque selon lui, il y en aurait beaucoup plus que ça :
D'après des estimations concrètes, en tout il y aurait environ 200 épaves (voir déjà cette liste), sans compter des milliers de conteneurs et de futs remplis de déchets chimiques et de scories radioactives.
Jetés en vrac... Donc le problème est qu'il n'y a aucune volonté politique de dire la vérité, comme toujours en Italie (et pas seulement...), puisque certaines de ces épaves sont mêmes couvertes par le secret d'état. Et plus l'état recule ... trouvez la rime de la nouvelle chanson du citoyen !



En attendant voici une épave, que vous pouvez voir filmée dans la deuxième vidéo ci-dessous :





et de jolis futs radioactifs pour nourrir les gentils petits poissons méditerranéens, quoi, qui c'est qui a dit qu'il était pas frais mon poisson ? (c'est plus du poisson, c'est du poison !) (comparer avec cette photo)





Et pour finir une vidéo où Gianni Lannes parle de son enquête, si vous comprenez l'italien, accrochez-vous, c'est du lourd...







Et une autre interview plus détaillée :















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P.S. Juste pour vous mettre l'eau à la bouche, Gianni explique comment le déclassement des vieilles installations nucléaires italiennes est confié à la 'ndrangheta, comme ça on est tranquilles !



Donc vous comprenez pourquoi quand EDF et Sarko veulent nous refiler une bonne dizaine de centrales nucléaires dans les années à venir (Berlusconi a même déjà tenté d'en placer 2 en Albanie, tandis que le petit Nicolas va en Roumanie...), entre la mafia qui s'apprête à gérer tout le cycle nucléaire - de la construction des centrales jusqu'à leur démantèlement - et les tremblements de terre et autres catastrophes naturelles en tous genres qui menacent plus de 90% du territoire italien, y a de quoi être rassurés...



P.S. II - Une précision, en passant : quand je dis que « la mafia s'apprête à gérer tout le cycle nucléaire - de la construction des centrales jusqu'à leur démantèlement », ce n'est ni une boutade ironique ni une tournure de phrase pour impressionner, c'est tout simplement la PLUS STRICTE VÉRITÉ !



Et puisque je suis dans les cartes, en voici une autre : c'est l'emplacement très probable des futurs sites nucléaires décidés il y a quelques jours par le gouvernement berlusconi dans le plus grand secret, car il y a les élections régionales dans un mois et ils veulent surtout pas que leurs électeurs sachent avant de voter qu'ils se retrouveront bientôt avec une centrale nucléaire devant leur jardin. Syndrome NIMBY oblige. Et je sais de quoi je parle, il y en a juste à côté de chez moi, non pas une, mais deux (une à moins de 50 km, et la deuxième qui devrait stocker les déchets de toutes les autres...) !





À moins que...



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jeudi 28 janvier 2010

Bilan 2009 de l'entreprise MAFIA SA


[MàJ - 29 janvier 2010] Les chiffres présentés dans ce billet sont indirectement confirmés par un rapport présenté cette semaine à Davos par le Council on Illicit Trade, qui classe l'Italie au premier rang du G5 du crime organisé (respectivement devant les mafias chinoises, japonaises, russes et sud-américaines), avec un C.A. estimé de 112 milliards $ réalisé en Italie.



L'écart avec les 135 milliards € s'explique par le fait que le rapport évalue un volume d'affaires transversal de 310,6 Mds $ pour les seuls États-Unis, où il est notoire que la mafia italienne occupe une place prépondérante.



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Après Vatican SA, voici Mafia SA, florissante société anonyme avec un C.A. 2009 de 135 milliards d'euros, selon l'association SOS Impresa, qui vient de publier son XIIe rapport sur criminalité mafieuse et entreprises.



Pour vous donner une idée de la progression, selon Elio Veltri et Antonio Laudati, qui ont récemment publié Mafia pulita, où ils définissent la mafia comme la première entreprise italienne, le C.A. 2003 était de 85 milliards d'euros (p. 40), soit une hausse de 50 milliards d'euros en 6 ans...



