dimanche 15 mars 2009

L'iceberg Silvio Berlusconi


Un parcours chargé, plein de mystères, d'inconnues et de questionnements. En somme, toujours en chantier, comme il se doit pour un bâtisseur de sa trempe. Je vais donc tenter de débrouiller un bout d'écheveau, uniquement à partir d'informations disponibles, dont une bonne part sont déjà écrites dans des actes judiciaires. Toutes du domaine public, certes, mais leur accumulation fait froid dans le dos.



Pour prendre une métaphore, le personnage et son histoire sont comme un gigantesque iceberg, avec une partie visible, faite de mensonges, de corruptions, d'intérêts inavouables, et une partie moins visible, qui s'enfonce dans de sombres profondeurs, faite d'encore plus d'omissions, de dissimulations, de silences assourdissants :



Installez-vous, ça risque d'être long...



LA PARTIE ÉMERGÉE DE L'ICEBERG




Le 2 juillet 2003, Gianni Vattimo, député PSE au Parlement européen de 1999 à 2004, avait fait distribuer à tous les parlementaires un opuscule en 5 langues (italien, français, anglais, espagnol et allemand), sobrement intitulé "Berlusconi", rédigé à sa demande par Marco Travaglio & Peter Gomez, deux journalistes de pointe qui suivent Monsieur B. depuis des années.





Le 2 juillet 2003 était aussi le jour où Silvio Berlusconi, président du Conseil des Ministres italien, présentait son programme sur la présidence italienne de l'Union européenne pour le semestre.



Or six ans plus tard, en juillet 2009, ce même Silvio Berlusconi s'apprête à recevoir les dirigeants du G20 au troisième jour des entretiens du G8, lors du sommet qui sera organisé à La Maddalena, en Sardaigne.



Avec au programme la mise en place d'un « cadre juridique » et de « nouvelles règles » pour remettre de l'éthique dans le système financier mondial !!! Outre des batteries de mesures pour sanctionner les paradis fiscaux.



Un projet ambitieux même pour ce parangon de la légalité et de la moralité, dont il serait peut-être temps de mettre à jour les - très - nombreuses péripéties judiciaires, en réactualisant le contenu de la brochure susmentionnée à la lumière des dernières évolutions. Commençons par là :
Dans une interview récemment accordée à El Mundo, Silvio Berlusconi précise que la Juge Nicoletta Gandus, qui a condamné Mills pour s’être fait corrompre par Monsieur B., est une militante de gauche et qu’on peut donc avoir des doutes sur son impartialité, en précisant : « Je suis absolument certain d'être innocenté lorsque le procès reprendra » ! S'il reprend...



Et d'ajouter : « Malheureusement, une partie de la magistrature italienne est politisée et a usé - et use - de son pouvoir comme arme de lutte politique contre ses adversaires, et en particulier contre le seul homme politique du centre-droit capable de l'emporter sur la gauche. Ces juges politisés ont tenté de renverser le résultat du vote démocratique et y sont mêmes parvenus, en 1994, avec une accusation dont j'ai été pleinement innocenté après dix ans de procès. » (en référence à la « fameuse » affaire de corruption de la Guardia di Finanza).



S'ensuit un record du monde qu'il est fier de souligner (entre 1994 et 2006, 789 juges ont enquêté et se sont prononcés sur Silvio Berlusconi, ce qui a donné lieu à 587 visites de police, judiciaire ou financière, et 2500 audiences), avant de conclure : « j'ai toujours été déclaré innocent, car heureusement, nous avons encore en Italie une majorité de juges impartiaux ».



Ce qui est bien évidemment totalement faux. Mais le fait marquant qui ressort de ce tissu de mensonges, ce sont les résultats d'ores et déjà obtenus après toutes ces années de campagnes contre les magistrats qui ont osé s'en prendre aux puissants pour tenter d'appliquer une loi égale pour tous, riches et pauvres inclus : tous ont été laminés ! Di Pietro a été forcé de quitter la magistrature à cause de chantages notoires exercés sur les dossiers des procès de Brescia, Clementina Forleo a été expulsée de Milan après s'être occupée d'Unipol, Luigi De Magistris a été chassé de Catanzaro pour avoir mis son nez dans des scandales politiques, judiciaires et criminels de la Région Calabre, les juges de Salerne de même pour avoir tenté de reprendre le dossier, etc. En bref, c'est la traduction du slogan emprunté à Mao et aux Brigades rouges : en frapper un pour en éduquer cent, en frapper deux, trois, cinq, sept, dix ou quinze pour en éduquer dix mille.



Donc heureusement qu'ils ne sont pas encore parvenus à éduquer les dix mille, car je peux vous assurer, par expérience personnelle (puisque j'ai très souvent été accusé dans des procès pour diffamation), qu'il reste encore beaucoup de juges scrupuleux et garantistes, qui étudient leur dossier ligne par ligne et vont au fond des choses pour éviter de commettre des erreurs. Y compris dans des tribunaux où l'on s'y attend le moins, comme Rome, une espèce de quai des brumes où nombre de dossiers s'enlisent dans le brouillard le plus dense...



Car indépendamment du lieu géographique et de l'altitude, la chose est aujourd'hui transversale et nous avons des quais des brumes dans tous les tribunaux, tous les ministères publics, où les magistrats qui veulent faire carrière ou plus simplement ne pas être trop dérangés jusqu'à leur retraite savent exactement ce qu'ils doivent faire.



Un bel exemple du résultat obtenu après quinze ans de massacres des juges courageux et honnêtes, de ceux qui essaient tout simplement d'agir selon les lois et la Constitution, dont ce qui se passe dans les procès au Cavaliere nous donne un signe clair et symptomatique.



Dans de très rares cas seulement, le Cavaliere a été jugé "innocent", comme il dit : sur 17 ou 18 procès, si je me souviens bien... il s'en est souvent tiré soit pour prescription, soit parce qu'en faisant voter des lois "ad hoc" il a dépénalisé ses délits, réduit de moitié les délais de prescription ou "ajusté" la législation à sa faveur comme dans le cas des faux en écritures comptables.
J'interromps ici l'explication de Marco Travaglio pour préciser certains points juridiques, utiles pour mieux comprendre le contexte.



La prescription ou l'amnistie ne signifient pas qu'on est innocent, mais plutôt qu'on est coupable des faits reprochés ! La première étant un mode d'extinction d'une action en justice avant l'expiration du délai fixé par la loi ou affectant une condamnation pénale pour empêcher que celle-ci ne soit exécutée lorsqu'elle n'a pu l'être durant les délais fixés par la loi ; et la deuxième une mesure décidée par le législateur pour ôter rétroactivement leur caractère délictueux à certains faits commis à une période déterminée (cf. Vocabulaire juridique, Gérard Cornu, PUF 1987).



Un innocent n'a besoin ni de prescription ni d'amnistie. Quant aux absolutions, qui peuvent être de deux formes selon la justice italienne (formula piena : absolution totale, et formula dubitativa : absolution assortie de doutes...), ce sont techniquement des "décisions répressives d'un jugement", ou "exemptions de peines", qui ont pour effet d'exempter l'auteur d'un délit des peines principales normalement prévues par la loi. Là encore, à la base, pas d'innocent, mais un coupable.



De même, dans le cas de Berlusconi, les dépénalisations consistent à soustraire par la loi des agissements (d'abord les siens, et par voie de conséquence ceux des autres, malfaiteurs et truands en tout genre) aux sanctions du droit pénal. C'est ainsi qu'il s'est fait voter pas moins de 17 ou 18 lois en 15 ans, en théorie une par procès, mais qui visent surtout à protéger ses intérêts privés en conditionnant par la même occasion la vie quotidienne de près de 60 millions d'italiens, et moi et moi !



Piqûre de rappel des lois "ad personam" : Décret Biondi (1994), Loi Tremonti (1994), loi sur les commissions rogatoires (événement qui a même débouché sur un traité bilatéral entre la Suisse et l'Italie), loi sur les faux en écritures, lois Cirami, Maccanico, Schifani, Ex-Cirielli, Gasparri, décret pour sauver Rete 4 (troisième chaîne privée de Berlusconi, jugée abusive par les lois italiennes - avant que Berlusconi ne les retouche... - et la Communauté européenne), loi Frattini sur le conflit d'intérêts, lois de régularisations fiscales et environnementales, loi Pecorella pour abolir le procès d'appel à l'initiative du Ministère public, loi pour bloquer les procès aux 4 plus hautes charges de l'état, loi Alfano (définie "amnistie occulte" par le Conseil Supérieur de la Magistrature) et, à venir, loi sur les écoutes téléphoniques.



Ceci étant posé, revenons-en aux soit-disant "acquittements" de Berlusconi en reprenant l'opuscule cité en début de billet.
1. Faux témoignage sur la Loge P2



La Cour d'appel de Venise déclarait en 1990 Berlusconi coupable de fausses déclarations sous serment devant le tribunal de Vérone à propos de sa participation à la "loge P2". Mais ce délit est couvert par l'amnistie de 1989. Interrogé sous serment Berlusconi avait affirmé: "Je ne me rappelle pas la date exacte de mon inscription à la loge P2, je me rappelle cependant qu'elle est de peu antérieur au scandale (...). Je n'ai jamais payé les frais d'inscription, et ceux-ci ne m'ont jamais été réclamés"...





2. Corruption pour pots-de-vin à la Guardia di Finanza



Première instance : condamnation à deux ans et neuf mois pour les quatre actes de corruption jugés (aucune circonstance atténuante).



Appel : prescription pour trois des actes de corruption (grâce à la reconnaissance de "circonstances atténuantes génériques"), absolution assortie de doutes (art. 530 2e alinéa du code italien de procédure pénale) pour le quatrième. Parmi les motifs on peut lire "le jugement de culpabilité de l'accusé pèse sur de multiples éléments d'indice, certains, univoques, précis et concordants, et pour ces raisons dotés d'une force de persuasion permettant de leur donner valeur de preuve".



Cassation: absolution. L'exposé des motifs comporte deux références à la traditionnelle insuffisance de preuves. La Cour de Cassation ne peut se prononcer sur le fond du dossier ni annuler la précédente absolution assortie de doutes. Elle se doit d'émettre un verdict clair (confirmer ou annuler le jugement précédent). Mais, dans leur exposé des motifs, les juges de la VIème section pénale citent explicitement l'article 530 2e alinéa CPP ("preuves contradictoires et insuffisantes")...
Marco Travaglio revient en détail sur ce procès :
En réalité, la Cour de Cassation a confirmé dans un jugement définitif que Fininvest avait pour habitude de corrompre la Guardia di Finanza (In realtà è accertato in via definitiva dalla Cassazione che la Fininvest era solita corrompere la Guardia di Finanza). En effet, le manager qui versait les dessous-de-table aux fonctionnaires de la Guardia di Finanza a définitivement été condamné (Salvatore Sciascia, dont Berlusconi a par la suite fait un parlementaire pour le récompenser) ; quant au consultant Fininvest, l'avocat Berruti, qui a tenté de dépister l'enquête de la Guardia di Finanza, il a été reconnu coupable de favoritisme (condamné à 8 mois en Cassation) et, par conséquent, Berlusconi l'a également promu au Parlement...



Quant à l'absolution, elle n'est pas totale mais assortie de doutes pour preuves insuffisantes ou contradictoires, aux termes de l'article 530, alinéa 2, du Code de procédure pénale.



Or vous savez qu'il fallait que quelqu'un autorise Sciascia à payer les pots-de-vin, puisque lui n'était que le chef des services fiscaux de Fininvest, et jamais il n'aurait pris seul une décision aussi compromettante que de corrompre la Guardia di Finanza à chaque fois qu'ils envoyaient des inspections.



Mais surtout il fallait que quelqu'un lui donne l'argent de la corruption, sauf à considérer que Sciascia aurait amputé son salaire de son propre chef, à coup de 100 ou 120 millions de lires (env. 35-40 millions FF) par contrôle fiscal...



