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jeudi 26 août 2010

La géopolitique dans l'Italie républicaine


Prenons un peu de hauteur. Comme je l'ai déjà laissé entrevoir sur le concept de "souveraineté limitée de l'Italie" d'une part, et sur la nécessité d'une mise en perspective historique de ce pays de l'autre si l'on veut mieux le comprendre, j'ai découvert cette semaine l'éditorial de Tiberio Graziani, président de l’IsAG (Istituto di Alti Studi in Geopolitica e Scienze Ausiliarie) et directeur de la revue Eurasia, qui s'intitule La geopolitica nell'Italia repubblicana. En voici la traduction, avec son aimable autorisation.



Je réserve mon analyse pour un billet à venir.



* * *


[MàJ - 28 août 2010] Suite à la publication de ma traduction, l'auteur a publié ce billet sur le réseau Voltaire, sous le titre : « L'Italie à la recherche de sa géopolitique ».



* * *



La géopolitique dans l'Italie républicaine


Un pays à souveraineté limitée



En dépit de sa situation géographique enviable et des spécificités de sa structure morphologique, l'Italie n'a actuellement aucune doctrine géopolitique.



Cela est essentiellement dû aux trois éléments suivants : a) l'appartenance de l'Italie à la sphère d'influence nord-américaine (le système occidental) ; b) la crise profonde qui caractérise l'identité nationale ; c) le manque de culture géopolitique de ses classes dirigeantes.



Le premier élément, outre limiter la souveraineté de l'État italien dans de nombreux secteurs, du domaine militaire à la politique étrangère, pour ne citer que les plus importants du point de vue géopolitique, influe sur la politique intérieure et l'économie, sur les choix stratégiques en matière d'énergie, sur la recherche technologique, sur le développement des grandes infrastructures et, last but not least, sur les politiques nationales de lutte contre le crime organisé. L'Italie républicaine, en raison des conséquences notoires du Traité de paix de 1947 et en vertu de l'ambiguïté idéologique de sa charte constitutionnelle, aux termes de laquelle la souveraineté appartiendrait à une entité socioéconomique et culturelle, par ailleurs changeante et vaguement homogène - le peuple -, plutôt qu'à une entité politique bien définie comme l'État (1), a suivi la règle d'or du « réalisme collaborationniste ou boiteux », à savoir qu'elle a renoncé à la responsabilité de prendre en main son propre destin (2). Une abdication qui place l'Italie dans un état de « subordination passive » et lie ses choix stratégiques à la « bonne volonté de l'État subordonnant » (3).



Le deuxième élément invalide l'un des facteurs nécessaires à la définition d'une doctrine géopolitique cohérente. La crise de l'identité italienne est due à des causes complexes, qui remontent à l'amalgame mal réussi des différentes idéologies nationales (d'inspiration catholique, monarchique, libérale, socialiste, laïque et maçonnique) ayant soutenu l'unification de l'Italie, l'édification de l'État unitaire et, après la parenthèse fasciste, la réalisation de l'actuelle organisation républicaine. Cette crise d'identité nationale est également due à l'expérience fasciste mal digérée et au traumatisme laissé par la défaite du conflit mondial. La rhétorique romantique de l'État-nation, le mythe de la nation puis ceux de la résistance et de la « libération » n'ont certainement pas rendu un bon service aux intérêts de l'Italie, toujours à la recherche de son identité nationale à la veille du cent-cinquantenaire de son unification.



Le troisième facteur, enfin, en partie lié aux précédents pour des motifs historiques, ne permet pas d'inscrire les axes géopolitiques de l'Italie parmi les priorités de l'agenda national.