Une "évolution" contredisant quelque peu les annonces vaseuses du gouvernement Berlusconi, lorsqu'il déclare une semaine sur deux que la mafia est presque éradiquée ! (tout est dans le "presque" ;-)



Il y a quelques jours encore, en bon mytho, il a assuré que ce "phénomène pathologique" serait éradiqué "d'ici à la fin de sa législature" (2013, s'il y arrive, ce dont je doute), et l'a répété aujourd'hui-même. Juste un mensonge de plus à ajouter à une longue - très, très longue - liste...



L'intégralité du rapport (124 pages) n'est pas en ligne, mais il suffit de le demander [maintenant il l'est]. Ce que j'ai fait pour vous en parler, même si ce billet n'a pas pour but d'entrer dans les détails (trop long...), mais de vous fournir un aperçu de la situation actuelle. En commençant par les 78 milliards d'euros de bénéfice net pour l'année 2009, soit 6,5 milliards par mois, ou si vous préférez 213,7 millions / jour, presque 9 millions de l'heure, 150 000 euros à la minute ! Qui dit mieux...



Bilan 2009 de l'entreprise MAFIA SA

Comme pour toute entreprise qui se respecte, le bénéfice net est donné par la différence entre le chiffre d'affaires global (135 milliards) et les charges (57 milliards), telles que salaires, logistique, frais d'avocats, argent servant à graisser la patte, etc.



Si le poste "salaires" vous surprend, il faut savoir que la main-d'œuvre mafieuse est composée de salariés qui perçoivent régulièrement leur mensualité (la mesata), y compris lorsqu'ils sont en prison (l'argent est alors directement reversé à leur famille, et c'est la mafia qui règle les honoraires des avocats). Voici l'organigramme extrait du rapport, traduit par mes soins :



Organigramme mafieux

Un tueur peut donc gagner jusqu'à 25 mille euros par mois, selon SOS Impresa qui a reconstitué les "salaires" à partir de tous les documents qui ont pu être retrouvés.



Le jour où j'aurai le temps, je consacrerai un billet à la structure de la mafia, pour expliquer comment elle est organisée par rapport au territoire, etc.



C'est quelque chose de difficilement concevable en France, mais la force de la mafia c'est la façon dont elle contrôle et noyaute le territoire et se substitue à l'État dans une série croissante de "fonctions régaliennes". Outre les complicités au niveau de l'État, c'est aussi ce qui explique pourquoi certaines cavales durent des décennies, parce que des portions entières de territoire échappent au contrôle des pouvoirs publics.



Pour vous donner un exemple, dans certaines zones de Naples où se vend la drogue, la camorra a construit des dos d'âne sur la chaussée pour ralentir les voitures de police en cas de poursuites !



Le premier élément de contrôle du territoire est le "pizzo", à savoir les sommes d'argent - petites ou grosses - que la mafia extorque aux commerçants, mais pas seulement (on a même vu des extorsions aux dépens de prêtres, d'écoles, etc.), pour leur assurer une soi-disant "protection" en retour.



Dans les marchés, par exemple, les vendeurs à l'étalage doivent payer 1 euro par jour à Palerme, ou entre 5 et 10 € par jour à Naples, mais peu ou prou, l'important c'est que tout le monde paye !!!



Toujours à Palerme, le rapport estime que 80% des commerçants sont soumis au racket et calcule des fourchettes mensuelles de 200 à 500 € pour un magasin normal, de 750 à 1 000 € pour une boutique plus élégante, 5 000 € pour un supermarché, 10 000 € pour un chantier, etc. Si je trouve le temps, je vous ferai un billet sur les déboires de Carrefour en Italie du sud...



Pour les commerçants rebelles, les moyens d'intimidation plus courants sont l'incendie, les bris de vitrine et la colle (colle forte dans les cadenas pour que le commerçant puisse pas ouvrir ses rideaux de fer le matin...). Ça, ce sont les avertissements. Si le commerçant persiste à faire sa mauvaise tête, la mafia passe ensuite aux manières fortes. Par contre, s'il paie, il est protégé contre tous ces aléas du métier !



J'arrête là, mais je n'ai pas peur de dire que si cette situation honteuse et indigne d'une démocratie se perpétue en Italie depuis bientôt un siècle et demi, la faute en revient principalement aux politiques, qui deviennent au fil des ans de plus en plus compromis et corrompus, à tous les niveaux, et, pour tout dire, plus mafieux que les mafieux...



Mais c'est un autre débat !