Fininvest : programmée pour corrompre



Et, de fait, le débat est lancé pour savoir qui avait donné l'autorisation et l'argent à Sciascia : au début, Paolo Berlusconi a été arrêté et a avoué qu'il avait fait ça tout seul, vu que son frère était président du Conseil. Après quoi on a découvert que ledit président du Conseil avait rencontré Berruti une minute avant qu'il ne dépiste d'enquête, d'où les soupçons et le procès à l'encontre de Silvio Berlusconi. Qui a été jugé en première et en deuxième instances comme le principal responsable du versement de ces pots-de-vin.



En première instance, il a donc été condamné avant d'être sauvé en appel par la prescription, suite à quoi la Cassation a fait sauter la prescription, au motif que les preuves étaient insuffisantes et en revenant à la thèse originale : le coupable était le frère, Paolo Berlusconi, thèse qui avait pourtant été abandonnée en appel...



Ceci dit, vu qu'il avait déjà été absous, il ne pouvait plus être jugé une deuxième fois pour la même affaire ! Le résultat est donc qu'il n'y a aucun commanditaire de la corruption, même si le jugement confirme : « il est certain que Sciascia opérait pour le compte du groupe, qui en tirait un profit illégal, et non pas à titre personnel », et que « Fininvest était programmée pour gérer de façon planifiée le type de situation jugée dans le cadre de cette affaire », à savoir que la Fininvest était prête à soudoyer la Guardia di Finanza chaque fois qu'un fonctionnaire venait faire un contrôle fiscal, « y compris en constituant une caisse noire alimentée en fonds hors-bilan et en désignant une personne ad hoc, Sciascia, chargée d'entretenir les bons contacts ».



Ainsi, la Fininvest disposait d'une caisse noire pour graisser les fonctionnaires de la Guardia di Finanza, elle disposait d'un salarié chargé de les corrompre - qui est aujourd'hui au Parlement -, voilà donc ce qu'écrit la Cassation, ce qui qualifie bien sûr une telle conduite « répétée, systématique et planifiée de corruption à proprement parler ».



Quant à la tentative de polluer les preuves avec les dépistages de Berruti, les juges écrivent : « compte tenu de ce qui a été observé sur l'insuffisance de preuves contre Berlusconi », le tribunal se prononce sur l'absolution assortie de doutes...
Bien, revenons-en à la liste des affaires...
3. All Iberian 1 (financement illégal de partis politiques)



Première instance : condamnation à 2 ans et 4 mois pour des versements de/vers l'étranger d'un montant de 21 milliards de lires, effectués par le biais du compte All Iberian au bénéfice de Bettino Craxi.



Appel : prescription, tout en indiquant que "l'innocence d'aucun des accusés ne résulte avec évidence des faits".



Cassation: prescription confirmée, avec condamnation au paiement des frais de procédure. Dans le jugement définitif, on peut lire "Les opérations sociétaires et financières préalables à des versements de l'étranger et vers l'étranger, du compte bancaire dont All Iberian est titulaire vers le compte de transit Northern Holding (Craxi), furent réalisées depuis l'Italie par les dirigeants du groupe Fininvest Spa, avec le concours important de Silvio Berlusconi, propriétaire et président de la société (...) Il n'apparaît pas dans les actes du procès que celui-ci est étranger à l'affaire".



4. All Iberian 2 (faux en écritures, falsification des bilans)



Prescription grâce à la législation ad hoc que lui-même a fait voter (cf. commentaires).



5. Medusa (faux en écritures, falsification des bilans)



Première instance : condamnation à un an et 4 mois (10 milliards au noir qui, par le biais d'acquisitions, se retrouvent sur un ensemble de livrets au porteur intitulés à Silvio Berlusconi).



Appel : absolution assortie de doutes. Selon les juges, Silvio Berlusconi est tellement riche qu'il pourrait ne pas s'être rendu compte qu'au cours de l'opération, son collaborateur Carlo Bernasconi (condamné) lui a versé 10 milliards de lires au noir (env. 350 millions FF, quand même). Les juges écrivent: "La multitude des livrets se rapportant à la famille Berlusconi et la dimension notoirement importante du patrimoine de Silvio Berlusconi permettent de penser qu'il n'a pas eu la possibilité de connaître tant l'augmentation de son capital que l'origine de celle-ci".



Cassation : jugement d'appel confirmé.



6. Terrains de Macherio (appropriation indue, fraude fiscale, falsification de bilans)



Première instance : acquittement pour les délits d'appropriation indue et de fraude fiscale (en raison du versement au noir d'une somme de 4,4 milliards de lires à l'ancien propriétaire de terrains entourant la Villa di Macherio, où vivent la deuxième femme de Berlusconi, Veronica, et ses trois enfants), prescription pour les faux bilans de deux sociétés auxquels "Silvio Berlusconi a indubitablement participé".



Appel : confirmation de l'acquittement pour les deux premières accusations, et pour l'un des deux faux bilans. La falsification du deuxième est reconnue, mais amnistiée.



Cassation : ? (aucune idée, et je n'ai rien trouvé malgré mes recherches).



7. Affaire Lentini (falsification des bilans)



Première instance : prescription du délit (une somme de 10 milliards versée au noir au club de football Torino Calcio lors de l'achat du joueur du Milan, Luigi Lentini), grâce à une nouvelle loi sur les faux en écritures que Berlusconi a fait voter.



Appel : dans ce cas, le Parquet a même renoncé à faire appel !



8. Comptes consolidés du groupe Fininvest (falsification des bilans)



Prescription : grâce à la nouvelle loi Castelli sur les faux en écritures, coup d'éponge sur env. 775 millions d'euros (env. 1 500 milliards de lires d'argent au noir sur une période présumée allant de 1989 à 1996, qu'aurait placé le groupe Berlusconi sur 64 sociétés off-shore de la galaxie All Iberian, "deuxième compartiment de la société Fininvest"). Archivage d'un dossier qui a rempli 220 classeurs...



Quant à l'exception d'inconstitutionnalité et d'incompatibilité avec les directives communautaires soulevée par le Parquet, d'abord l'Europe a déclaré la loi inapplicable (2003), avant de faire marche arrière (2005)...



9. Affaire Mondadori (corruption de magistrat dans le cadre d'une procédure judiciaire)



Grâce à la reconnaissance de "circonstances atténuantes génériques", prescription du délit (pour lequel, entre autres, Cesare Previti a été condamné en première instance, en appel et en cassation...) déclarée par la Cour d'Appel de Milan et par la Cour de Cassation. Dans l'exposé des motifs de la Cour de Cassation, on peut lire : « les faits pertinents [pour la reconnaissance de "circonstances atténuantes génériques"] qui concernent les conditions de vie sociale et individuelle du sujet [Berlusconi est alors devenu Président du Conseil], considérés par la Cour d'appel comme un élément décisif, n'apparaissent nullement incongrus… ».
Marco Travaglio apporte les précisions suivantes, sur une affaire où il y a renvoi en jugement de TOUS les prévenus (les avocats de Berlusconi, Cesare Previti, Attilio Pacifico et Giovanni Acampora, qui ont matérialement versé un pot-de-vin de 420 millions de lires - env. 140 millions FF - au juge Vittorio Metta pour enlever la Mondadori à Carlo De Benedetti et la livrer à Silvio), SAUF Berlusconi :
... Comment s'y est donc pris la Cour d'appel pour sauver Berlusconi et renvoyer en procès tous les autres, puisque l'affaire est la même et que c'est lui qui a pris le contrôle de Mondadori et non pas ses avocats, Previti, Pacifico et Acampora, qui sont par contre les corrupteurs matériels ayant versé le dessous de table de 420 millions de lires au juge Metta ?



Les juges de la Cour d'appel écrivent : « le système de troc des jugements devant les tribunaux romains est désormais connu de tous », puisqu'à l'époque, à Rome, rien n'était plus facile que d'acheter ou vendre un jugement, raison pour laquelle Berlusconi n'a fait que s'adapter à l'air du temps, en vertu de quoi il mérite, selon les juges, « une évaluation favorable quant à la gravité des faits et à la capacité criminelle » (Sic! “una valutazione favorevole in termini di gravità del fatto e capacità criminosa”). En clair, vu qu'il a corrompu un juge pour "acheter le jugement" dans un endroit où les autres font de même, la chose est moins grave. Ce qui revient en quelque sorte à affirmer que si un dealer vend sa drogue devant chez lui, c'est grave, mais s'il la vend dans un jardin public plein d'autres dealers, c'est moins grave, d'où une circonstance atténuante particulière. Imaginez un peu ce que vont chercher ces juges rouges milanais politisés juste pour sauver Berlusconi.



« Berlusconi - écrivent-ils - choisit un professionnel - l'avocat Previti - pour obtenir un jugement favorable, qui n'hésite pas à dépenser des sommes considérables, à payer des honoraires princiers », après quoi il ne se soucie plus de la façon dont ses avocats ont remporté l'affaire Mondadori, à la limite ils pourraient même corrompre des juges en dépensant SON argent mais sans le lui dire.



En effet, il « pouvait ne pas être informé des véritables systèmes et de l'activité professionnelle » utilisés par ses avocats, Previti & Co., pour gagner le procès. « La gravité du délit doit être atténuée à cause de la corruptibilité pré-existante et dangereuse du milieu judiciaire compétent », à savoir les tribunaux romains.



Donc le fait que "toute le monde le fasse" devient une circonstance atténuante au lieu d'être une circonstance aggravante, raison pour laquelle le tribunal lui reconnaît les circonstances atténuantes - et, donc, la prescription -, uniquement à lui mais pas aux autres... (je vous fais grâce - et à moi de même - des passages suivants, car ça n'ajoute rien à cette mascarade et j'ai encore beaucoup à écrire. Au final, tous les prévenus ont été condamnés en première instance, en appel et devant la Cassation, sauf Berlusconi, pour les raisons à peine expliquées...).
Reprenons notre bonhomme de chemin :
10. Affaire SME-Ariosto (corruption de magistrat dans le cadre d'une procédure judiciaire)



Circonstances atténuantes et prescription...



À l'origine de cette affaire, Stefania Ariosto, ex-compagne d'un des avocats de Berlusconi, déclarait que Cesare Previti, bras droit de Silvio Berlusconi (le bras gauche étant Marcello Dell'Utri...), avait mis en place dès les années 1980 un mécanisme sophistiqué de corruption des juges pour ajuster les décisions en sa faveur. Elle l'aurait vu, en 1989, remettre une enveloppe au juge Renato Squillante.



Accusée par Berlusconi et sa cour d'être une mythomane, elle va plus loin en déclarant que certains paiements se font par virement bancaire, chose confirmée ensuite par le Parquet de Milan.



Marco Travaglio explique : « Il y a pourtant un cas où il semble mathématiquement impossible d'innocenter les accusés, à savoir le fameux virement bancaire du 6 Mars 1991, d'un montant de 434 404,00 $, qui rebondit en quelques heures d'un compte étranger Fininvest alimenté par Silvio Berlusconi sur un compte étranger de Previti, puis de celui-ci sur le compte suisse de Squillante. En quelques heures, cette même somme passe sur ces trois comptes à la virgule près.



Virement bancaire direct, il n'y a donc aucun doute : Berlusconi paie Previti, et peu après Previti paie Squillante...



Comment faire, donc, pour sauver Berlusconi dans ce procès ? Un procès qui rendait fou Berlusconi, qu'il avait déjà réussi à bloquer par une loi ad hoc, la loi Maccanico-Schifani, déclarée inconstitutionnelle dans un deuxième temps, suite à quoi Berlusconi s'est fait faire une deuxième loi par son avocat, Gaetano Pecorella (qui était alors président de la Commission Justice à la Chambre des Députés...), pour abolir le pourvoi en appel (...), car il était terrorisé à l'idée que les juges d'appel pussent lui refuser les circonstances atténuantes, ce qui aurait transformé de fait la prescription en condamnation.