Pour autant l'alternance des vicissitudes de la République italienne a toujours connu une certaine forme de géopolitique ou, plutôt, une politique étrangère s'appuyant principalement sur sa situation géographique pour répondre aux intérêts nationaux et, donc, excentrée par rapport aux indications états-uniennes, exclusivement destinées à assurer l'hégémonie de Washington dans la région méditerranéenne. Notamment avec l'attention de politiciens comme Aldo Moro, Giulio Andreotti et Bettino Craxi, ou de grands commis de l'État tels que Enrico Mattei, tournée vers les pays d'Afrique du Nord, du Proche- et du Moyen-Orient, qui, bien que se limitant à des relations de « bon voisinage » et de « co-prospérité », était résolument conforme à la position géographique de l'Italie au sein de la Méditerranée d'une part, mais aussi fonctionnelle à l'émancipation potentielle, future et souhaitable de l'Italie démocratique vis-à-vis de la "tutelle" nord-américaine, de même qu'au rôle régional que Rome aurait pu exercer, y compris dans le cadre d'un système bipolaire rigide. De telles initiatives auraient ainsi pu jeter les bases pour définir les axes stratégiques de ce que l'argentin Marcelo Gullo appelle le « réalisme libérationniste » dans son étude sur la construction de la puissance des nations, afin de faire transiter l'Italie d'un état de « subordination passive » à un état de « subordination active » : une étape cruciale pour conquérir des espaces d'autonomie sur la scène internationale.



Or l'échec de la modeste politique méditerranéenne de l'Italie républicaine est dû non seulement à l'ingérence des États-Unis, mais également à la nature épisodique de sa mise en œuvre et à l'attitude adverse de groupes de pression internes - davantage philo-américains et pro-sionistes - qui l'ont entravée. Ainsi, avec la fin du bipolarisme et de la soi-disant Première République, les initiatives ci-dessus, visant à donner à la politique étrangère italienne une plus grande autonomie, quand bien même limitée, se sont évanouies.



L'Italie d'aujourd'hui, en tant que pays euro-méditerranéen soumis aux intérêts nord-américains, se retrouve dans une situation extrêmement délicate, puisque, du fait de sa double appartenance à l'Union européenne et à l'OTAN, non seulement elle subit le contre-coup des tensions générées entre les États-Unis et la Russie en Europe continentale, et en particulier dans la région centre-orientale (voir la question polonaise au niveau de la « sécurité » ou en matière d'énergie), mais également les répercussions des politiques de Washington au Proche- et au Moyen-Orient. En outre, rappelons-le, l'assujettissement de l'Italie aux États-Unis se traduit par une limitation évidente de la souveraineté de l'État italien, accroît les fragilités typiques des zones péninsulaires (tensions entre la partie continentale du pays, quand bien même elle reste limitée dans le cas de l'Italie, et les régions péninsulaires et insulaires à proprement parler) et augmente les pressions centrifuges jusqu'à rendre difficile la gestion administrative normale de l'État.



Militairement occupée par les États-Unis - dans le cadre de l' « alliance » atlantique - avec plus d'une centaine de bases sur son sol (4), sans ressources suffisantes en énergie, économiquement fragile et socialement instable compte tenu de l'érosion constante d'un "État social" désormais à l'agonie, l'Italie n'a pas de marges de liberté telles qu'elles lui permettraient de faire valoir les lignes directrices naturelles de son potentiel géopolitique et géostratégique - lignes directrices tracées par la Méditerranée et par la zone adriatique-balkanique-danubienne -, sauf dans les limites de stratégies imposées Outre-Atlantique qui profitent par conséquent à des intérêts extra-nationaux et extra-extracontinentaux.



Les opportunités pour l'Italie de découper son propre rôle géopolitique sont donc externes à la volonté de Rome, et résident dans les retombées qu'aura l'actuelle évolution de la scène mondiale - désormais multipolaire - dans le bassin méditerranéen et en Europe continentale. Or ce sont justement les grands bouleversements géopolitiques en cours, principalement déterminés par la Russie, qui pourraient renforcer le rôle stratégique de l'Italie en Méditerranée, dans le cadre de la mise en place et de la consolidation du nouveau système multipolaire et de l'intégration potentielle de l'Eurasie.



En effet, il faut bien comprendre que la structuration de ce nouveau système géopolitique multipolaire passe, pour des raisons évidentes, par un processus de dislocation ou de redimensionnement du système occidental contrôlé par les État-Unis, processus qui commence à la périphérie du système dont les contours sont formés par la masse euro-afro-asiatique, par la péninsule européenne, le bassin méditerranéen et l'arc insulaire japonais.