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P.S. Et si vous avez passé 5 minutes à lire ce billet, le calcul est simple, dans le même temps l'entreprise Mafia SA a facturé 750 000 euros !



Au noir, de toutes façons maintenant ils ont à disposition la grande lessiveuse qui lave plus blanc que blanc...



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lundi 18 janvier 2010

Italie : censure sur le Web


[MàJ - 25 janvier 2010] J'ai vu dans mes liens référents que ce billet est cité sur Numérama, où l'un des commentateurs dit ceci :
Je ne suis pas complètement d'accord avec l'analyse de Jean-Marie Le Ray sur son blog. Oui, la directive européenne exclut "les activités dont la vocation première n'est pas économique et qui ne sont pas en concurrence avec la radiodiffusion télévisuelle, comme les sites web privés et les services qui consistent à fournir ou à diffuser du contenu audiovisuel créé par des utilisateurs privés à des fins de partage et d'échange au sein de communautés d'intérêt."

Mais dans ce genre de texte, chaque mot et chaque virgule a un sens.



(...)



Entendons-nous bien : je pense qu'il s'agit d'un décret pour que Berlusconi protège son empire audiovisuel, en plus qui aurait mérité de passer par une loi (quoique je ne connaisse pas bien le système législatif italien). Mais quand on combat quelqu'un, il ne faut pas se tromper d'argument, sinon on en prend plein la gueule. Et à mon avis, se battre contre le fait que c'est contraire à la directive européenne, c'est une erreur car il est facile de contre-argumenter.
Je précise donc que mon billet reprend surtout l'analyse dominante faite en Italie, qui est à l'origine d'une contestation officielle de l'opposition devant le Conseil d'État.



En outre, des voix contraires se sont élevées au sein même du parti de Berlusconi (PDL), notamment celle de Luca Barbareschi, et toutes ces protestations conjointes semblent porter leurs fruits puisque l'avis des Commissions parlementaires a été repoussé et la majorité laisse entendre que des amendements pourraient être apportés au texte du décret.



(j'ai essayé de répondre directement sur Numérama, où je me suis inscrit pour publier, mais mon commentaire n'a pas été accepté, j'ignore pourquoi)



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Je vous ai déjà entretenu des risques imminents de censure berlusconienne sur Internet, voici maintenant le dernier épisode en date : l'adoption du "décret Romani", du nom de l'actuel secrétaire d'État en charge des communications, Paolo Romani, ex patron de télévision ayant produit des émissions cultes telles que Colpo grosso...



En fait, l'affaire est un peu plus compliquée qu'il n'y paraît, car ce fameux décret ne concerne pas que la censure des web-télévisions, elle met également des bâtons dans les roues à Sky (la télé de Murdoch étant le seul concurrent sérieux de Berlusconi en Italie) et augmente le seuil d'annonces publicitaires essentiellement au profit des télés de ... Berlusconi, en doutiez-vous ?



Mais je me limiterai ici aux répercussions possibles sur Internet, un aspect fortement contesté par l'opposition qui a porté l'affaire devant le Conseil d'État, en accusant le gouvernement de "délégation excessive de compétences".



Voyons pourquoi. Ce décret, censé transposer la directive européenne sur les services de médias audiovisuels (SMA), ne tient pas compte de l'article 16, qui dit ceci :
Aux fins de la présente directive, la définition du service de médias audiovisuels devrait couvrir exclusivement les services de médias audiovisuels, que ce soit de la radiodiffusion télévisuelle ou à la demande, qui sont des médias de masse, c’est-à-dire qui sont destinés à être reçus par une part importante de la population et qui sont susceptibles d’avoir sur elle un impact manifeste. Son champ d’application ne devrait couvrir que les services tels que définis par le traité, et donc englober toutes les formes d’activité économique, y compris l’activité économique des entreprises de service public, mais exclure les activités dont la vocation première n’est pas économique et qui ne sont pas en concurrence avec la radiodiffusion télévisuelle, comme les sites web privés et les services qui consistent à fournir ou à diffuser du contenu audiovisuel créé par des utilisateurs privés à des fins de partage et d’échange au sein de communautés d’intérêt.
Or que fait Berlusconi ? Au lieu de les exclure, il les inclut !