Il était terrorisé car il est évident qu'il savait fort bien comment se passaient les choses et que, dans cette affaire, il avait laissé son empreinte de façon irréfutable.



Or, miracle, en appel les jugent l'absolvent. Ils lui enlèvent la prescription mais lui donnent l'absolution, quand bien même assortie de doutes...



Et c'est là que les juges ont réussi un triple saut périlleux avec triple vrille illogique : face au passage avéré sans l'ombre d'un doute du virement de 434 404 $ d'un compte à l'autre, avec la corruption comme finalité, que disent-ils donc ?
« On ne voit pas pourquoi un entrepreneur aussi avisé que Berlusconi, disposant d'immenses disponibilités financières, aurait effectué ou fait effectuer un paiement pour corrompre par le biais d'un virement, destiné à laisser des traces, plutôt que de payer en liquide. »



(...)



Donc, dans ce cas, les juges écrivent : « Pensez-vous s'il aurait fait un virement en laissant des traces », là où, justement, Berlusconi a bien fait un virement en laissant des traces. Et ils insistent, en affirmant que pour corrompre les juges il aurait sûrement fait un paiement en cash.



(...)



Or lorsqu'on examine deux des autres chefs d'accusation de cette affaire, qui concernent le témoignage de Stefania Ariosto disant qu'à deux reprises, une fois dans un club, le Circolo Canottieri Lazio, et l'autre chez Previti lui-même, elle avait vu ce dernier remettre du cash de la main à la main au juge Squillante, ..., alors les juges se dépassent en écrivant le contraire exact de ce qui précède, à savoir que le récit de Stefania Ariosto
"fait naître d'évidentes perplexités sur une thèse opposée à ce que dicte l'expérience, à savoir que des professionnels aussi avisés et qualifiés que Previti et Squillante ne se verseraient pas des pots-de-vins au vu et au su de tous !" »



11. Affaire SME-Ariosto (falsification des bilans)



Le 30 janvier 2008, le Tribunal de Milan a absous Silvio Berlusconi de l'accusation de falsification des bilans pour les activités Fininvest entre 1986 et 1989 car « la loi ne considère plus ces faits comme des délits », suite aux modifications introduites par le Décret législatif du 11 avril 2002, n° 61 (sur la dépénalisation des faux en écritures), promulgué par le IIe gouvernement Berlusconi.



12. Droits télévisés (appropriation indue, falsifications des bilans, fraude fiscale)



Les magistrats du Parquet, Alfredo Robledo et Fabio De Pasquale, ont recueilli plus de 50 000 pages d'actes après avoir envoyé des commissions rogatoires dans 12 pays !



Ce procès, autrement nommé affaire Mediaset, remonte aux années 1994-1996. Il est actuellement suspendu par la "loi Alfano" qui confère l'immunité aux 4 plus hautes charges de l'état, contre laquelle le magistrat De Pasquale a soulevé une exception d'inconstitutionnalité, encore à l'examen de la Cour constitutionnelle.



En attendant, l'un des accusés, David Mills, a été condamné pour corruption et faux témoignage le 17 février dernier. On a donc un corrompu ... sans corrupteur !



13. Telecinco (violation des lois antitrust et fraude fiscale en Espagne)



En Espagne, Berlusconi était accusé, avec Marcello Dell'Utri et d'autres dirigeants du groupe Fininvest, d'avoir pris le contrôle, grâce à une série de prête-noms et d'opérations financières illicites, de la presque totalité de la chaîne Telecinco, en dépassement des limites imposées par l'Autorité de la concurrence espagnole, le plafond étant alors fixé à 25% des actions cotées. Il a obtenu un non-lieu en octobre 2008.



14. Écoutes téléphoniques - affaires Saccà, Randazzo et d'autres sénateurs de la république (trafic d'influence et corruption)



Dernières affaires en date, les choses remontent à 2007, dans le cadre d'une enquête menée par le parquet de Naples.



Dans son rapport annuel 2008 sur la liberté de la presse, RSF explique le secret des sources menacé : « C’est à Naples également, le 13 décembre, que la police a perquisitionné le domicile de Giuseppe d’Avanzo, du quotidien La Repubblica. Celui-ci avait, la veille, annoncé l’ouverture d’une enquête pour corruption concernant Silvio Berlusconi, information confirmée depuis par le parquet de la ville.



Dans son article “Televisione e mercato dei senatori”, le journaliste s’appuyait sur des extraits d’écoutes téléphoniques indiquant que l’ancien président du Conseil (2001-2006) aurait proposé à un sénateur de centre-gauche, Nino Randazzo, de l’aider à renverser le gouvernement de Romano Prodi en échange d’un poste de vice-ministre.
 »



Mais ce n'est pas tout, puisque Berlusconi poussait également Saccà pour qu'il fasse jouer dans une de ses productions Rosa Ferraiolo, actrice et l'épouse de Willer Bordon, de la coalition du centre-gauche. Avec l'espoir que cela aurait pu l'aider à convaincre le sénateur de "changer de camp" et faire tomber le gouvernement de Romano Prodi.



Même si, en fin de compte, Mastella s'en est chargé tout seul...



Donc, au-delà des nombreux problèmes que suscite ces rapports étroits de Berlusconi avec Agostino Saccà, Directeur général de la RAI à l'époque des écoutes, on voit bien que Berlusconi continue ses magouilles au fil des ans, avec la certitude de son impunité totale.



Ce que confirme implicitement le jugement des magistrats de Rome, qui avaient toutes les preuves en main et ont pourtant demandé que le dossier soit archivé et les écoutes détruites ! (Archivage plutôt courant lorsqu'il s'agit des relations infidèles de Berlusconi avec la RAI ou la télévision à péage...).



Au motif qu'il y aurait asymétrie totale entre Saccà et Berlusconi : Berlusconi est si riche et si puissant qu'il n'aurait aucun besoin de garantir quoi que ce soit à Saccà pour obtenir des faveurs de lui !!! (« Berlusconi non ha alcuna necessità di garantire indebite utilità per avere favori da Saccà »). Ce que Marco Travaglio explique ainsi : Berlusconi est patron de l’Italie, et donc de la RAI, et donc de Saccà, et donc il n'a même pas besoin de corrompre...



Et d'appeler ça la "justice créative" (un peu dans le sillage de la "finance créative" dont le monde a aujourd'hui les résultats sous les yeux...), où le conflit d'intérêt, au lieu d'être une circonstance aggravante, devient un alibi. Berlusconi dit pourtant à Sacca : je sais que tu as l'intention de te mettre à ton compte, je te revaudrai ça le moment voulu... (saprò ricompensarla quando lei sarà un libero imprenditore come mi auguro avvenga presto...)



Une justice créative qui conditionne lourdement toutes les phases du procès depuis 15 ans (délits, délais de prescription, peines, preuves, procédures), indifféremment pour tous les justiciables en Italie...
Comme dit l'autre, si ça c'est la "Justice", alors moi je suis ... (à vous de remplir les points de suspension).



Or tout cela n'empêche sûrement pas Berlusconi de dormir, ni de mentir, ni d'attaquer. Comme lorsqu'il annonce qu'il faudrait soumettre régulièrement les magistrats à des tests psychologiques et des examens médicaux, que ce sont des "subversifs" ou encore qu'il les considère comme des « métastases de la démocratie » !



C'était le 25 juin dernier à Rome, où il s'est même indigné d'être accusé "injustement" de se servir de la loi pour sauvegarder sa personne et ses intérêts ! En sortant de son chapeau son pénible "record du monde" éculé, tel qu'il l'a répété la semaine dernière à la journaliste d'El Mundo, et en ressassant toujours les mêmes berlusconneries, à savoir qu'il n'a jamais été condamné. Ce qui est TOTALEMENT FAUX, nous venons de le voir.







Remarquez, en un sens, il a raison de dire que certains juges sont des "métastases". Il se trompe juste délibérément de destinataires et oublie de désigner nommément tous les véreux, les pourris, les cupides, toujours en vente aux plus offrants, des mafieux aux politiques, etc.



Mais ça, c'est LA PARTIE IMMERGÉE DE L'ICEBERG, sur laquelle je reviendrai dans un deuxième billet. Car contrairement à ce que j'ai pu croire, il est vrai que Berlusconi n'a jamais été condamné par les tribunaux italiens pour mafia, bien qu'il ait longtemps fait l'objet d'enquêtes approfondies pour trafic de drogue, mafia, et surtout, aux côtés de son éminence grise, Marcello Dell'Utri, pour concours externe dans les attentats de 1992 qui ont coûté la vie à Giovanni Falcone et Paolo Borsellino.



Attentats mafieux ou crimes d'état, je suis sûr que vous en entendrez encore parler dans les jours et les semaines qui viennent...



Enfin, Berlusconi a encore raison lorsqu'il parle de "métastases", qui ne sont que la propagation d'un cancer. Car c'est lui-même, le véritable cancer qui ronge l'Italie depuis 15 ans, lentement mais sûrement, et qui arrive aujourd'hui à sa phase terminale. Soit l'Italie saura trouver les anticorps pour éliminer ce cancer, maintenant, soit la démocratie italienne finira comme tous les cancéreux en phase terminale : elle mourra.





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P.S.



1. Sur Marcello Dell'Utri, signalons que lui aussi est un modèle d'intégrité publique : après 7 ans de procès, condamnation à neuf ans de prison en 2004 pour complicité d'association mafieuse, assortie d'une interdiction à vie d'exercer une charge publique...



Or cette personne, à l'origine de Forza Italia, premier parti politique de Berlusconi, est, aujourd'hui encore, Sénateur ! Lui qui n'hésite pas à qualifier publiquement de "héros" un mafieux notoire...



Remarquez qu'au Sénat il est en bonne compagnie, notamment aux côtés de Salvatore Cuffaro, condamné en première instance (janvier 2008) à 5 ans, là encore avec interdiction à vie d'exercer une charge publique. Ce qui explique que lui aussi est Sénateur.



Avec la bénédiction du président du Sénat, un autre sujet intéressant : à ce jour, Renato Schifani, comme Berlusconi, n'a jamais été condamné par les tribunaux italiens pour mafia, mais nombre de ses ex-associés n'ont pas eu le même traitement. Il faut dire aussi qu'il est plutôt malchanceux dans ses choix, probablement un défaut génétique de son "Intuitu personae"...



Nous verrons donc si, une fois encore, il choisit le bon cheval en défendant Totò Cuffaro, puisqu'il a largement anticipé la condamnation en déclarant :
Si Totò Cuffaro devait être condamné, il ne serait pas obligé de quitter ses fonctions. (...) Forza Italia est un parti garantiste. Ça n'aurait vraiment aucun sens que Cuffaro soit condamné en première instance et absous en appel...
Certes, quand on voit le parcours de leur maître à tous, on peut comprendre que Schifani soit optimiste : Cuffaro a vraiment tous les espoirs de s'en sortir !



Perso, quand je vois que ces gens-là sont au gouvernement, au parlement, et occupent des positions clés (Cuffaro a été nommé à la commission de surveillance de la RAI, un poste crucial pour contrôler l'information...), je me dis tristement (ce n'est pas l'adverbe juste, mais je suis trop troublé pour en chercher d'autres) que l'Italie est bel et bien devenue une mafiocratie...



2. Dans ce billet, j'ai utilisé indifféremment les termes juges et magistrats, or j'ai découvert sur le blog d'une avocate française installée à Pérouse, Eve Mongin, qu'il y a une différence :
De nombreux juges ne sont pas magistrats mais souvent simplement titulaires d'une laurea di giurisprudenza. Embauchés par le ministère de la Justice pour parer au plus urgent, ils sont devenus une figure familière des tribunaux (giudici onorari) et arrivent à tenir près de 20% des audiences civiles et à juger environ 12% des affaires. Ils sont payés à l'heure (98€) et ont un statut de "précaires".
Autant pour moi... Mais comme Eolas le sait bien, je ne suis pas particulièrement compétent en droit :-)



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samedi 7 mars 2009

Comprendre l'Italie

Pour un non-italien, c'est généralement très difficile de comprendre l'Italie. Notamment parce que, pour comprendre, il faut placer l'Italie, sa culture et son histoire, en perspective.