Russie et Turquie : les deux pôles géopolitiques



Les changements récents du cadre géopolitique mondial ont produit certains facteurs qui pourraient permettre à la plupart des pays formant ce que l'on appelle le système occidental de se "dégager" de la tutelle de l' "ami américain". Cela pourrait mettre Rome en mesure d'appliquer sa propre doctrine géopolitique, en phase avec le nouveau contexte mondial.



Comme on le sait, la réaffirmation de la Russie comme acteur au niveau mondial et le rôle prépondérant de la Chine et de l'Inde ont remis à plat les relations entre les grandes puissances et jeté les bases pour la création d'un nouvel ordre mondial, fondé sur des unités géopolitiques continentales s'appuyant non plus sur des rapports de force militaires, mais sur des alliances stratégiques. On enregistre aussi ces changements dans la partie sud de l'hémisphère oriental, hier encore le jardin des États-Unis, où les relations qu'entretiennent désormais le Brésil, l'Argentine et le Venezuela avec les puissances eurasiennes susmentionnées ont donné un nouvel élan à l'hypothèse d'une unité continentale sud-américaine. En Méditerranée, le premier de ces facteurs d'une nouvelle organisation géopolitique est celui de l'inversion de tendance d'Ankara dans ses politiques au Proche- et au Moyen-Orient. Car à moyen terme, le détachement de la Turquie vis-à-vis de Washington et de Tel-Aviv pourrait avoir des conséquences géopolitiques d'une vaste portée pour constituer un espace géopolitique eurasien intégré, en représentant la première étape concrète sur laquelle greffer le processus de dislocation (ou de limitation) du système occidental, justement à partir du bassin méditerranéen.



Compte tenu des conditions actuelles, les pôles géopolitiques sur lesquels devrait se concentrer une Italie qui aurait réellement l'intention de s'émanciper de la tutelle des États-Unis sont donc la Turquie et la Russie. Un alignement de Rome sur la politique proche-orientale turque fournirait à l'Italie la crédibilité nécessaire, sévèrement ternie par ses relations de vassalité envers Washington, pour donner une orientation géopolitique aux politiques de coopération lasses du Ministère italien des Affaires étrangères avec la rive sud de la Méditerranée et le Proche-Orient. D'autre part cela mettrait Rome en condition, au côté de (et grâce à) son allié turc, pour le moins de renégocier la position humiliante et lourde de l'Italie au sein de l'OTAN - voire de dénoncer le Traité de l'Atlantique Nord -, et, dans un même temps, d'envisager la reconversion des sites militaires de l'OTAN en bases utiles à la sécurité de la Méditerranée. L'Italie et la Turquie, ainsi que d'autres pays méditerranéens riverains, pourraient ainsi réaliser un système de défense intégré, sur l'exemple de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC).



Dans la mise en œuvre d'une "stratégie de sortie" de ses obligations vis-à-vis des États-Unis, telle que nous l'avons esquissée ci-dessus, Rome pourrait compter sur le soutien assuré non seulement d'Ankara, mais également de Tripoli, de Damas, de Téhéran et, bien sûr, de Moscou. Du reste, la Russie soutiendrait certainement Rome pour sortir de l'orbite des États-Unis, tout en favorisant sa projection géopolitique naturelle le long de l'axe adriatique-balkanique-danubien, naturellement dans le cadre d'une entente italo-russo-turque construite autour d'intérêts communs visant la mise en œuvre d'une "Méditerranée élargie" (c'est-à-dire comprenant les Mers Méditerranée, Noire et Caspienne).





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(1) Cf. deuxième partie de l'Article 1 de la Constitution italienne :
L'Italie est une République démocratique, fondée sur le travail. La souveraineté appartient au peuple, qui l'exerce dans les formes et dans les limites de la Constitution.
Voici les notes originales, directement traduites par les soins de M. Tiberio Graziani :
  1. En ce qui concerne l'étude de la genèse de l'article 1 de la Constitution italienne, en particulier le deuxième paragraphe (La souveraineté appartient au peuple, qui l'exerce dans les formes et dans les limites de la Constitution), et l'absence d'un article spécifique de la Constitution consacré à l'Etat et sa souveraineté, comme demandé par Dossetti, voir Maurizio Fioravanti, Costituzione e popolo sovrano, il Mulino, Bologna 2004, p.11 e pp. 91-98.
  2. Marcelo Gullo, La insurbodinación fondante, Editorial Biblos, Buenos Aires 2008, p. 26-27.
  3. Marcelo Gullo, ibid.
  4. Fabrizio Di Ernesto, Portaerei Italia. Sessant’anni di NATO nel nostro Paese, Fuoco Edizioni, Roma 2009.
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lundi 22 juin 2009