Et plus précisément à l'article 4, premier alinéa, lettre a) du décret :
Dans le cadre du présent texte unique, on entend par :

a} services de médias audiovisuels : ... les services, y compris diffusés via Internet, qui impliquent la fourniture ou la mise à disposition d'images animées, sonores ou non, pour lesquels le contenu audiovisuel n'a pas un caractère purement secondaire.
En fait, le décret assimile la télévision IP à la télé tout court !



Un bon raccourci pour appliquer aux web télévisions la législation applicable aux télés traditionnelles, parfaitement contraire à l’esprit de la directive...



Par conséquent si ces web tv, qui disposent de moyens limités, sont désormais obligées d'obtenir des autorisations gouvernementales pour diffuser, on voit mal comment elles pourront subsister.



Et qu'en sera-t-il pour l'internaute lambda qui diffusera sur son site un extrait de Youtube ou autre ? Selon Google, les violations seraient passibles d'amendes pouvant aller jusqu'à 150 000 euros...



Ça me semble extrêmement raisonnable !





Merci à Maxime :-)





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P.S. Un peu hors sujet, mais je signale à celles et ceux qui ont suivi sur mon blog l'agression à Berlusconi, que le parquet de Milan vient d'ordonner une expertise médicale sur le patient pour en savoir un peu plus sur la véritable nature de ses blessures...



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vendredi 8 janvier 2010

Mon projet pour 2010


[MàJ - 25 janvier 2010] Si un éditeur est intéressé, j'ai un synopsis à disposition... (courriel)



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Voilà, c'est décidé : je consacrerai l'année 2010 à l'écriture d'un essai sur la République italienne !



En fait, le 17 mars 2011, l'Italie célébrera le 150e anniversaire de son "Unité", un événement qui ne manquera pas d'attirer l'attention sur ce pays.



Or comme l'observe fort justement Olivier Duhamel : « Peu de pays sont aussi difficiles à comprendre pour un étranger que l’Italie » !



Initialement, je voulais me cantonner à la "deuxième République italienne" (il y a déjà beaucoup à dire...), mais il est clair qu'expliquer la deuxième sans aucune référence à la première serait le meilleur moyen de ne rien faire comprendre à un lectorat francophone.



De plus les changements imminents à la Constitution promettent très probablement l'avènement d'une 3ème république, peut-être même dès cette année, de type présidentialiste comme le souhaite tant Berlusconi... D'où la nécessité de traiter ça comme un continuum, de la 1ère à la 3ème...



Mon postulat de départ étant qu'à l'époque de Tangentopoli, l'Italie s'est trouvée face à un tournant de son histoire, qu'elle a malheureusement mal négocié...



Or elle est aujourd'hui face à un tournant semblable, face à des enjeux semblables, et je trouve que ce qui transparaît dans la presse et sur Internet est peu ou mal traité, et trop souvent si superficiellement que c'en est caricatural...



Donc même si je n'ai pas encore d'éditeur, plutôt que d'écrire sur mon blog j'écrirai mon livre, aussi serai-je moins présent sur Adscriptor, veuillez m'en excuser à l'avance. On verra bien ce qui se passera.



Mais si jamais ces quelques lignes donnent l'envie d'en savoir plus à un éditeur de passage, n'hésitez pas à me contacter, je vous promets du surprenant !



Parce que c'est vraiment surprenant ce qui se passe ici, parfait exemple de combien la réalité va beaucoup, mais beaucoup, beaucoup plus loin que la fiction...



En attendant voici le plan de l'essai :





1ère partie : la Ie République italienne



L’Italie a-t-elle jamais été une démocratie ?



1er tournant





2ème partie : la IIe République italienne



L’Italie est-elle une démocratie ?



2e tournant





3ème partie : la IIIe République italienne



L’Italie sera-t-elle un jour une démocratie ?



Changer le futur, ou droit dans le mur ?





Mon mail est dans la signature :-)





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P.S. Que cela ne vous empêche pas de me poser des questions en commentaire, par exemple sur les choses qui vous semblent difficiles à saisir sur ce pays vu d'ailleurs, même si je ne réponds pas directement en ligne, soyez assurés que j'en tiendrai compte dans la rédaction de mon essai. Et si vous voulez me faire de la pub dans la recherche d'un éditeur, et bien ne vous gênez surtout pas ;-)



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