Une perspective spatio-temporelle où l'espace comprend essentiellement deux pays, l'Italie et l'Amérique, et où il faut remonter le temps au moins jusqu'à la fin de la deuxième guerre mondiale pour inscrire les événements présents dans une ligne de continuité cohérente avec tout ce qui a précédé.



Je ne prétends pas faire œuvre d'historien, je n'en ai ni les compétences ni les capacités, mais juste tenter d'expliquer, d'abord à moi-même en l'écrivant, les événements d'aujourd'hui à la lumière de ceux d'hier.



Sans quoi il est impossible de saisir ce qui se passe en ce moment. Et ce qui risque de se passer si le pays né réagit pas, ou, à défaut, si l'Europe et les forces démocratiques encore vives - où qu'elles se trouvent, y compris outre Atlantique... - laissent faire dans une feinte indifférence et un silence coupables.



L'Histoire enseigne, ou, pour le moins, devrait enseigner, que lorsque la gangrène commence à se propager dans un pays, ensuite son expansion est comme le fameux nuage de Tchernobyl : impossible de l'arrêter aux frontières...



Donc, pour tracer un cadre d'ensemble, même sommaire, les événements cruciaux - historiques et culturels - qui confluent jusqu'à nos jours pour rendre la situation actuelle explosive (au vrai sens du terme), peuvent se résumer à trois sphères décisives :



- Gladio

- Propaganda Due

- la mafia (terme générique englobant toutes les mafias italiennes, des trafiquants en tout genre à la criminalité en "col blanc", etc.)



L'avenir de l'Italie se dessine aujourd'hui en fonction des réponses que le pays saura donner à l'héritage que lui ont légué ces trois situations historiques et culturelles, un héritage extrêmement sombre et négatif, il va sans dire, mais terriblement présent. Plus que jamais présent.



Dans mes prochains billets, je tenterai donc de décrire en termes aisément compréhensibles ce qui précède, pour planter le décor et voir au final comment le système politique actuel, pourri jusqu'à la moelle, s'insère dans ce panorama si triste, qui risque fort de transformer le Bel Paese en pays des horreurs si personne ne s'y oppose.





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vendredi 6 mars 2009

Changement de cap


Dans Adscriptor c'est quoi, je citais deux pôles d'intérêt encore à développer sur mon blog, qui me sont particulièrement chers :
  1. la poésie : pour l'heure, je n'ai pas le temps et encore moins la tête à ça ;
  2. l'Italie : ma deuxième patrie, où je vis désormais depuis près de 27 ans (septembre 1982), la France restant ma patrie de sang, l'Italie ma patrie de cœur, un pays et une culture que j'aime profondément...
Or vu ce qui ce passe actuellement - et va se passer prochainement - ici, je ressens l'exigence profonde, la nécessité impérieuse, et urgentes, de commencer à décortiquer l'Italie comme j'ai pu le faire pour le Web jusqu'à aujourd'hui, en mettant probablement Internet, Google & Co. de côté jusqu'à nouvel ordre...



À l'occasion, je ne dis pas, mais de toute façon le Web francophone est plein d'excellentes ressources qui parlent de tout ça bien mieux que je ne le fais.



En revanche, à ce jour, avec seulement 17 billets tagués "Italie" sur 609, l'argument n'a représenté qu'à peine 2,8% de ma production, et bien que j'aie été tenté d'ouvrir un blog en italien pour en parler, je ne vois pas trop l'intérêt d'aller dire et redire aux italiens des choses que d'autres disent et redisent déjà bien mieux que moi, là encore.



Donc il me semble plus intéressant, plus juste, aussi, de raconter l'Italie à un lectorat francophone, et surtout, plus que de raconter, de témoigner. Témoigner de ce qui se passe au quotidien dans ce pays, tout au moins tel que je le perçois, car nous vivons une époque cruciale, veille de grands bouleversements. Où tout peut basculer, vite ; dans un sens, ou dans l'autre.



Or puisque je ne me sens pas trop l'âme d'un spectateur, je préfère tenter d'être acteur de ce changement, à mon niveau. C'est-à-dire en faisant ce que je sais faire : écrire.



Je n'ai encore aucune idée du rythme de publication, les sujets sont longs et complexes, ce qui est d'autant plus délicat lorsqu'on veut tenter d'expliquer les choses clairement, avec des mots simples. Et avec des mots vrais, surtout, qui savent faire le tri entre, d'une part, une propagande officielle visant à l'obscurantisme et l'abêtissement du peuple, et, de l'autre, la réalité des choses.



Masquée le plus souvent, dissimulée par les pouvoirs en place - politiques, médiatiques, économiques, occultes, mafieux, etc. -, qui ont dressé depuis des décennies un gigantesque barrage pour contenir toute la merde qui nous submerge aujourd'hui.



Beaucoup ont déjà tenté - et tentent encore - de faire brèche dans ce barrage, apparemment sans grands résultats au niveau national, puisque nous sommes dans une phase où les pouvoirs ci-dessus sont plus puissants que jamais, tellement puissants qu'ils ne se cachent même plus et ont décidé de concert d'enterrer le peu qui reste de démocratie au profit exclusif de leurs magouilles, de leurs affaires louches, où le citoyen lambda ne compte absolument plus rien.



Et où ses libertés fondamentales se réduisent comme peau de chagrin jour après jour. C'est cette érosion quotidienne et constante de la liberté et des "droits démocratiques" en Italie que j'entends désormais raconter sur ce blog. Tant que je peux le faire...





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P.S. Je demanderai mon exclusion du classement Wikio car dorénavant le high-tech ne sera plus vraiment ma priorité.



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dimanche 1 mars 2009

La mafia en Italie

On ne peut pas parler de l'Italie sans parler de la mafia. Mais aujourd'hui, plus que jamais, la mafia est aux commandes en Italie, aux affaires, dirons-nous, où le visage de la mafia, de la collusion, de la P2, apparaît fièrement, au grand jour (plus question de se cacher, et pourtant...), sous les traits de Silvio Berlusconi, ex-apprenti maçon devenu bâtisseur comme actuel président du Conseil des ministres, ou de Renato Schifani, actuel président du Sénat, déjà cités devant les tribunaux italiens pour corruption (Berlusconi) ou suspectés d'être proches de la mafia, ou encore des dizaines et des dizaines de politiques actuellement au parlement, tous partis confondus. Transversalité oblige !

Sans compter les imprésentables, tout aussi nombreux, absents du parlement mais bien là dans les rouages des appareils politiques nationaux, régionaux, locaux, administratifs, etc.

Le tout dans une machinerie bien huilée, un fascisme rampant, un pizzo permanent, une désinformation parfaitement efficiente, organisée, ce que Marco Travaglio appelle la machine du complot perpétuel (en citant notamment le cas emblématique de Clemente Mastella, ex-Ministre de la Justice, accusé de 7 graves chefs d'inculpation dans le cadre d'une seule affaire !!!) (ce même Mastella qui a utilisé comme prétexte cette même affaire pour faire tomber le précédent gouvernement Prodi, un geste fort apprécié qui lui a valu l'éternelle reconnaissance de ... Silvio, puisqu'il est aujourd'hui sur les listes européennes du parti de ... Berlusconi !!!) (donc avec un peu de chance on le verra à Strasbourg, comme quoi l'Italie n'exporte pas que la pizza...).

Avec à ce funeste tableau les exceptions qu'il se doit, et notamment le parti d'Antonio Di Pietro, Italia dei Valori. Que ses adversaires tentent sans vergogne de décrédibiliser par tous les moyens, en l'accusant de "protagonisme", de populisme, d'être réactionnaire, de vouloir la potence à tout prix (forcaiolo) etc., en un mot d'être "justitialiste". "Justitialisme", c'est le grand mot, le gros mot. Une fois qu'ils l'ont dit, ils ont tout dit. Les justitialistes d'un côté, Berlusconi persécuté de l'autre, mis en croix :
Je suis le Jésus-Christ de la politique, une victime patiente, qui se sacrifie pour les autres (Io il Gesù della politica, una vittima paziente, mi sacrifico per tutti)...
En attendant, ça ne l'empêche pas de détruire le peu qui reste de démocratie dans ce pays, de façon méthodique, acharnée, constante, systématique, avec une effronterie qui n'a d'égale que son cynisme, aussi incommensurable que son orgueil. Sous les yeux de tous. Italiens. Européens. Américains. Ce n'est pas une surprise, la chose est annoncée depuis longtemps et a largement dépassé les frontières de la péninsule.

Le tournant historique de l'Italie a eu lieu fin des années 80, début des années 90. Notamment avec l'opération Mains Propres. L'alternative qui s'offrait alors au pays, c'était de bâtir une seconde République sur de nouvelles bases, ce qui fut fait ensuite avec l'entrée en jeu de Berlusconi.



Malheureusement, entre les deux options, c'était la mauvaise. Et même pire. Après l'assassinat du juge Falcone, celui de Paolo Borsellino marque la fin des espoirs démocratiques pour ce pays et le début d'une alliance entre l'état italien et la mafia, chose que n'aurait jamais accepté Borsellino. D'où la nécessité impérieuse de l'éliminer.

Vous croyez que c'est moi qui m'invente ces histoires ? Voici un extrait du jugement de la Cour d'Assises de Caltanissetta au procès "Borsellino ter" :
C'est justement pour faciliter la mise en place de nouveaux contacts au niveau politique qu'il fallait éliminer tous ceux qui, comme Borsellino, auraient découragé toute tentative d'approche avec Cosa Nostra et de régression dans la lutte contre la mafia, ceux qui se seraient levés pour dénoncer, même publiquement, du haut de leur prestige professionnel et de la noblesse de leur engagement civil, tout recul de l'état ou de ses composantes politiques.

Proprio per agevolare la creazione di nuovi contatti politici occorreva eliminare chi, come Borsellino, avrebbe scoraggiato qualsiasi tentativo di approccio con Cosa Nostra e di arretramento dell'attività di contrasto alla mafia levandosi a denunciare, anche pubblicamente, dall'alto del suo prestigio professionale e della nobiltà del suo impegno civile ogni cedimento dello stato o di sue componenti politiche.
Roberto Scarpinato, juge antimafia qui a travaillé avec Falcone et Borsellino, entre autres, l'explique clairement, aussi bien dans un livre qu'il vient de publier que dans cette intervention (il y a une semaine...) :



Où il déclare explicitement qu'il ne peut plus assister aux commémorations organisées le 23 mai et le 19 juillet de chaque année en grandes pompes par l'état, car il ne supporte plus de se trouver aux côtés des commanditaires mêmes de l'assassinat de Borsellino, un crime d'état. Toute la teneur de l'intervention est terrible, en voici un extrait, ses propres mots, textuels (à 3'50'') :
Vi confesso che da qualche tempo ho difficoltà, a partecipare il 23 maggio e il 19 luglio alle ceremonie per l'anniversario delle stragi di Capaci e di Via d'Amelio, perché quando vedo in prima fila, a rappresentare lo stato, personnaggi sotto processo o condannati per mafia o per corruzione, io, credo, non mi sento di poter stare in quella stessa chiesa, non mi sento di poter stare in quello stesso palazzo, e mi chiedo: "ma quando potranno i nostri ragazzi credere in uno stato che ha queste facce"...
Traduction :
Je vous avoue que depuis un certain temps déjà, il m'est difficile de participer le 23 mai et le 19 juillet aux cérémonies pour l'anniversaire des massacres de Capaci et de Via d'Amelio, car lorsque je vois au premier rang, en tant que représentants de l'état, des personnages ayant des procès pendants ou condamnés pour mafia ou pour corruption, je crois, je ne me sens pas la force d'être à côté d'eux dans la même église, dans les mêmes palais de la république, et je me demande : "mais comment et quand nos fils et nos filles pourront-ils jamais croire à un état ayant ces visages-là"...
Et il insiste sur "un état ayant ces visages-là" en les pointant virtuellement du doigt...