Obama vs. Berlusconi


Lundi dernier, 15 juin, Barack Obama recevait Silvio Berlusconi à Washington.





Or derrière les sourires de circonstance et les accords de convenance, il se pourrait bien qu'en coulisse le bras de fer de l'Amérique soit en train de s'abattre, une fois de plus, sur un État italien à "souveraineté limitée".



En clair, un pays à souveraineté limitée est un pays qui n'est pas maître chez soi, ce qui fut pendant des décennies la réalité italienne, la réalité d'un pays sous influence durable, d'une Italie limitée dans ses choix "démocratiques" depuis l'après-guerre.



Une réalité historiquement documentée dont je citerai un seul exemple parmi tant d'autres : le 3 août 1995, Giovanni Motzo, Ministre pour les Réformes Institutionnelles de l'époque (déjà...), déclarait dans une interview au journal "Avvenire" :
Au cours de la dernière décennie, des événements concrètement liés à l'existence d'accords secrets internationaux ont fait ressortir une situation de véritable incertitude constitutionnelle.
Le journaliste, Antonio Mira, lui rétorque :
Journaliste : - Monsieur le Ministre, qu'entendez-vous par là ?



Ministre : - Je me réfère aux accords exécutifs qui ne passent pas devant le Parlement mais sont signés exclusivement par le Gouvernement. Ces documents, top secrets, régissent habituellement les questions relatives aux bases militaires étrangères et de l'OTAN en Italie, au quartier général de l'OTAN, au transit et au séjour des troupes.



(...)



J. : - Certains évoquent une souveraineté limitée de notre pays...



M. : - En partie, ils ont raison.



J. : - C'est la première fois qu'un gouvernement met en doute la légitimité de ces secrets.



M. : - Eh bien, il serait temps. Pensez que l'accord bilatéral États-Unis-Italie signé en 1961 est toujours en vigueur.



J. : - En connaissons-nous le contenu ?



M. : - Il y en aurait deux versions... Nous en connaissons quelques articles. Où l'accord prévoit que les Etats signataires s'engagent à se prêter assistance mutuelle, et prévoit également l'envoi de conseillers militaires américains en Italie.
Bref aperçu historique : issu des cellules stay-behind coordonnées par l'OTAN au sortir de la deuxième guerre mondiale, présentes dans plus d'une dizaine de pays d'Europe de l'Ouest, le réseau Gladio (mot italien pour "glaive") était initialement l'organisation clandestine italienne correspondante, théoriquement chargée de combattre une éventuelle invasion de l'URSS et des pays du Pacte de Varsovie, justement en agissant "derrière les lignes".



Je vous laisse approfondir en suivant les liens de Wikipédia si ça vous intéresse, mais le concept de "souveraineté limitée" que je souhaite approfondir ici n'est présent sur aucun des deux articles, français et italien.



Pour qui parle italien, je recommande donc chaudement cette leçon de Gianni Barbacetto, tenue le 3 décembre 2008 à l'Université Roma Tre, où le journaliste affirme même qu'en Italie aucun président du conseil n'aurait pu occuper ce poste sans l'aval des américains...







En clair, quand bien même élu par le peuple, le président du conseil italien avait besoin de recevoir une habilitation NOS (Nulla Osta Sicurezza) des services secrets militaires italiens, directement assujettis au bon vouloir de la CIA ! Un aspect que n'aborde absolument pas le rapport Andreotti sur Gladio, bien sûr.



Essayez, juste un instant, de transposer une telle situation à la France...