Suivez mon regard ou revenez aux premiers paragraphes de ce billet.
[La chose avait déjà été dénoncée en ... 1983 par Giuseppe Fava, considéré le premier journaliste-intellectuel sicilien assassiné par Cosa nostra une semaine après avoir prononcé ces mots : « Les vrais mafieux, ils sont au Parlement, tantôt ministres, tantôt banquiers, ce sont ceux qui occupent en ce moment-même les sommets de l'état-nation » (I mafiosi stanno in Parlamento, sono a volte ministri, sono banchieri, sono quelli che in questo momento sono ai vertici della nazione).]
Donc, comme vous le voyez, en 25 ans, non seulement la société italienne en est toujours au même point, mais en plus elle régresse fortement dans la voie de la légalité.

Car Roberto Scarpinato, ce n'est pas le premier plouc venu qui parle, mais un juge reconnu qui combat la mafia depuis plus de 20 ans. Des massacres définitivement archivés par les pouvoirs en place en dépit de nombreuses preuves et pistes délibérément passées aux oubliettes, ce qui a fait hurler le frère de Paolo Borsellino à la mort de la justice en Italie. Condamnés au silence ! Son analyse de la situation, il y a un mois, ne laisse d'ailleurs place à aucun doute...



À l'époque, les siciliens non plus n'avaient aucun doute, voyez la foule en colère aux funérailles des agents de l'escorte de Borsellino, qui s'en prend aux politiques en hurlant "Fuori la mafia dallo stato, fuori la mafia dallo stato" (chassons la mafia de l'état) :



En 2009, ils sont toujours là, et bien là, arrogants plus que jamais et sûrs de leur impunité...

Mais des massacres sur lesquels Gioacchino Genchi nous annonce du nouveau, et vous pouvez croire que ça risque de faire du bruit en dépit de l'omertà ambiante généralisée. Antonio Di Pietro a d'ores et déjà annoncé une interrogation parlementaire sur les révélations de Genchi. Du reste, ça se précise (téléchargez la doc annexe, ça vaut son pesant d'or)...



L'heure des règlements de compte arrive, et le choc qui s'annonce sera chaud, brûlant, même. Si tout ce qui se passe ici se passait en France, le pays serait déjà à feu et à sang.

Donc je le dis clairement à tous les français et francophones qui lisent ce blog : dans les jours, les semaines et les mois qui viennent, vous risquez d'entendre parler de l'Italie de plus en plus souvent. Comptez sur moi pour vous tenir au courant.



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P.S. Juste une question subsidiaire, mais qui a son importance, probablement décisive : que fera l'Europe ?...

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vendredi 20 février 2009

Berlusconi + Internet = Censure !


En commentant mon billet sur la fin de la démocratie en Italie, Joseph me signale un lien à propos des risques de censure sur Internet.



En fait, c'était le sujet du billet suivant mais j'ai été rattrapé par l'actualité du Web entre-temps.



Donc, première nouvelle, ce n'est plus un risque, nous y sommes déjà ! Et ce n'est pas "une" mesure, mais un ensemble organique de mesures, comme Marco Travaglio l'explique très bien :
le projet est global, organique, et (...) les différentes mesures sont disséminées...
Si ce n'est qu'il ne parlait pas d'Internet dans son Passaparola de lundi dernier.



Alors parlons-en ! Mais pourquoi donc Berlusconi voudrait-il contrôler Internet, me direz-vous ? C'est simple, c'est le dernier espace de LIBERTÉ qu'il ne contrôle pas, encore, et le seul. Le seul rayon de lumière qui lui fait encore de l'ombre.



Puisqu'il contrôle déjà toute une partie de la presse, des régies publicitaires (l'argent : le nerf de la guerre...), et pratiquement 100% de la télévision grand public. D'ailleurs il met en ce moment même la dernière touche à son emprise sur la RAI, à l'occasion d'un énième coup de force (il nous en fait un par jour, quand il est dans ses bons jours, davantage quand il est énervé, ce qui lui arrive de plus en plus souvent), où il a réussi à magouiller avec la "gauche" pour noyauter et contrôler le Comité de surveillance et le Conseil d'administration de la RAI (c'est-à-dire les trois chaînes de la télévision publique) !!! En plus des trois plus grosses chaînes privées qu'il détient en violation totale du droit communautaire...



Or comme l'observait fort justement Karl Popper (dont la théorie de la démocratie entre brutalement en conflit avec le régime à l'œuvre en Italie), qui contrôle la télévision contrôle la démocratie :
La démocratie consiste à soumettre le pouvoir politique à un contrôle. C’est là sa caractéristique essentielle. Il ne devrait exister dans une démocratie aucun pouvoir politique incontrôlé. Or la télévision est devenue aujourd’hui un pouvoir colossal ; on peut même dire qu’elle est potentiellement le plus important de tous, comme sil elle avait remplacé la voix de Dieu. Et il en sera ainsi tant que nous continuerons à supporter ses abus. La télévision a acquis un pouvoir trop étendu au sein de la démocratie. Nulle démocratie ne peut survivre si l’on ne met pas fin à cette toute puissance [...]



Il ne peut y avoir de démocratie si l’on ne soumet pas la télévision à un contrôle, ou pour parler plus précisément, la démocratie ne peut subsister durablement tant que le pouvoir de la télévision ne sera pas complètement mis à jour.
Mais bon, cette orgie de pouvoir ne suffisant plus à Berlusconi, autant s'attaquer au dernier bastion de la liberté pour le museler : Internet !



Cela fait plusieurs mois que le vieil homme (anziano signore, ce sont ses propres mots) en parle, et après les discours, l'heure est venue de passer aux actes. Quelques lignes suffiront :



Amendement D'Alia :
«Art. 50-bis.



(Repressione di attività di apologia o istigazione a delinquere compiuta a mezzo internet)



1. Quando si procede per delitti di istigazione a delinquere o a disobbedire alle leggi, ovvero per delitti di apologia di reato, previsti dal codice penale o da altre disposizioni penali, e sussistono concreti elementi che consentano di ritenere che alcuno compia detta attività di apologia o di istigazione in via telematica sulla rete internet, il Ministro dell'interno, in seguito a comunicazione dell'autorità giudiziaria, può disporre con proprio decreto l'interruzione della attività indicata, ordinando ai fornitori di connettività alla rete internet di utilizzare gli appositi strumenti di filtraggio necessari a tal fine.



2. Il Ministro dell'interno si avvale, per gli accertamenti finalizzati all'adozione del decreto di cui al comma 1, della polizia postale e delle comunicazioni. Avverso il provvedimento di interruzione è ammesso ricorso all'autorità giudiziaria. Il provvedimento di cui al comma 1 è revocato in ogni momento quando vengano meno i presupposti indicati nel medesimo comma.



3. I fornitori dei servizi di connettività alla rete internet, per l'effetto del decreto di cui al comma 1, devono provvedere ad eseguire l'attività di filtraggio imposta entro il termine di 24 ore. La violazione di tale obbligo comporta una sanzione amministrativa pecuniaria da euro 50.000 a euro 250.000, alla cui irrogazione provvede il Ministro dell'interno con proprio provvedimento.



4. Entro 60 giorni dalla pubblicazione della presente legge il Ministro dell'interno, con proprio decreto, di concerto con il Ministro dello sviluppo economico e con quello della pubblica amministrazione e innovazione, individua e definisce i requisiti tecnici degli strumenti di filtraggio di cui al comma 1, con le relative soluzioni tecnologiche.



5. Al quarto comma dell'articolo 266 del codice penale, il numero 1) è così sostituito: "col mezzo della stampa, in via telematica sulla rete internet, o con altro mezzo di propaganda".».
Projet de loi Carlucci pour protéger la légalité sur le réseau Internet :
Articolo 2



E' fatto divieto di effettuare o agevolare l'immissione nella rete di contenuti in qualsiasi forma (testuale, sonora, audiovisiva e informatica, ivi comprese le banche dati) in maniera anonima.



I soggetti che, anche in concorso con altri operatori non presenti sul territorio italiano, ovvero non identificati o indentificabilì, rendano possibili i comportamenti di cui al comma 1. sono da ritenersi responsabili - in solido con coloro che hanno effettuato le pubblicazioni anonime - di ogni e qualsiasi reato, danno o violazione amministrativa cagionati ai danni di terzi o dello Stato,



Per quanto riguarda i reati dì diffamazione si applicano, senza alcuna eccezione, tutte le norme relative alla Stampa.



Qualora insormontabili problemi tecnici rendano impossibile l'applicazione di determinate misure, in particolare relativamente al diritto di replica, il Comitato per la tutela della legalità nella rete Internet (di cui al successivo articolo 3 della presente legge) potrà essere incaricato dalla Magistratura competente di valutare caso per caso quali misure possano essere attuate per dare comunque attuazione a quanto previsto dalle norme vigenti.



In relazione alle violazioni concernenti norme a tutela del Diritto d'Autore, dei Diritti Connessi e dei Sistemi ad Accesso Condizionato si applicano, senza alcuna eccezione le norme previste dalla Legge 633/41 e successive modificazioni.
Bon, pardonnez-moi mais je suis un peu fatigué de traduire, aussi je vous résume en quelques mots :
  1. Le premier texte permet de filtrer n'importe quel contenu pour peu qu'il ne plaise pas et d'obscurcir l'intégralité des sites, de Facebook à Youtube, de Blogger aux blogueurs, etc. Ce qui a fait dire à Di Pietro qu'avec cette loi, quand bien même le sénateur D'Alia s'en défend, l'Italie s'aligne sur la Chine et la Birmanie...
  2. En revanche, le deuxième texte dit très clairement, entre autres, que toute forme d'anonymat devient explicitement interdite sur le Web, et qu'en matière de diffamation (mais le périmètre est plutôt extensible...), "toute la législation applicable à la presse s'applique aussi à Internet, sans aucune exception".
C'est clair et net. Donc, juste pour citer l'exemple des journalistes :
... c'est-à-dire le journaliste qui fait œuvre d'information, en citant habituellement le nom du juge, en rapportant que "le juge untel" est chargé de "l'affaire untel", en racontant si le juge fait bien - ou mal - son travail, de sorte que le citoyen sache qu'il y a une enquête, et qu'elle est suivie, bien ou mal, par tel juge. C'est ça, l'information.



Donc à présent le magistrat ne pourra plus être désigné nommément, et si un journaliste publie son nom il sera passible d'une peine allant jusqu'à trois mois d'emprisonnement ou d'une amende jusqu'à 10 000 euros ! Juste pour avoir publié un nom, le nom d'un vrai juge, chargé d'une véritable enquête. Jusqu'à trois mois d'emprisonnement, et 10 000 euros d'amende !
Par conséquent en faisant 1 + 1 = 2, les normes applicables aux journalistes s'appliqueront à l'identique - sans exception aucune - aussi aux blogueurs, et plus largement encore à n'importe qui souhaitant exprimer son opinion sur Internet...



Je pourrais vous en écrire encore des pages et des pages, mais je suis écœuré de toute cette merde. Concluons, pour aujourd'hui.



En muselant Internet, Berlusconi renforce d'autant son énorme appareil militaire de propagande qui lui permet de distiller, aux doses et à la fréquence qu'il veut, l'information qu'il veut ou, pour mieux dire, la non-information dont il a besoin pour maintenir le peuple dans un état permanent de béate ignorance (qui se résume par la maxime suivante : panem et circenses, en remplaçant le pain par la pub, ou par le cul, c'est selon...).