Bon, ceci dit, en Italie le gouvernement a officiellement dissous le réseau stay-behind le 27 novembre 1990, et les choses ont dû changer depuis, pour autant que l'on sache (car, pour le moins, 5 ans après la dissolution du réseau, les propos du Ministre Motzo peuvent laisser planer quelques doutes)...



Donc, pour en revenir à Barbacetto, selon lui, cette "souveraineté limitée" est théorisée par la doctrine Truman, qui tire son nom du fameux discours prononcé le 12 Mars 1947 par le président américain Harry Truman sur la disponibilité des Etats-Unis d'intervenir dans toute région du monde, menacée par les Soviétiques et intoxiquée par le communisme.



Pour l'Italie, on retrouve trace de cette "doctrine Truman" dans différents documents du National Security Council (NSC) :
  1. Le document NSC n° 1/3 du 8 mars 1948, à la veille des élections cruciales du 18 avril suivant, pose directement le problème de la possible conquête du pouvoir par les communistes « par des moyens légaux », auquel cas les États-Unis devraient immédiatement répondre, y compris en fournissant une assistance financière et militaire à la base anti-communiste italienne. N'oublions pas que le 3 avril 1948, le congrès américain adoptait le plan Marshall pour la reconstruction de l'Europe après la deuxième guerre mondiale.
  2. Le document NSC n° 10/2 du 18 juin 1948 affirme que les activités officielles à l'étranger seraient accompagnées d'opérations "couvertes" pour qu'il ne soit pas possible de remonter à la responsabilité du Gouvernement des États-Unis.
  3. Le document NSC n° 67/3 du 5 janvier 1951 (indisponible dans son intégralité, aujourd'hui encore, puisqu'une bonne partie reste sous secret militaire), prévoit explicitement des initiatives des États-Unis « pour empêcher la prise du pouvoir par les communistes. »
C'est le programme tout tracé de la stratégie de la tension, qui avait pour but délibéré non seulement d'installer un climat de violence politique pour favoriser l'émergence d'un état autoritaire, mais aussi et surtout de faire en sorte que des attentats exécutés par des néofascistes et des subversifs d'extrême droite fussent faussement attribués aux réseaux gauchistes.



Je ne veux pas dire par là que tout ce qui s'est passé ensuite est à mettre au crédit de Stay-Behind, puisque de tous les pays où les armées secrètes de l'OTAN étaient présentes, seule l'Italie a connu de telles dérives, et dans de telles proportions.



Avec comme but évident de terroriser la nation pour affaiblir le Parti communiste qui se renforçait, et pour induire le peuple - à son insu, bien évidemment, et plutôt de force que de gré - à accepter "le" pouvoir voulu par des "instances supérieures".



Naturellement, l'état faisait partie intégrante de cette stratégie. Un exemple entre tous, parfaitement avéré, est celui des "affiches chinoises", dans le sillage des opérations "false flag", qui consista, en février 1966, à tapisser les murs de Rome, Milan, Mestre, Venise, Padoue, etc., d'affiches de propagande pour la Chine maoïste divulguées par de fantomatiques groupes communistes italiens filo-chinois.



En réalité, toute l'opération fut montée par Federico Umberto D'Amato, chef du Bureau des Affaires réservées du Ministère de l'Intérieur de l'époque ! Idem pour l'attentat de piazza Fontana :
Imaginé avant 1968 pour contrer le "péril communiste" par Federico D’Amato, chef du bureau des affaires réservées du ministère de l’intérieur, membre de la loge P2 et Yves Guillou alias Guérin-Serac, néo-fasciste français, ce 12 décembre 1969 inaugurait la "stratégie de la tension". Le principe clairement exprimé dans un document intitulé "Notre action politique" consiste à réaliser des attentats meurtriers dans des lieux publics et à les revendiquer au nom de l’extrême gauche. "Quand on les frappe et qu’ils ne peuvent pas se défendre, les petites gens vont réclamer un Etat fort", déclarera Delfo Zorzi, un néo-nazi qui a avoué à deux reprises avoir participé à l’attentat de la piazza Fontana.
Membre de la loge P2, j'y reviendrai...



Mais Gladio n'est pas la seule preuve historique de la mainmise des américains sur l'état italien. J'ai récemment rendu compte sur mon blog italien de l'Anello della Repubblica, l'Anneau de la République, une organisation encore plus secrète, clairement appuyée par la CIA et quasi certainement manipulée par Andreotti, qui fut vraiment de tous les coups...



Or donc, dans cette continuité historique qui dure maintenant depuis plus de soixante ans (!!!), paradoxalement, le seul homme d'état capable d'imposer une rupture aura été ... Silvio Berlusconi !



Lorsque les premières rumeurs sur un complot à son égard ont commencé à circuler, il y a quelques jours, j'ai été le premier à penser qu'il s'agissait d'une idiotie. Or mon raisonnement était motivé par le fait que Berlusconi mélangeait tout et le contraire de tout dans les ingrédients du complot, de sa femme à Mills, de Noemi à l'utilisation abusive d'un avion d'Etat, révélée par le photographe Antonello Zappadu.



Et puis petit à petit j'ai commencé à mettre en relation cette déclaration de Berlusconi avec une autre déclaration, faite en 1972 par Arnaldo Forlani, signalée par Stefania Limiti dans L'Anello della Repubblica (p. 88-89), et relatée par Giovanni Pellegrino, Président de la Commission parlamentaire d'enquête sur le terrorisme en Italie et sur les causes de la non-identification des responsables des massacres, lors de la séance du vendredi 18 avril 1997 :
Le président Pellegrino s'adresse à Forlani :



Il est notoire que vous avez tenu, en novembre 1972, lors d'une réunion publique à La Spezia, des propos d'une extrême gravité. Vous avez notamment déclaré :
« Nous venons d'assister à la tentative la plus dangereuse que la droite réactionnaire ait jamais tenté et réalisé depuis la Libération jusqu'à nos jours. Une tentative de désagrégation tramée par une organisation forte disposant de puissantes ressources financières et de soutiens solidaires non seulement internes, mais probablement aussi internationaux, une tentative qui n'est pas encore terminée : nous savons en effet, documents à l'appui, qu'elle est encore en cours.
(E’ stato operato il tentativo più pericoloso che la destra reazionaria abbia tentato e portato avanti dalla liberazione ad oggi. Questo tentativo disgregante, che è stato portato avanti con una trama che aveva radici organizzative e finanziarie consistenti, che ha trovato delle solidarietà probabilmente non soltanto di ordine interno, ma anche di ordine internazionale, questo tentativo non è finito. Noi sappiamo in modo documentato che questo tentativo è ancora in corso.)
Des mots sibyllins que Forlani a prononcés en public mais qu'il s'est bien gardé d'expliciter par la suite... Des mots qui dénonçaient ouvertement un complot, mais sans dire lequel, bien sûr.



Idem pour Berlusconi, qui parle de complot en essayant de noyer le poisson, c'est-à-dire en accusant tous et n'importe qui sans désigner nommément les États-Unis. C'est tout juste si, de temps en temps, lui et ses porte-parole font allusion à l'intervention de services étrangers.



Ceci dit, de plus en plus de voix s'élèvent en Italie pour remarquer cette situation. À commencer par Gioacchino Genchi, qu'on n'accusera certes pas d'être un pro-Berlusconi, et qui constate avec raison que les quelque 5 000 photos prises par Zappadu n'ont absolument pas pu l'être sans des complicités internes, puisque "d'autres photographes avaient déjà tenté le coup avant d'être arrêtés dans les minutes qui suivirent".



Il compare même les photos prises à l'aéroport, dont quelqu'un a forcément averti le photographe des dates et heures de vol et des personnes qui se trouvaient à bord, avec la taupe qui avertit Brusca que Giovanni Falcone venait d'atterrir...



Du reste, on ne prend pas 5 000 photos en un jour mais sur des mois, voire des années, et l'on se surprend de voir que le photographe les a gardées sous le coude pendant tout ce temps sans jamais en parler à personne, en attendant juste le bon moment pour les sortir au compte-gouttes mais suivant un rythme de publication savamment orchestré, puisqu'il a déjà averti que la prochaine série concernerait un faux mariage de Berlusconi avec une jeune fille, le "couple" étant entouré par un nuage d'autres jeunes filles...