Comme l'observe un magistrat, Bruno Tinti, auteur du livre La questione immorale :
La majorité au pouvoir a son ministère de la propagande, nous l'appellerons ainsi, tellement destructeur que si Goebbels avait eu le même à l'époque d'Hitler aujourd'hui nous ferions tous le salut nazi !



...questa maggioranza ha un ministero della propaganda, chiamiamolo così, che se lo avesse avuto Goebbels ai tempi del nazismo oggi ci saluteremmo tutti con la mano alzata. È micidiale.
Car en fait le projet global et organique de Berlusconi pour tout noyauter et tout contrôler, absolument tout, à 360°, va bien au-delà d'un simple projet de "gouvernement", c'est à proprement parler un PROJET DICTATORIAL, hégémonique, qui n'a plus rien à voir avec une soit-disant démocratie, ni de près ni de loin, comme l'a justement dénoncé Antonio Di Pietro devant les instances européennes, chose qu'il a réaffirmé hier encore à l'occasion des magouilles avec la "gauche" dont je parlais plus haut :
Si la majorité et l'opposition se mettent d'accord, ça signifie qu'il n'y a plus d'opposition dans notre pays. Je me sens moins opposant que résistant. D'ailleurs je ne crois pas qu'en ce moment nous ayons une majorité au gouvernement, je crois plutôt que nous avons, d'un côté, une dictature en construction, et, de l'autre, une résistance en action.
Résistance, oui, c'est bien le mot. Mais ça nous ramène toujours à la même époque...



Or je le rappelle, et j'insiste : tout cela se passe aujourd'hui, en 2009, en Italie, au cœur de l'Europe. Qu'on se le dise !!!





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mardi 17 février 2009

Fin de la démocratie en Italie




Les lois "ad sistemam"

Enquêtes : fermez le robinet

En contrôler 100 pour en éduquer 2000

Les juges plongés dans l'ombre

Une mesure normative empruntée à la loge maçonique P2

Censurer les juges et l'information

Roberto Scarpinato : Il ritorno del principe







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Je m'éloigne du Web un instant, mais ce qui se passe dans ce pays est trop grave pour que je me taise. Berlusconi est en train de détruire ce qui reste de démocratie, de démanteler diaboliquement, avec constance et méthode, ce qui reste de l'état de droit, et même si nous en sommes à la portion congrue, il est sur le point d'y mettre un point ... final. Comme la solution du même nom...



Il y a quelques jours, Antonio Di Pietro a dénoncé devant les instances européennes le projet dictatorial porté à bout de bras par Berlusconi et les mounaques qui lui servent de parlement, mais je voudrais vous traduire l'intervention de Marco Travaglio dans son récent passaparola hebdomadaire, fort justement intitulé La legge della Cosca : la loi de la "cosca", cosca étant la structure typique des organisations mafieuses siciliennes.



Lisez, jusqu'au bout (même en plusieurs fois), vous verrez que ça fait peur. Mais c'est instructif si on aime savoir ce qui se passe autour de soi...
Partons du rapport de la Cour des comptes, rendu public le 11 février, lors de l'inauguration de l'année judiciaire 2009 de la justice administrative.



Son contenu fait froid dans le dos, surtout pour ce qui concerne le système de la corruption en Italie et les gabegies perpétrées avec l'argent public dans les domaines tels que les activités conseil, la santé, les déchets.



Des sommes énormes d'argent public sont ainsi dilapidées, le système continuant à pomper et injecter l'argent du contribuable dans un aqueduc troué de toutes parts, une sorte de gruyère d'où les fonds s'échappent à tous les niveaux, pratiquement sans jamais arriver à destination.



Donc si vous lisez ce rapport, et ensuite si vous lisez ce dont parlent les journaux et les politiciens, vous comprendrez mieux pourquoi - si on ne change pas radicalement les choses -, pourquoi les fuites de cet aqueduc ne cesseront de toujours augmenter, et pourquoi nous sommes condamnés à ne jamais voir les résultats des efforts énormes exigés des contribuables, pour qu'ils contribuent, justement, aux dépenses sans fin d'un État qui n'existe plus.



Car dans un pays normal, dans un pays sérieux, après avoir pris note de ce que relate la Cour des comptes, les journaux devraient faire état des déclarations alarmées et alarmantes des politiciens et du gouvernement, et surtout de l'opposition, et notamment rapporter des propositions concrètes pour mettre fin à cette hémorragie massive d'argent public, qui fait de l'Italie le pays le plus corrompu de tout l'Occident, comme l'a également souligné l'ambassadeur américain Spogli en quittant ce "pays corrompu", comme l'observent toutes les études internationales, comme un grand journal allemand a dernièrement titré sur l'Italie, "botte putride".



Or que voit-on, en revanche ? Aucune trace, pas la moindre, de tentative de solution pour résoudre cette situation dramatique dénoncée par la Cour des comptes, mais a contrario des forces sont à l'œuvre pour élargir les trous et augmenter le débit de l'aqueduc percé de l'argent des contribuables.



Et par dessus tout, des forces sont à l'œuvre pour tenter d'empêcher par tous les moyens que les forces de l'ordre et la magistrature ne puissent réussir à découvrir les auteurs de ces sabotages, les vampires qui sucent l'argent public directement dans les tuyauteries. [Début]



Les lois "ad sistemam" (en faveur du système)



Il fut un temps, récent, où l'on parlait de lois "ad personam", de lois faites sur mesure en faveur d'une personne, une définition techniquement parfaite, puisque nombre de lois promulguées lors de la législature 2001-2006, durant le deuxième gouvernement Berlusconi, avaient toutes pour but d'éviter les procès au président du Conseil et à ses complices.



Dans la législature en cours, nous avons déjà comme loi "ad personam" la loi Alfano - dont nous espérons qu'elle sera bientôt balayée puisque c'est à proprement parler une dégueulasserie inconstitutionnelle -, mais ce que nous prépare actuellement le Parlement, à savoir toute une série de "mesures" qui semblent à la limite improvisées et déconnectées les unes des autres, n'a plus rien à voir avec une logique de lois "ad personam".



Il s'agit plutôt d'une législation "ad sistemam", si l'on peut dire, c'est-à-dire d'une série de lois extrêmement organiques, qui ne visent plus à sauvegarder Machin, Truc ou Bidule contre les procès, mais plutôt à sauvegarder l'ensemble de l'establishment, l'ensemble de la Caste au pouvoir, ou, pour mieux dire, l'ensemble de la Cosca au pouvoir. Mieux vaut appeler les choses par leur nom, puisque désormais les lois qui régissent le système ne sont plus les mêmes que celles auxquelles est assujetti le citoyen lambda. Non, il s'agit maintenant d'une gigantesque Cosca politico-financière, avec les financiers au volant et les politiques à la remorque.



C'est donc un projet global, organique et particulièrement dangereux, et, si vous observez avec attention - je ferai d'ailleurs quelques exemples -, c'est un projet qui met toutes les choses en ordre, jusque dans les plus petits détails, jusque dans les moindres recoins, même s'il n'y a pas à proprement parler un seul projet de loi organique, les différentes mesures étant disséminées : une dans la loi sur les écoutes téléphoniques, l'autre dans le "paquet sécurité", l'autre encore dans la loi sur la justice, d'autres enfin qui sont déjà passées sans que personne ne s'en rende compte !



Essayons maintenant de voir ce projet global, organique, qui, je le répète, répond à toutes les exigences des parties les plus putrides de la Cosca.



En commençant par le début, par le point de départ d'une enquête, comme lorsque la Cour des comptes dénonce l'un de ces crimes dans son rapport : un milliard sept cent millions d'euros par an de dommages aux préjudices du Trésor public.



Donc, pour bien comprendre, près de deux milliards d'euros de fraudes fiscales découvertes, mais imaginez un peu combien seraient encore à découvrir...



Les internautes qui fréquentent le blog de Beppe Grillo connaissent, grâce à des journalistes comme Ferruccio Sansa et Marco Menduni, le scandale des opérateurs de machines à sous qui doivent au Fisc près de 100 milliards d'euros d'impôts que l'État n'a pas pu - ou pas voulu - encaisser.



Et bien parlons de ce genre d'enquêtes.



Quand est-ce qu'on découvre ces crimes ? Lorsque la police tombe sur l'un de ces scandales, ou, plus probablement, s'agissant de personnages puissants liés à la politique, lorsque le juge, de sa propre initiative, décide d'ouvrir une enquête. [Début]



Enquêtes : fermez le robinet



Nous l'avons déjà dit ces dernières semaines, dorénavant, aucun juge ne pourra plus ouvrir une enquête de sa propre initiative : le projet de loi du gouvernement prévoit qu'une enquête ne pourra être ouverte qu'à la seule initiative des forces de police. Or, vu que les forces de police dépendent directement du gouvernement, plus aucun policier n'assumera spontanément la responsabilité, sauf s'il est kamikaze ou souffre de tentations suicidaires, d'ouvrir une enquête sur un supérieur, un autre policier ou un politique dont sa carrière pourrait dépendre.



Ce faisant, on place donc à la source un filtre juste sous le robinet, pour bloquer en amont certains types d'enquête et empêcher leur déroulement en aval, de sorte qu'elle n'arriveront jamais plus devant le magistrat chargé de l'instruction ou devant le juge saisi de l'affaire. Les choses restent en l'état, les différentes instances restent indépendantes, aussi bien les ministères publics que les juges d'instruction, les tribunaux, la Cour d'appel ou la Cour de cassation, mais de toute façon leur indépendance ne servira plus à rien puisque tout sera filtré dès le robinet, certaines enquêtes sur les cols blancs ne partiront même plus.



C'est un premier point.



Mais imaginez le cas où quelque policier, carabinier, agent de la police financière, policier municipal, en un mot tous ceux qui peuvent recouvrir des fonctions d'officier de police judiciaire, découvre un crime et décide de ne pas le cacher, mais de le dénoncer et d'enquêter à ses risques et périls, n'écoutant que son courage.



Car nous vivons dans un pays où il faut être courageux pour faire son devoir, et heureusement qu'il y a encore beaucoup de gens courageux qui font leur devoir. Dans d'autres pays, il faut du courage pour être délinquant, en Italie, il faut du courage pour être respectable, mais heureusement qu'il y a encore de nombreux citoyens qui le sont, et notamment dans les forces de l'ordre.



Donc comment faire pour éviter que ces honnêtes fonctionnaires, que ces honnêtes serviteurs de l'Etat puissent mener à bien leur travail ? Aujourd'hui, c'est difficile, soit il faut les transférer soit leur faire avoir un "avancement de carrière" pour les envoyer "ailleurs" : promoveatur ut amoveatur, promouvoir quelqu'un pour mieux s'en débarrasser.



C'est ce qui s'est passé dans l'affaire De Magistris : pour se débarrasser d'un excellent capitaine des carabiniers, le capitaine Zaccheo, il a fallu d'abord se débarrasser de De Magistris, puisqu'il aurait fallu l'approbation du juge pour pouvoir transférer l'officier de police judiciaire. Si le juge dit non, l'officier reste à sa place.



Il y a quelques années, à Trapani, les écoutes téléphoniques de conversations entre mafieux permirent de découvrir qu'ils prévoyaient le transfert dans de brefs délais du chef de la police de Trapani, un grand flic nommé Giuseppe Linares.



Les mafieux sur écoute comptaient les jours qui manquaient au transfert de celui qui était devenu leur bête noire. Ainsi, les juges qui les interceptaient découvrirent que des politiques voulaient faire transférer Linares, et exprimèrent de concert un avis négatif pour que le transfert n'ait pas lieu. Linares resta à sa place.



Ils sont donc en train de résoudre le problème. Comment ? Grâce à un article de la loi sur la justice débattue au Parlement, qui énonce que l'approbation contraignante du juge ne sera plus nécessaire pour transférer un officier de police gênant. Même si le juge dit: "Je veux le garder", le gouvernement pourra procéder au transfert sans tenir compte de l'avis du juge.



Ils ont donc résolu la question.



En outre le système sur le point d'être créé est un système où les policiers ne seront plus encouragés à dévoiler les crimes et délits perpétrés par les gens au pouvoir, et si jamais quelque agent de police, de la finance ou des carabiniers est assez fou pour le faire, il pourra être transféré à volonté sans que le juge ne puisse plus l'empêcher.



Troisième hypothèse : il pourrait encore y avoir des cas où une enquête, indépendamment de la façon dont elle aurait été ouverte, serait prise en charge par un jeune procureur de la république, par l'un des nombreux substituts du procureur qui constituent l'épine dorsale du système judiciaire en Italie.



Ils sont jeunes, enthousiastes, férus de Constitution depuis peu, ils y croient, à cette Constitution, ils pensent que la loi est la même pour tous, donc ils mènent des enquêtes, voire ils obtiennent d'importants résultats.



Or désormais, pour n'importe quel acte, ils devront obtenir l'approbation préalable de leur procureur en chef : pour une écoute téléphonique, une arrestation, un procès. [Début]



En contrôler 100 pour en éduquer 2000



Autrefois, avant que l'Italie connaisse, il y a tout juste deux ans, la disgrâce d'avoir comme ministres de la Justice Mastella, et Castelli avant lui, l'action pénale était dans les mains de chaque substitut du procureur.



Il y en a environ deux mille : si l'un deux ouvrait une enquête, son chef ne pouvait pas s'y opposer. Ce n'était donc pas une enquête déléguée par le procureur en chef au substitut du procureur, c'était le substitut du procureur qui était titulaire de cette enquête, et personne ne pouvait la lui enlever, sauf pour raisons graves que le procureur en chef aurait alors dû justifier devant le Conseil Supérieur de la Magistrature.



Puis sous Castelli ils ont procédé à une "réforme" de la justice, "revue" ensuite par Mastella : depuis lors, les responsables des actions pénales sont devenus les chefs des procures de la république, soit environ 150 personnes.



Vous comprendrez aisément qu'il est beaucoup plus facile de contrôler 150 procureurs en chef, tous ou une partie d'entre eux, que de contrôler 1500 ou 2000 substituts du procureur.



Les chefs sont plus âgés, ils savent vivre, ils sont en pleine carrière, donc avant de demander l'arrestation de quelqu'un ou de mettre sur écoute untel, soyez assurés qu'ils vont y réfléchir à deux fois, alors que, le plus souvent, un jeune substitut ne se livrera pas à ces calculs, ce qui lui importe davantage, c'est que tous les citoyens soient égaux devant la loi.



Nous avions donc un premier filtre, en voici maintenant un autre : l'approbation nécessaire pour quelque mesure que ce soit. Où chaque substitut du procureur devra continuellement demander l'approbation de son chef, en espérant que celui-ci soit de son côté : or combien de fois avons-nous vu, ces dernières années, les chefs opérer contre les magistrats, souvent en accord avec les personnes mêmes qui faisaient l'objet des enquêtes, comme dans l'affaire De Magistris à Catanzaro.



Voilà donc qui devrait tuer dans l'œuf un nombre incalculable d'autres possibilités d'obtenir des résultats concrets, puisque vous savez que, très souvent, lorsqu'une enquête va bien et vite, elle monte en puissance lorsque vous arrivez aux écoutes téléphoniques ou si vous arrêtez une personne, davantage encline à collaborer avec la justice pour s'en sortir que lorsqu'elle est en liberté. Quelqu'un qui est en prison a tout intérêt à atténuer les raisons qui l'y ont conduit, et donc à collaborer pour éliminer à la racine le risque de polluer ou de supprimer les preuves, ou encore le risque de récidives portant sur des actes à la base de son emprisonnement. [Début]



Les juges plongés dans l'ombre



Une autre mesure en préparation, s'il en était besoin pour vous prouver combien ils sont précis, méticuleux, chirurgicaux, même, dans leur travail de chartreux, interdira aux journalistes de divulguer le nom des juges qui mènent une enquête.



Vous devez penser qu'ils sont fous. Qu'il s'agit sûrement d'une vengeance contre les juges pour veiller à ce qu'ils ne se mettent plus en lumière, pour éviter qu'ils n'occupent trop le devant de la scène.



Point du tout ! C'est là une mesure qui s'intègre parfaitement dans le projet global mentionné plus haut : si le travail du juge est saboté par son chef, ou si le juge est persécuté par les politiques de tous bords, soumis à des questions parlementaires, à des inspections ministérielles, s'il est boycotté par ses collègues, s'il est isolé, rappelé ou transféré par le Conseil supérieur de la magistrature, voire à la demande du ministre, comme ce fut le cas des trois ministères publics de Salerne qui ont eu le tort d'aller perquisitionner au palais de justice, ou, pour mieux dire, au palais d'injustice de Catanzaro, aujourd'hui encore, les citoyens sont mis au courant.



Car il y a encore des gens qui racontent ces histoires : combien de fois en avons-nous parlé dans ma rubrique hebdomadaire, dans les blogs, dans les journaux où j'écris ?



Eh bien désormais nous ne pourrons plus citer nommément, et par conséquent vous ne pourrez plus entendre nommer, les juges qui mènent telle ou telle enquête. Pourquoi ? Parce que si personne ne peut plus citer le nom du juge ... (NdT. à ce stade, Travaglio laisse en suspens le reste de son raisonnement, le temps d'une digression incidente)



... c'est-à-dire le journaliste qui fait œuvre d'information, en citant habituellement le nom du juge, en rapportant que "le juge untel" est chargé de "l'affaire untel", en racontant si le juge fait bien - ou mal - son travail, de sorte que le citoyen sache qu'il y a une enquête, et qu'elle est suivie, bien ou mal, par tel juge. C'est ça, l'information.



Donc à présent le magistrat ne pourra plus être désigné nommément, et si un journaliste publie son nom il sera passible d'une peine allant jusqu'à trois mois d'emprisonnement ou d'une amende jusqu'à 10 000 euros ! Juste pour avoir publié un nom, le nom d'un vrai juge, chargé d'une véritable enquête. Jusqu'à trois mois d'emprisonnement, et 10 000 euros d'amende !



Vous comprenez bien que, soit ils sont devenus complètement paranoïaques, soit il y a quelque chose derrière.



Il y a effectivement quelque chose derrière !



(Travaglio reprend son raisonnement...) Il y a que si un journaliste ne peut plus raconter qu'une enquête est en cours, menée par le juge Untel, lorsque des instances supérieures décident d'éloigner le juge Untel ou de le suspendre de son enquête, non seulement vous - les citoyens - ne savez même pas de qui il s'agit, mais en plus, moi - journaliste -, je ne peux pas même vous en parler, puisque je ne pourrai jamais corréler explicitement le nom du juge Untel à son enquête.



Les juges seront tous "égaux", ce qui signifie que les incapables, les vendus, les charlatans, les cancres, les lâches, etc., tous jouiront de l'anonymat plus total et pourront poursuivre leurs saloperies en secret, loin des regards et des oreilles indiscrètes, et que les bons, les méritants ne pourront plus être défendus lorsqu'ils seront persécutés pour leur sérieux, leur courage, leur efficacité, leur compétence.



Donc quel pourra être le rôle de la presse pour contrôler le travail des juges s'ils sont tous égaux ? Et sur 10 000 juges, comment feraient-ils pour être tous égaux ?



Rappelez-vous, durant les années 80, ce qu'a signifié la campagne menée par la presse sérieuse contre le juge de cassation Corrado Carnevale, devenu l'ammazzasentenze (le « tueur de jugements ») dans l'opinion publique, parce qu'à chaque fois qu'un procès de mafieux arrivait devant lui, notamment les procès instruits à Palerme par Giovanni Falcone et Paolo Borsellino au milieu de mille difficultés, il annulait les condamnations et obligeaient les juges à tout recommencer.



Or à la fin, à force d'en parler dans des articles de journaux, des livres, etc., la Cassation finit par avoir honte de cette situation et fixa le critère de la rotation des juges, en vertu de quoi ce ne furent plus toujours les mêmes qui présidaient les Chambres lors des procès à la mafia. Ce n'est certes pas un hasard si, lors du maxi-procès célébré contre la mafia à Palerme, ce fut un autre président de Chambre que Carnevale qui, en janvier 1992, confirma définitivement tous les jugements contre les mafieux condamnés.



De sorte qu'en disant non pas « la Cassation a annulé », mais « la Chambre habituellement présidée par le juge Carnevale a annulé », les instances compétentes ont pu affronter le problème dès lors qu'il était clair qu'un même juge agissait toujours de la même manière dans les mêmes affaires, à savoir les procès contre la mafia.



De même, combien de fois des juges susceptibles d'être chassés non pas pour leurs erreurs mais pour leurs mérites - pensez à toutes les procédures disciplinaires qu'ont dû subir les juges du pool de l'opération Mains propres, les juges de Palerme, ou que subissent aujourd'hui encore des juges moins importants -, ont-ils reçu l'appui de la presse, qui intervient en écrivant noir sur blanc noms et prénoms, en expliquant ce qui se passe pour que les gens comprennent, voire, de temps en temps, pour que quelqu'un prenne une décision allant dans le bon sens ?



Oui, mais voilà, désormais nous ne pourrons raconter si un juge subit un tort à cause de ses mérites, s'il est écarté de son enquête ou transféré pour une punition visant à sanctionner - répétons-le - non pas ses fautes, mais ses succès. [Début]



Une mesure normative empruntée à la loge maçonique P2



Savez-vous qui est à l'origine d'une telle mesure ? Licio Gelli ! Or nous parlons d'un document, Le plan de renaissance démocratique, écrit en 1976, il y a 33 ans : Gelli avait déjà compris que pour ses amis juges, mieux valait qu'ils pussent travailler sans visage et sans nom, car il faisaient de telles saloperies et réussissaient si bien à enliser les affaires qu'il était préférable que personne n'en sache rien, faute de quoi des révélations auraient sûrement provoqué des sanctions et fini par faire chasser ces juges.



En revanche on avait des intrépides qui enquêtaient sur les massacres, sur les premières affaires de pots-de-vin (Tangentopoli), sur les pouvoirs occultes : ces juges-là, si les gens en entendaient parler, ils seraient rapidement devenus très populaires, et donc ils auraient été protégés dans leurs activités grâce à leur réputation, leur visage, leur professionnalisme.



Sans oublier que les gros criminels sont davantage enclins à collaborer avec des procureurs de confiance : c'est ainsi que Buscetta ne voulait parler qu'à Falcone mais pas avec les autres, que Mutolo ne voulait parler qu'à Borsellino mais pas avec les autres, que les corrupteurs de Milan faisaient la queue devant le bureau de Di Pietro mais pas devant celui des autres. Ces magistrats étaient reconnus et reconnaissables, réputés pour leurs capacités, pour leur célébrité, si vous voulez, et donc les criminels, qui sont aussi des hommes de pouvoir, sentaient qu'ils pouvaient se fier de ceux qu'ils avaient en face, qui représentaient le bon côté du pouvoir, qu'ils avaient les épaules solides et qu'il serait difficile de les déraciner, et donc qu'il s'agissait de personnes dont l'avis comptait et qu'on pouvait prendre comme référents.



C'est ainsi que Gelli écrit : « il faut faire passer par décret une série de mesures urgentes pour réformer la justice », et dans ces mesures urgentes, par ordre d'importance, la deuxième était l' « interdiction de nommer, dans la presse, les juges en charge de procédures judiciaires ».