Je vous laisse imaginer l'impact sur l'opinion publique. Mais c'est aussi et surtout une menace à peine voilée pour dire : après Noemi, après D'Addario, en voici d'autres, et derrière il y en aura d'autres, et d'autres encore...



Du genre, "maintenant, on va te casser" ! Fabrizio Cicchitto, autre célèbre colistier de Berlusconi sur les listes de la Loge Propaganda Due et actuel chef de groupe du PDL au parlement, s'en est d'ailleurs ému en se demandant ce qui se serait passé si l'on avait eu un tireur avec un fusil à lunette au lieu d'un paparazzi avec un appareil photo...



Un paparazzi un peu étrange d'ailleurs, plutôt photo reporter avec des accointances dans certains services, euh, disons ... secrets.



Il faut dire aussi que depuis longtemps, mais surtout dernièrement, les coups sur l'échiquier politique de Berlusconi sont à la limite de l'antiaméricanisme primaire. Fini la lune de miel avec Georges W. Bush ! :-)



C'est ainsi que Paolo Barnard, un journaliste sui generis, observe avec justesse que l'affaire Noemi n'est qu'un prétexte violemment invoqué par le Times, « bastion historique des conservateurs, porte-parole international des Conseils d'administration des plus grands groupes mondiaux », pour dissimuler des motifs bien plus graves : à savoir que Berlusconi doit avoir fait quelque chose qui n'a pas plu en hauts lieux, en suscitant la colère de ceux qui avaient parié sur lui outre Atlantique...



Sans quoi comment justifier que le séculaire quotidien sorte de ses gonds après 224 ans de tact purement britannique, en se lançant dans des attaques de bas étage du genre “Berlusconi est un clown”, “un bouffon chauvin”, un playboy pathétique, etc. ?



C'est ainsi qu'un blogueur, Gianluca Freda, nous propose une fine analyse où les dieux se déchaînent sur Berlusconi juste au moment où celui-ci serait sur le point de « favoriser la conquête d'une microscopique particule d’indépendance politique vis-à-vis des puissances étrangères qui tiennent depuis 65 ans l’Italie sous leur botte », c'est le cas de dire :
Certes, les tentatives de Berlusconi pour se démarquer n'ont jamais répondu à des intérêts politico-stratégiques clairvoyants d’autonomie nationale, mais uniquement à sa volonté mesquine de sauvegarder son propre pouvoir et de défendre son empire économique contre un encerclement de plus en plus rapproché.



...puisque depuis qu'il est arrivé en politique, il ne s'est intéressé qu'à ses affaires personnelles, en écrasant sous le talon de ses bottines tout ce qui risquait de limiter ses intérêts économiques, à commencer par le peuple italien.
D'où son isolement aujourd'hui face à l'ogre américain dès lors qu'il affiche sa volonté de se rapprocher de la Russie, en signant le 19 mai dernier un contrat Eni-Gazprom sur le gazoduc russe alors que les américains ont un projet concurrent - Nabucco - avec l'appui de partenaires occidentaux pour contourner la Russie, de recevoir Kadhafi avec tous les honneurs d'un chef d'état en lui laissant planter sa tente en plein cœur de Rome et comparer tout fier les États-Unis à Bin Laden (!), et encore de décider unilatéralement une mission de Frattini en Iran, sans le feu vert des États-Unis, ou enfin de laisser Tremonti appuyer la proposition chinoise de constituer un panier de “devises fortes”, autant d'initiatives dont Obama ne peut que fortement se réjouir, surtout par les temps qui courent...



En clair, ne pouvant plus se fier à Berlusconi, désormais totalement imprévisible et incontrôlable, aux États-Unis de plus en plus les instances au pouvoir doivent penser « !Tell the fucking spaghetti to do his own fucking business » !