Or Gelli n'était certainement pas un rigolo, puisque lui et ses conseillers - ceux qui l'aidèrent à rédiger ce fameux Plan de renaissance démocratique restèrent toujours dans l'ombre - avaient très exactement compris que passer sous silence le nom des juges était essentiel comme garantie dans un pays où, formellement, la loi est égale pour tous, mais où, derrière les apparences, on a toujours les amis qui arrangent les bidons des amis des amis. [Début]



Censurer les juges et l'information



Autre mesure : quel moyen un juge a-t-il pour se défendre ? Parler, raconter, non pas ses enquêtes, mais dénoncer ce qu'il subit.



Pensez aux fameuses interviews de Borsellino à Lodato et Bolzoni, à l'époque où des quotidiens comme l'Unità et Repubblica dénoncèrent le démantèlement du pool antimafia à la fin des années quatre-vingt, avec l'arrivée d'Antonino Meli à Palerme à la place de Giovanni Falcone, qui était pourtant le grand favori tout désigné pour occuper ce poste.



Borsellino affirma alors : « ils sont en train de démanteler le pool antimafia », donc il est clair que lorsque le juge est un homme de prestige, reconnu, sa réputation le devance et il a d'énormes possibilités de dénoncer ce qui va mal.



Or désormais les possibilités qu'auront les juges de s'exprimer seront bridées par une interminable série de limites : si les juges parlent sans toutefois parler de leurs enquêtes, comme ce fut le cas pour Clementina Forleo et Luigi De Magistris, ils les chassent en mettant en avant des prétextes. S'ils parlent de leurs enquêtes, sans révéler aucun secret mais en donnant aux citoyens les informations dont ils ont besoin, ils sont suspendus.



La mesure en question est inscrite dans la loi sur les écoutes téléphoniques. Imaginez la situation suivante : ils arrêtent la bande de voyous qui ont brûlé un immigré indien, près de Rome, ils arrêtent des violeurs, des auteurs présumés de viols ou ceux qui ont avoué les viols comme ceux de ces derniers jours : en général, le magistrat et les forces de police font une conférence de presse pour informer les journaux, et donc, les citoyens. « Soyez tranquilles, nous les avons pris, voici les preuves, ils ont avoué, nous avons trouvé l'arme du crime, etc. ».



Et bien cela ne sera plus possible : si le juge dit ne serait-ce que quelques mots pour donner deux ou trois éléments d'information au public, il sera immédiatement dépossédé de son enquête, qui passera à un autre, lequel devra tout recommencer.



Quant au défendeur, s'il soulève une exception de procédure contre le ministère public, non pas en début, mais en cours de procès, naturellement le premier ministère public devra laisser l'affaire et la place à un autre, qui n'aura pas suivi l'enquête et devra tout reprendre à zéro.



De ce pas, on finira par voir les juges avoir simplement peur de dire leur nom, ils se contenteront de décliner leur numéro de matricule, une peu comme les prisonniers militaires dans les films de guerre.



Et puis nous avons enfin la législation - mais vous le saviez puisque nous vous en parlions déjà au temps de la loi Mastella - qui interdit aux journalistes de parler des enquêtes en cours, une mesure inscrite dans la loi sur les écoutes téléphoniques.



Donc si cette loi passe, nous ne pourrons plus vous raconter que les violeurs ont été arrêtés dans tel ou tel cas, ni qu'ils ont incarcéré la bande de voyous qui a brûlé l'immigré indien, ni que Truc, Machin ou Bidule ont été arrêtés, mis en examen, perquisitionnés ou que leurs biens ont été mis sous séquestre.



Pas plus que nous ne pourrons publier les écoutes téléphoniques pour expliquer pourquoi Angelucci et Del Turco ont été emprisonnés dans l'affaire des cliniques, ni pourquoi à Naples des politiques ont été arrêtés aux côtés de Romeo.



Sur des faits divers normaux comme les crimes commis par des cols blancs, nous ne pourrons rien dire de plus sur les enquêtes en cours qu'une info du genre : « ils ont arrêté quelqu'un ».



Ainsi je pourrai dire qu'ils ont arrêté quelqu'un pour viol, mais je ne pourrai pas dire qu'ils ont arrêté Untel pour viol. Soit je mentionne le crime soit le nom d'un accusé sans préciser de quoi, de sorte que je n'aurai plus la possibilité de rendre compte en temps réel d'une enquête pour informer les gens de ce qui se passe.



Donc, si votre voisin est arrêté pour pédophilie, vous saurez qu'il a été arrêté pour pédophilie dans cinq ou six ans, lorsque le procès commencera.



Mais vous comprenez bien que la vie d'une famille change du tout au tout si les parents savent - ou ne savent pas - que leur voisin est suspecté de pédophilie, car en le sachant, pendant cinq ans ils seront prudents dès que leurs enfants tourneront leur regard vers la maison d'à côté.



Par contre, en ne le sachant pas, aucune attention particulière, et puis bien sûr, lorsqu'on aura un vrai cas de pédophilie, de viol ou autre en raison du fait que les gens n'ont pas pris les précautions nécessaires parce qu'ils n'ont pas été suffisamment informés, au moins ce jour-là nous saurons à qui nous en prendre.



Rappelons-nous de ce qui se passe et faisons circuler le message. Bonne journée.
Voir le texte intégral de l'intervention de Marco Travaglio en italien (déjà plus de 2 300 commentaires !!!), et un extrait en anglais. [Début]



Voilà, ça m'a pris l'après-midi, mais c'est ma contribution, infiniment modeste, à ce que le juge antimafia Roberto Scarpinato nous livre dans Il ritorno del principe : dire la vérité comme moyen ultime pour combattre la criminalité systémique.

















Tout cela se passe aujourd'hui, en 2009, en Italie, au cœur de l'Europe. Qu'on se le dise !!! [Début]





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P.S. L'info vient de tomber : Berlusconi Mills vient d'être condamné pour corruption ! Au moins, ça on peut encore le dire... [Début]



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samedi 17 janvier 2009

LTI - La langue du berlusconisme

« Il règne en ce moment quelque obscurcissement qui influe vraiment sur tout le monde. »



Victor Klemperer

LTI - Lingua Tertii Imperi, la langue du IIIe Reich




Né du journal tenu clandestinement par le philologue juif berlinois entre 1933 et 1945, les douze années de l'hitlérisme, ce livre est un "manuel de résistance", selon Alain Brossat, une réflexion sur le langage totalitaire qui va au-delà du nazisme, ce fruit mortellement vénéneux de la rhétorique impudente d'un Führer qui "ne mentait jamais" ! Car la langue ne ment pas...



Nous connaissons la suite de l'Histoire ! Or malheureusement les hommes n'ont jamais été capables d'en tirer les leçons, ou sinon nous aurions un aujourd'hui meilleur qu'hier et un peu moins bon que demain. Ce qui est loin d'être le cas. D'ailleurs certains aimeraient bien la réécrire...



Du reste ce qui se passe depuis 15 ans en Italie est la preuve accablante de ce constat funeste, un véritable acte d'accusation que brandiront les générations futures en demandant à leurs aînés pourquoi ils ne firent jamais rien pour arrêter Silvio Berlusconi !



Oui, pourquoi ? Je me le demande.



Pourquoi le peuple italien dans sa majorité est-il comme hébété, pantelant sous les coups de boutoir de ce charlatan qui passe ses jours et ses nuits à vendre de la merde au peuple ahuri en lui faisant croire que ce sont des bouchées au chocolat, de ce fanfaron crâneur et manipulateur de mots et de consciences qui a mis toute son intelligence au service de ses seuls intérêts et de ceux qui se prosternent devant lui ou devant qui lui se prosterne, de ce diseur de bonne aventure qui poursuit avec un entêtement acharné son incessant travail de sape de la démocratie, lentement mais sûrement mise à mal, au point qu'elle risque bien de ne jamais s'en relever de ce côté des Alpes ?



Oui, pourquoi ? Et pourquoi personne dans les soi-disant démocraties environnantes ne dénonce jamais les incommensurables méfaits de cet énergumène ?



Qui a déjà la mainmise sur trois des quatre pouvoirs de l'État. Et qui s'apprête à faire fondre incessamment son emprise sur le quatrième : la "Justice", ou ce qu'il en reste, seul pouvoir dont des pans entiers lui échappent encore, mais pour combien de temps ?



Petite piqûre de rappel sur Wikipédia :
La séparation des pouvoirs dans les États "modernes" est un principe de répartition des différentes fonctions, confiées à différentes composantes de ce dernier. On retient le plus souvent la classification de Montesquieu, appelée Trias Politica :
  1. le pouvoir législatif, confié au parlement ;
  2. le pouvoir exécutif, confié au gouvernement, à la tête duquel se trouve un chef d'État et / ou de gouvernement ;
  3. le pouvoir judiciaire, confié au juge.
Le quatrième pouvoir étant bien évidemment l'information. Or Berlusconi noyaute déjà la grande majorité des médias, presse et télés, mais pas uniquement (puisqu'il noyaute également une grande partie du capitalisme italien, d'Alitalia a Mediobanca...), comme l'explique fort bien Marco Travaglio dans son "passaparola" hebdomadaire, nouvelle forme de samizdat numérique :





Retranscription intégrale en italien et en anglais.



C'est d'ailleurs pour ça qu'en ce début d'année Berlusconi et sa troupe n'ont eu de cesse d'annoncer la (très) prochaine "réforme de la justice", dans l'intérêt exclusif du bon peuple, il va sans dire,et même s'il semble avoir fait marche arrière sur les écoutes téléphoniques, après s'être fait coincer en train de magouiller avec Sacca, ex-directeur de la RAI, pour placer ses soubrettes et que sais-je encore... Répugnant !







Innombrables sont les témoignages irréfutables de combien la langue de Silvio Berlusconi est une langue fourchue, capable d'affirmer dans un rictus, mais sans rire, qu'il fera de la lutte contre la fraude fiscale une de ses priorités (lorsque son empire comptait déjà des dizaines de sociétés off-shores qui n'avaient aucun autre but...), qu'il a fait tout ce qui était en son "pouvoir" pour sauver Enzo Biagi, qu'il est à l'œuvre pour construire une classe politique "irrépréhensible", ou encore de hurler sans sourciller que les juges sont un cancer et les magistrats des fomentateurs de coups d'état, voire des métastases de la démocratie, etc. etc., je pourrais dérouler à n'en plus finir l'inventaire de ses mensonges et de ses écarts de langage...



Mais tout ça n'est qu'un début. Car le triste sire met déjà en place ses pions pour son prochain objectif : la présidence de la République. Dernier rempart contre ses assauts pour démanteler la constitution italienne, une fois qu'il réussira à s'emparer de la Présidence en s'appuyant sur son courant politique dominant (ce qui, d'ailleurs, donne actuellement lieu à un furieux marchandage avec Bossi, fédéralisme contre présidentialisme...), l'Italie sera définitivement à sa botte. Et soyez sûrs qu'il l'utilisera, sa Botte, pour mettre son pied au cul à plus de 60 millions d'italiens et de stranieri qui habitent le Bel Paese !



Même Gelli - dont la vieillesse maudite se réjouit encore de voir tout le chemin parcouru par l' « apprenti maçon » (qualification "prophétique" s'il en est, puisque sur les listes de la Loge Propaganda 2 la profession de Berlusconi était "apprendista muratore"), réalisant à marche forcée son Plan de Renaissance démocratique -, n'aurait pu ni su rêver mieux que de voir un jour l'avènement de cette "dictature démocratique", de ce "régime légitimement élu", non plus par des électeurs responsables, mais par une majorité de télélecteurs sous influence...





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P.S. Ce billet est le premier d'une série de deux, dont le deuxième s'intitule "Le messianisme de Berlusconi", écrit à partir de l'analyse sémantique de deux ouvrages "signés" Berlusconi, L'Italia che ho in mente et Discorsi per la democrazia (soit un corpus d'environ 158 000 mots), qui ne sont que la compilation de discours rédigés par ses nègres. Je ne sais pas encore quand je le publierai, car c'est plutôt long et délicat...



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