C'est ainsi qu'un célèbre journaliste italien, Gad Lerner, conclut lucidement :
Raisonnons par l'absurde et donnons pour acquis que les théories du complot sont fondées, aussi bien celle selon laquelle Obama aurait un plan pour écarter Berlusconi, que celle indiquant Rupert Murdoch, éditeur de Sky et du Times, comme le stratège du discrédit antiberlusconien pour de basses raisons de concurrence télévisée. Nous devons alors considérer ces deux hypothèses également d'un point de vue extérieur. Pourquoi donc nos alliés ou des groupes médiatiques mondiaux devraient rester indifférents au fait qu'un groupe d'affairistes tournant autour du pouvoir absolu d'un seul individu est en train de prendre le contrôle d'un pays entier ? L'objection selon laquelle cela s'est fait par la voie d'un scrutin électoral ou que Berlusconi est fort du consentement d'une majorité d'italiens ne tient pas face à l'omnipotence sans scrupule avec laquelle il bafoue la séparation des pouvoirs qui garantit le maintien de la démocratie en Italie. Car lorsqu'il qualifie de délinquants criminels les juges et les journalistes qui enquêtent sur sa personne, ou lorsqu'il mélange avec la plus parfaite indifférence intérêt public et intérêts privés tant dans ses comportements que dans son mode de vie, alors il est temps de constater que le danger a déjà dépassé la cote d'alerte.



Et que tous les électeurs de droite devraient entendre le signal d'alarme qui nous parvient de l'extérieur. Avant que le faux nationalisme ne se transforme en nouvelle fracture de la démocratie.
On ne peut être plus clair.



Donc en conclusion, si Berlusconi arrive au bout de son parcours politique, ce n'est sûrement pas moi qui pleurererai. Au contraire, ce jour béni je fêterai ça comme il se doit.



Par contre vu l'immense bordel que sa "disparition" du champ politique risque de générer tant à gauche qu'à droite que dans tout le pays, situation propice à tous les débordements..., j'espère juste que les italiens en particulier et tous ceux qui vivent ici ou s'intéressent à l'Italie en général, sauront réunir suffisamment de forces et d'intelligences pour faire en sorte que les ingérences du passé ne deviennent pas ENCORE celles du présent et de l'avenir.



Car comme le dit si justement Beppe Grillo dans sa récente lettre à un italien jamais né, écrite à l'avant-veille du cent-cinquantième anniversaire (2011) de la naissance de l'Italie et pétrie de sensibilité malgré les apparences :
Si vous trouvez que 150 ans c'est trop peu pour construire une nation, une seule année de plus pourrait bien s'avérer insupportable...



Se 150 anni sembrano pochi per costruire una nazione, uno solo in più potrebbe essere insopportabile.
* * *


Liens connexes (en italien) :



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P.S. Ni Cossiga (cacochyme cyclothymique), pour qui je n'ai aucune considération, ni Marco Travaglio, pour qui j'ai la plus grande considération, ne partagent l'idée d'un "complot" :
Il n'y a aucun complot, si l'on entend par complot une entité étrangère ou italienne, des pouvoirs forts ou des conneries du même acabit, qu'avons-nous de plus fort en Italie que Berlusconi ?



...non c’è nessun complotto, se intendiamo per complotto un’entità straniera o italiana, poteri forti, cazzate di questo genere, cosa c’è di più forte di Berlusconi in Italia?
Voir l'intégralité du discours retranscrit, en italien.







Ceci dit, si vous entendez parler dans la presse d'un complot présumé contre Berlusconi, au moins vous saurez d'où ça vient...



Par contre, ma conclusion sur les conséquences d'une "disparition du champ politique de Berlusconi" est la même que la sienne :
Si Berlusconi tombe, c'est toute la classe dirigeante qui tombe, aussi bien de droite que de gauche, qui n'est là que parce qu'il y a lui en face d'eux, ..., donc comprenez bien qu'au moment même où Berlusconi tombe, c'est l'ensemble du système qui s'écroule, exactement comme en 1992...



Quando cade Berlusconi, questa classe dirigente va a casa, quella di destra e anche quella di sinistra che sta lì soltanto perché dall’altra parte c’è lui, ..., quindi capite che nel momento in cui crollasse lui, crolla tutto come nel 1992...
Tomber ? Berlusconi n'y pense même pas, au contraire il relance sur le présidentialisme, qui serait le dernier maillon manquant à l'achèvement du projet de la P2, déjà presque entièrement réalisé...



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